Au nom de l’IA agentique, MariaDB prépare le rachat de Gridgain
MariaDB a annoncé un accord définitif en vue de l’acquisition de Gridgain. Le spécialiste des données relationnelles dit ainsi se doter de capacités in-memory adaptées aux architectures agentiques. Il comble surtout un manque dans son offre pour mieux cibler les banques et les opérateurs télécoms.
L’éditeur d’une distribution commerciale d’un fork de MySQL (gérée par la MariaDB Foundation, à distinguer de l’entreprise) s’apprête à intégrer le créateur et contributeur d’Apache Ignite, une base de données in-memory. Le montant du rachat soumis à l’approbation des autorités n’a pas été dévoilé.
Fondé en 2007 à Foster City en Californie, Gridgain s’est spécialisé dans l’exécution de charges transactionnelles critiques, ou comme une solution de mise en cache pour des systèmes analytiques, d’IA et de streaming. Ses clients, des opérateurs télécoms, dont Telecom Italia et Verizon, des banques telles BNP Paribas et UBS, ou encore des équipementiers (HPE, Motorola Solutions).
Gridgain propose une base de données in-memory clé-valeur hybride, aux deux sens du terme. Comme la majorité des solutions du marché, les données peuvent rester en mémoire ou persister sur des disques flash. Aussi, la plateforme distribuée Apache Ignite prend en charge les tables orientées lignes et colonnes, en garantissant la cohérence des données (ACID). C’est ce que Forrester appelle un SGBD translytique. Gartner préfère l’acronyme HTAP (Hybrid Transactionnal/Analytical Processing).
Outre les éditions Entreprise de son SGBD, Gridgain déploie une DBaaS nommée Nebula. Comme ses concurrents et avec un peu de retard tel MariaDB, Gridgain s’est dotée en février 2025 de fonctionnalités de recherche vectorielle. Gridgain s’était toutefois posé la question de prendre en charge la vectorisation et d’exécuter sa base de données en mémoire GPU, et ce, avant l’avènement de ChatGPT.
L’IA agentique comme prétexte
Techniquement et commercialement, la concordance entre MariaDB et Gridgain est forte. MariaDB multiplie les solutions HTAP. En sus de son serveur Entreprise et de son proxy MaxScale, l’éditeur mise sur son ColumStore et Exa, une version distribuée de ce système orientée colonnes. Du côté de l’IA, MariaDB a étoffé son offre entreprise en intégrant un serveur MCP, un assistant IA pour les DBA et des fonctionnalités RAG clé en main (« Rag-in-a-box »).
C’est encore une fois au nom de l’IA que MariaDB prétend acquérir Gridgain, une société qui cible les mêmes clients qu’elle et qui se satisfaisait en 2022 d’un chiffre d’affaires de quelques dizaines de millions de dollars.
« Cela nous permet d’offrir une alternative haute performance, évolutive et ouverte au verrouillage propriétaire (lock-in) rigide d’Oracle et à la complexité fragmentée des hyperscalers. »
Rohit de SouzaPDG, MariaDB plc
« L’essor des charges de travail agentiques impose des exigences sans précédent aux infrastructures d’entreprise, ce qui induit une explosion des besoins de scalabilité et de latence sub-milliseconde. Les systèmes traditionnels ne sont tout simplement pas capables de les gérer », déclare Rohit de Souza, PDG de MariaDB plc, dans un communiqué de presse.
Il faut plutôt comprendre que MariaDB tente d’étendre le panier moyen de ses clients, qui utilisaient déjà les deux technologies. Reste à savoir si le SGBD de Gridgain sera mis à contribution dans le cadre du partenariat que MariaDB a scellé avec l’éditeur Exasol en 2025. Par ailleurs, l’éditeur entend bien convaincre les déçus d’Oracle et des services SGBD des hyperscalers.
« En unissant la plateforme de MariaDB à la grille de données in-memory de GridGain, nous changeons de catégorie », prétend Rohit de Souza. « Cela nous permet d’offrir une alternative haute performance, évolutive et ouverte au verrouillage propriétaire (lock-in) rigide d’Oracle et à la complexité fragmentée des hyperscalers ».
Open source, mais pas trop
MariaDB Plc assure également proposer une alternative à la combinaison de technologies open source comme PostgreSQL et Redis (avec la version AGPL) ou PostgreSQL et DuckDB.
Le marketing open source de MariaDB comporte toutefois quelques failles. Pour rappel, si MariaDB contribue au projet MySQL, elle a introduit la licence permissive BSL, non approuvée par l’Open Source Initiative, l’ONG garante des licences open source. MariaDB Plc avait appliqué la BSL à son proxy MaxScale, qu’elle a rendu totalement propriétaire en janvier 2025. Plusieurs éditeurs ont utilisé la BSL pour préserver leur activité des desiderata des hyperscalers, dont HashiCorp.
Pas de risque, toutefois, que la technologie « coeur » de GridGain subisse le même sort. Ignite a été confiée à la fondation Apache en 2014. Le SGBDR MariaDB dispose du même niveau de « protection » sous l’égide de sa fondation. MariaDB plc détient tout de même un pouvoir non négligeable : la société emploiera les contributeurs principaux de MariaDB et d’Apache Ignite.
Après son échec en bourse, MariaDB Plc a été racheté en 2024 par le fonds K1 Investment Management. En 2025, elle a acquis Codership Oy (Galera Cluster) et SkySQL, des entités qui propulsaient respectivement ses fonctions de haute disponibilité et son DBaaS. Elle s’était séparée de SkySQL en 2023 à cause de difficultés financières. Codership était un partenaire de longue date, mais n’était pas internalisé.
En février 2026, MariaDB Plc a décidé de ne plus participer au développement de la mouture ouverte de Galera Cluster, qui disposait d’une antenne au sein de la MariaDB Foundation. La fondation acceptera les contributions des membres de l’écosystème, mais la version open source du projet semble en mode maintenance.
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