Fiabilité d’Internet : IO River propose la bascule automatique entre CDN
La startup fondée par des anciens d’Akamai propose aux entreprises, qui diffusent leurs contenus sur le web, une interface en ligne pour passer facilement d’un réseau de relais régionaux à l’autre, dans le but de maintenir un service en ligne malgré les pannes.
Éviter le black-out. Jeune entreprise rencontrée dans le cadre d’un événement IT Press Tour consacré aux acteurs qui innovent en informatique, IO River propose une plateforme SaaS qui automatise la bascule entre les fournisseurs de CDN (Content Delivery Network), afin que des services Internet soient toujours disponibles si le relais qu’ils utilisaient jusque-là se met à flancher.
« Tous les fournisseurs de CDN – Akamai, Cloudflare, Fastly, AWS CloudFront, Google CDN, Azure CDN... – connaissent des pannes qui ont des effets dévastateurs. La panne de Cloudflare en 2025, qui a duré quelques heures, a causé plus de 10 milliards de dollars de dommages à ses clients directs, mais aussi, par ricochet, à toutes les entreprises qui dépendent de leurs services sur Internet », lance Edward Tsinovoi, PDG et cofondateur d’IO River (en photo en haut de cet article).
Fondée il y a quatre ans par Edward Tsinovoi et Michael Hakimi, tous deux anciens responsables de la plateforme cœur d’Akamai, IO River vise à rendre accessible à toutes les entreprises les capacités de résilience et d’optimisation que seuls les géants du web (comme PayPal ou Amazon) maîtrisent. Le service est censé automatiser tout le travail que leurs équipes entières d’ingénieurs font pour jongler entre différents CDN, en cas de défaillance sur l’un ou l’autre.
Rediriger automatiquement le trafic
Techniquement, un CDN est un cache qui réplique ailleurs le contenu d’un site Internet. Les éditeurs de services en ligne s’en servent pour répartir leurs visiteurs entre différents datacenters. Le principal bénéfice est de réduire la latence. Les abonnés d’une chaîne de vidéos, les usagers d’une compagnie de transport, ou encore les clients d’une banque reçoivent des données qui leur sont envoyées depuis des serveurs proches d’eux, sans parcourir des milliers de kilomètres jusqu’au site d’origine ni attendre leur tour dans les multiples interconnexions qui jonchent un tel trajet.
Problème, il arrive que ces CDN plantent. Et comme ils reposent sur la synchronisation de leur contenu, la défaillance se répand en un rien de temps à l’intégralité des CDN opérés par un prestataire. À ce moment, les services relayés par ces CDN deviennent partout indisponibles et toute l’activité économique qui dépendait de leur trafic s’effondre. La solution pour se prémunir d’un tel risque est, pour l’éditeur d’un service en ligne, de travailler avec plusieurs prestataires de CDN et, en cas de problème, de basculer le trafic de l’un à l’autre.
La solution d’IO River automatise ce reroutage qui serait compliqué à faire manuellement. Elle est d’autant plus efficace qu’elle repose sur un moteur d’IA identifiant les signes avant-coureurs d’une panne et qu’elle redirige le trafic avant qu’il ne soit trop tard.
« Le point clé de notre solution est que nous ne sommes pas un agrégateur de trafic vers différents réseaux de CDN. Ce serait un problème, car nous représenterions alors nous aussi un risque de coupure sur le trajet des données. Non, notre service contrôle seulement la résolution DNS de nos clients. C’est-à-dire que nous changeons juste les adresses IP des points de présence régionaux de leurs services dans les annuaires du web », résume Edward Tsinovoi.
Trois modules
Dans le détail, la solution d’IO River repose sur trois modules. Le premier, Traffic Manager, est cette IA qui surveille le réseau. Ses compétences vont au-delà de la détection précoce des pannes. Elle est aussi capable de mesurer en temps réel les performances des différents DNS présents dans une région et, juste pour celle-ci, rediriger le trafic vers le prestataire qui a le plus de bande passante disponible.
« Nous effectuons le meilleur choix à chaque moment et dans chaque lieu sous l’angle de la performance. Si vous passez par nous, votre service obtient une disponibilité de 99,999 % partout où se trouvent vos utilisateurs », affirme Edward Tsinovoi. Il précise que l’utilisateur peut fixer des seuils de performance au-delà desquels une bascule s’impose.
Le second module, Management Orchestration, fournit une interface unique pour configurer et surveiller les CDN de la quinzaine de prestataires avec lesquels IO River travaille.
« Nous faisons office d’interface de configuration globale pour tous les CDN. Et nous allons même jusqu’à compléter les fonctionnalités manquantes chez certains fournisseurs. »
Edward TsinovoiPDG et cofondateur d'IO River
« Chaque prestataire propose des fonctionnalités propriétaires, qui se programment différemment, via des API différentes. Nous faisons office d’interface de configuration globale pour tous les CDN. Et nous allons même jusqu’à compléter les fonctionnalités manquantes chez certains fournisseurs », dit le PDG d’IO River, en précisant qu’il est critique de ne pas tomber dans le piège d’une interface globale limitant les fonctionnalités au plus petit dénominateur commun.
« Enfin, concernant notre dernier module, il s’agit de reproduire toutes les règles de sécurité que les fournisseurs de CDN proposent désormais en option à leurs clients », ajoute-t-il. Il cite des services tels qu’un WAF (Web Application Firewall) pour protéger les services en ligne contre les requêtes malveillantes, une gestion des bots pour se prémunir contre les attaques ou les récupérations de données par script, ou encore une sécurité au niveau des API.
« Le fait de passer par nos règles de sécurité plutôt que celles des fournisseurs permet d’appliquer la même logique de filtrage, quel que soit le CDN utilisé », précise Edward Tsinovoi. Il assure fournir ces services en partenariat avec CheckPoint, lequel dispose désormais d’une IA capable d’identifier les enchaînements malveillants de requêtes inoffensives.
Au-delà de la fiabilité, une plateforme pour travailler avec les prestataires régionaux
De façon plus globale, IO River veut se positionner sur le segment qui reste à créer du Virtual Edge. Virtuel, bien entendu, car IO River ne possède aucun CDN, mais son interface unique donne accès à tous ceux qui existent. Quant au terme fourre-tout de « Edge », qui signifie au sens large une informatique plus proche de l’utilisateur que le datacenter central d’un hyperscaler, il relève plutôt ici du jargon propre à Akamai. Edge définit donc ici un CDN multifonction, équipé à la fois des serveurs de cache et de serveurs qui traitent les requêtes selon un contexte de sécurité régionale.
« Au-delà de la simple bascule entre des réseaux de CDN pour parer aux défaillances, notre idée est de permettre aux entreprises qui ont une présence internationale de travailler simplement avec des fournisseurs locaux de CDN. Cela devient de plus en plus nécessaire, en Chine, en Europe, pour des questions de souveraineté. Par exemple, Akamai n’est plus présent en Chine, et si vous voulez y diffuser vos contenus avec une faible latence, vous devrez passer par un prestataire local de CDN que vous ne connaissez pas du tout », explique Edward Tsinovoi.
Cette partie de l’offre est moins technique que commerciale. IO River possède tout un catalogue de fournisseurs de CDN dans différentes régions du monde et se propose de faire la mise en relation. Car, pour utiliser des CDN au travers d’IO River, il faut qu’une entreprise soit déjà cliente de tous ces CDN. Ensuite, elle fournit les clés API que ces fournisseurs lui ont délivrées à IO River, pour bénéficier de sa bascule automatique et de son interface de configuration unifiée.
De manière manifestement plus embryonnaire, IO River commence à proposer un service appelé vCDN, dans lequel la startup devient le seul contractant et se charge elle-même de trouver le prestataire de CDN le plus opportun au moment et à l’endroit voulus. Bien que le service d’IO River soit un SaaS, il n’existe pas – à l’heure où nous écrivons ces lignes – de tarifs publics et la startup n’a pas donné à la presse d’éléments relatifs au montage financier d’une prestation « Virtual Edge ».