Cybrain - stock.adobe.com
Infrastructure d’IA : l’UE lance son projet AI Gigafactories
L’Union s’engage à financer elle-même le déploiement de sept centres de calculs pour l’IA à hauteur de 5 milliards d’euros et promet 5 autres milliards de la part des États. Parmi eux, la France, qui a ses propres programmes, propose de mettre 100 millions.
Après avoir dit en octobre dernier qu’elle voulait devenir le continent de l’IA, l’UE lance enfin son appel d’offres pour construire sur le territoire jusqu’à sept campus de datacenters dédiés au traitement de l’IA. Baptisé AI Gigafactories, le projet sera financé par 10 milliards d’euros de fonds européens et nationaux et, espère la commission, par au moins 20 milliards d’euros apportés de la part du secteur privé.
« L’initiative permettra à l’Europe de développer une IA avancée sur sa propre infrastructure, conformément aux règles et aux valeurs de l’UE. Les technologies d’IA développées dans les Gigafactories d’IA respecteront les normes de l’UE en matière de protection des données, de sûreté, de sécurité et d’éthique », indique le communiqué de la Commission européenne.
En France, un consortium regroupant notamment Bull, Capgemini, Iliad et Orange s’est déjà formé pour candidater. Son AI Gigafactory serait en l’occurrence un réseau de plusieurs datacenters éparpillés sur le territoire et qui, ensemble, atteindraient une puissance équivalente à 1 GW. Les participants estiment ce chantier à 10 milliards d’euros.
Une enveloppe européenne de 4 mds € divisée en quatre temps
Dans la pratique, les hébergeurs ont jusqu’au 12 novembre 2026 pour déposer leur candidature auprès d’EuroHPC, afin d’obtenir en premier lieu une aide financière de l’UE qui leur permettra d’acheter les équipements nécessaires à la mise en place de services d’IA.
L’aide financière de l’UE est censée se passer en quatre temps. Il s’agit d’abord de sélectionner quatre projets qui pourront recevoir jusqu’à 100 millions d’euros chacun pour l’achat « d’autant de processeurs d’IA les plus avancés que ceux actuellement installés dans l’usine d’IA la plus puissante d’Europe », indique le communiqué. Une fois ces infrastructures déployées, les quatre projets pourront recevoir jusqu’à 400 millions supplémentaires chacun pour acheter d’autres infrastructures afin de multiplier par trois leur capacité initiale.
En marge de ce premier lot d’investissements, trois autres hébergeurs seront sélectionnés pour acheter, eux, « jusqu’à deux fois plus de processeurs d’IA les plus avancés que ceux actuellement installés dans l’usine d’IA la plus puissante d’Europe » dit toujours le communiqué, sans préciser l’usine d’IA censée servir de référence. Pour ce déploiement, chacun des trois projets recevra 200 millions d’euros.
Puis, comme précédemment, une fois ces infrastructures en opération, les trois hébergeurs pourront recevoir chacun 800 millions d’euros supplémentaires pour acheter, cette fois-ci, de quoi multiplier par quatre leur capacité initiale.
La France annonce une participation timide
Le somme de tous ces investissements de l’UE représentera donc 5 milliards d’euros. L’autre moitié de l’argent public sera amené par les États qui donnent tout pouvoir à EuroHPC pour leur acheter le temps de calcul dont ils ont besoin. On parle donc plutôt ici d’une promesse de commande. En revanche, les États sont libres de choisir le volume et la période de cette commande. Et, à date, on ignore quand ces commandes atteindront les 5 milliards restants, ni même d’ailleurs si elles les atteindront.
Dans un communiqué publié simultanément, la France, via son ministère de l’Économie, s’engage par exemple à passer pour les besoins en calcul de son administration une commande de 100 millions d’euros « à horizon 2027 » et, encore, uniquement pour « le projet qui sera retenu sur le sol français ». Comprendre, si jamais il y en a un.
Le ministère de l’Économie explique que ce projet européen d’AI Gigafactories est complémentaire du GENCI. Le GENCI est la structure dont la France s’est déjà dotée depuis 2007 pour financer le déploiement de grandes infrastructures de calcul sur son territoire, puis mettre leurs capacités à disposition des entreprises publiques et privées.
Or, mis à part les trois supercalculateurs qu’il exploite déjà (Jean Zay installé au CNRS, Joliot-Curie au CEA et Adastra au CINES), le GENCI a élargi sa mission fin 2025 pour gérer également les grandes infrastructures d’IA sur le sol national.
À ce titre, le GENCI planche sur le déploiement d’ici à 2027 d’Alice Recoque. Cette machine – basée sur des GPU AMD MI455X, ainsi que des processeurs AMD Epyc 9006, plus des SiPearl Rhea – pourrait justement incarner la fameuse infrastructure d’IA la plus puissante d’Europe. Et d’ailleurs, la France compte sur EuroHPC pour revendre ses temps de calcul dans le reste de l’UE.
Pour approfondir sur HPC
-
Open source et dépendances : la Commission européenne consulte l’écosystème
-
L’open source, un « levier stratégique » pour la souveraineté numérique (Linux Foundation)
-
Les États-Unis pourraient difficilement éviter les effets de l’AI Act
-
Sommet sur l’IA : la France et l’Union européenne répliquent (à) « Stargate »
