oxinoxi - stock.adobe.com

Slackbot, une autre porte d’entrée vers les agents IA

Avec Slackbot, la filiale de Salesforce revoit ses fonctions de recherche IA et commence à y intégrer l’IA agentique. L’interface doit être la porte d’entrée vers les agents IA de Salesforce et des acteurs tiers.

Slack a annoncé la disponibilité générale de Slackbot, son assistant IA intégré à son outil collaboratif. Slackbot est inclus dans les forfaits Business Plus et Enterprise Plus (à partir de 18 euros HT par mois par usager, hors promotion) et peut être désactivé. Contrairement à Microsoft, jusqu’en octobre 2025, Slack n’avait pas réellement proposé un chatbot, mais des fonctions de résumé d’abord nommées Slack GPT, puis Slack AI.

Slackbot dispose d’un accès aux mêmes canaux que les utilisateurs : publics, partagés, et les messages privés. L’agent conversationnel est associé aux autorisations de l’utilisateur géré par les administrateurs de l’outil de collaboration. L’éditeur mise en premier lieu sur son expérience dans le déploiement d’un système RAG à l’échelle.

Un assistant IA de recherche aux mains des métiers

« Slackbot est très bon pour trouver des informations, pour les synthétiser et les transformer en un ensemble d’actions à exécuter dans quelques systèmes cibles, dont Slack », résume Rob Seaman, directeur produit et CEO par intérim de Slack, auprès du MagIT.

Brouillon d’auto-évaluation annuelle, préparation de réunions, brief pour les cadres de l’entreprise, analyse de données, priorisation des tâches, synthèse complète sur un sujet, jeu de rôle… Slackbot fait tout ce que peut faire un assistant IA, mais dans le contexte de Slack et en imitant le ton des usagers. L’outil peut même déterminer quels sont les emojis les plus utilisés par un collaborateur pour les afficher dans les brouillons de ses messages. Ces réponses peuvent être générées dans un canevas Slack avant de les partager et de les modifier de manière collaborative. Selon Slack et Salesforce, l’accès au contexte – aux différentes versions de documents, aux discussions – donnerait à Slackbot un avantage sur les chatbots isolés des échanges et des documents de travail.

Sur le papier, Slack reste fidèle aux objectifs présentés par Peter Secor, SVP engineering chez Slack, en mars 2024. Depuis, l’éditeur a surtout pu industrialiser les fonctions de recherche (Enterprise Search) – fournies par son API Real Time Search – et de synthèse, et a revu le conteneur de Slack Apps pour y accueillir des agents IA (une révision réclamée par OpenAI, Anthropic, Vercel et d’autres).

Ce sont trois capacités essentielles pour Slackbot, dont le développement a débuté il y a « six à neuf mois ». « Le noyau central de Slackbot est évidemment un LLM. Au-dessus de cela, il y a une série de techniques d’ingénierie de prompt et de contexte de notre cru », décrit Rob Seaman auprès du MagIT. « Ensuite, il y a une série d’outils maison, dont les principaux servent à enclencher la recherche, à créer des canevas et des listes. Il y a aussi un peu de mémoire et de personnalisation », poursuit-il. « Nous continuerons à les améliorer au fil du temps, mais je dirais que l’outil le plus puissant dont nous disposons est en fait l’outil de recherche ».

Slackbot a été mis à la disposition de pratiquement tous les employés de Salesforce et d’une cinquantaine de clients en mode pilote. Au total, l’assistant IA comptabilise « des dizaines de milliers d’utilisateurs actifs hebdomadaires », selon le directeur produit. Salesforce et sa filiale ont mesuré un taux de rétention de 87 %, quand l’outil était dans les mains de 40 000 employés. « C’est la fonction la plus rapidement adoptée dans l’histoire de Salesforce », vante Rob Seaman, lors d’un point presse.

Et les porte-parole de Slack d’assurer que l’outil permet, en l’état, d’économiser 5 à 20 heures par semaine aux collaborateurs. Un temps pouvant être réinvesti ailleurs.

Au-delà de Slack, les connecteurs de recherche permettent déjà de consulter et de synthétiser des informations en provenance d’Asana, Confluence Cloud, Dropbox, GitHub, Google Drive, Jira Cloud, Microsoft Teams, OneDrive/SharePoint et Salesforce.

« C’est pourquoi nous ciblons dans un premier temps les clients Business Plus et Enterprise Plus », souligne Rob Seaman auprès du MagIT. « Nous pensons que c’est vraiment une bonne solution pour les entreprises qui ont un grand nombre d’employés souhaitant synthétiser de larges volumes d’interactions et d’informations en très peu de temps ».

En 2026, Slackbot deviendra un véritable agent IA

Toutefois, la plupart des fonctionnalités de Slackbot, présentées lors de Dreamforce en octobre 2025, sont encore en développement. À commencer par l’ajout de la recherche Web, déjà accessible en interne chez Slack.

En outre, une bibliothèque de prompts permettra de partager les requêtes qui ont donné les meilleurs résultats avec Slackbot.  

« Slackbot ne peut pas encore générer d’images, de présentations ou de vidéos dans le cadre du lancement », ajoute pour sa part Amy Bauer, principal product experience designer chez Slack. « C’est quelque chose que nous envisageons pour l’avenir ».

Il y a des terrains que Slack n’explorera pas lui-même. « Pour ce qui est de la connexion aux modèles d’IA spécifique à un domaine, non, ce n’est pas quelque chose que nous prenons en charge aujourd’hui et nous ne prévoyons pas de le faire », indique Rob Seaman. Slack s’appuie sur des LLM (dont l’éditeur ne révèle pas les noms, mais BFM évoque Claude d’Anthropic) gérés depuis Amazon Bedrock au sein de son VPC.

En revanche, le renforcement des capacités agentiques de Slackbot est bien évidemment au programme.

Dans quelques semaines, les connecteurs Google et Outlook Calendar seront totalement disponibles. Il s’agit non seulement de rechercher les rendez-vous comme c’est déjà le cas, mais également de laisser le bot les inscrire sur l’agenda pour le collaborateur, en fonction de sa disponibilité et de ses consignes.

Ce n’est qu’un premier pas pour que l’assistant devienne véritablement un agent IA.

Slack a commencé par mettre en place un serveur MCP par-dessus son API Real Time Search. Les premiers outils compatibles sont ceux d’OpenAI, d’Anthropic, de Google, de Perplexity, de Writer, de Dropbox, de Notion, de Cognition, de Vercel, ou encore de Cursor.

« À partir de maintenant, nous faisons de Slackbot un client MCP et nos partenaires d’intégration tiers pourront construire des serveurs MCP que nous pourrons connecter à notre agent », précise Rob Seaman. « Je pense que ce sera notre domaine d’innovation le plus passionnant pour l’avenir ».

Il s’agit par exemple d’autoriser Slackbot à créer des enregistrements ou des documents dans des outils tiers, dont les systèmes de ticketing, l’un des champs d’extension de l’activité de Salesforce au-delà du CRM. Techniquement, le dirigeant explique que l’éditeur souhaite se concentrer sur la prise en charge du protocole MCP tout en restant attentif aux autres solutions. A2A (Agent2Agent) de Google, par exemple, ne bénéficie pas du même niveau d’adoption, mais fait l’objet de prototypes.

Pour le moment, les agents IA Agentforce sont intégrés au sein de la plateforme de collaboration. « Nous avons donc un nouvel onglet dans Slack où vous pouvez parcourir tous les agents Agentforce que vous avez déployés et où vous pouvez avoir une conversation en tête-à-tête avec eux », explique Rob Seaman, auprès du MagIT. « Vous pouvez également ajouter des agents à des canaux comme vous le feriez avec les applications Slack. Ils peuvent écouter, répondre, vous pouvez les mentionner, etc. », ajoute-t-il. « En outre, nous avons créé ce que nous appelons un agent expert en canaux, qui peut être ajouté à n’importe quel canal, sans aucune configuration, pour répondre à des questions basées sur ce qui s’est réellement passé dans le canal auparavant ou sur d’autres documents et sources que vous lui donnez ».

Faire de Slack un vecteur d’adoption des agents IA

Dès cette année, l’éditeur prévoit de faire de Slackbot un routeur capable de déterminer leur disponibilité afin de leur déléguer des tâches en fonction de leurs compétences. « C’est bien d’avoir Agentforce, car nous pouvons prototyper cette fonction avec beaucoup d’agents », déclare le directeur produit. Cette fonctionnalité sera étendue aux agents IA tiers.

Pour l’instant, il est possible d’intégrer dans Slack les outils comme GitHub Copilot, les assistants IA d’Asana, de Box, de PagerDuty, ChatGPT, Cursor, Claude, Devin, Notion AI, BambooHR, Adobe Express, Perplexity, Rovo d’Atlassian, Cohere AI, Zoom AI, Dropbox, ou encore UiPath Autopilot. Tout cela fait depuis la marketplace de la plateforme de collaboration.

La filiale de Salesforce n’a toujours pas l’intention de remplacer les assistants IA en place. « Nous proposons un système très ouvert chez Slack et nos clients devraient pouvoir utiliser le meilleur outil en fonction de la tâche et de leurs besoins », défend Rob Seaman.

Toutefois, comme le démontre la présence de l’agent IA de routage à la feuille de route de l’éditeur, la filiale de Salesforce aimerait elle aussi devenir le point d’entrée des agents IA au sein des entreprises. Et elle espère se différencier de tous ses concurrents et partenaires qui veulent faire la même chose par la « proximité » de sa plateforme avec les utilisateurs.

« Slackbot n’est pas conçu pour remplacer les autres systèmes. Mais je pense que vous verrez les utilisateurs l’utiliser beaucoup, le conserver et y revenir semaine après semaine », nuance le directeur produit. « Les métiers passent beaucoup de temps par jour dans Slack », vante-t-il. « Il devient très intéressant d’y mettre en place des logiciels que vous voulez que les utilisateurs exploitent, qu’il s’agisse d’une application, d’un flux de travail, d’un agent ou d’un assistant d’intelligence artificielle. Vous obtiendrez une plus grande adoption ».

Pour approfondir sur IA appliquée, GenAI, IA infusée