Oracle AI World 2026 : les applications Fusion se robotisent

Gavés de nouveaux modules pour les interconnecter à des IA, les progiciels en cloud d’Oracle n’ont même plus besoin que l’on comprenne comment s’en servir. Les collaborateurs passeront par ChatGPT, les métiers par Claw et les intégrateurs par des skills publiés sur GitHub.

De l’IA agentique à tous les étages. À l’occasion de sa conférence AI World 2026 qui se tient cette semaine à Las Vegas, Oracle annonce enrichir sa famille de progiciels en cloud Fusion de plusieurs fonctionnalités qui facilitent les tâches des utilisateurs collaborateurs, des experts métiers chargés d’automatiser les flux et des intégrateurs attelés à configurer ces applications pour leurs clients.

Respectivement, les solutions s’appellent Fusion Companion, un outil qui se glisse entre ChatGPT (ou équivalent) et les menus des applications Fusion, Fusion Claw, un logiciel qui combine les fonctionnalités des applications d’Oracle avec des services extérieurs, et FSCR, un dépôt GitHub rempli de skills et de scripts Open source, que les intégrateurs peuvent ajouter à leur plateforme d’IA agentique pour paramétrer ces applications en langage courant.

« Globalement, vous n’avez plus besoin de comprendre comment fonctionne notre système. Vous décrivez simplement ce que vous voulez faire et il s’occupe de tout : la tâche à accomplir, sa sécurité, etc. Cela va totalement révolutionner votre façon de travailler, quel que soit votre métier », vante, sur scène, Chris Leone, le directeur des applications et de l'IA chez Oracle (en photo en haut de cet article).

L’année dernière, Oracle avait déjà doté ses applications Fusion d’une approche agentique avec un outil AI Agent Studio. Il était censé permettre aux utilisateurs de modéliser, avec plus ou moins de code, des applicatifs qui faisaient interagir les fonctions de ces applications avec autre chose. Cet outil existe toujours, il est même livré désormais avec 75 applicatifs prêts à l’emploi, et il s’agit de l’interface où tout ce qui a trait à Fusion Claw se fera.

Néanmoins, il était trop complexe pour les simples utilisateurs métier et trop limité pour les intégrateurs. Deux freins qu’Oracle entend lever avec ces nouvelles annonces.

Demander à ChatGPT d’interagir lui-même avec les applications Fusion

Selon Chris Leone, Fusion Companion « modifie le point de départ du travail en entreprise ». Auparavant, les utilisateurs des applications Oracle Fusion (ERP, HCM, CX) devaient naviguer dans des modules spécifiques pour initier des transactions ou, ce qui ne simplifiait pas grand-chose, utiliser Oracle AI Agent Studio pour demander à des agents IA de le faire. L'exécution reposait sur une connaissance précise des menus et des flux de travail de la suite.

Fusion Companion est une couche intermédiaire. Accolée à n’importe qu’elle interface d’IA, via une extension, il analyse l'objectif exprimé par l'utilisateur, puis sélectionne et coordonne automatiquement les transactions et les approbations. Et, c’est important, il le fait en utilisant le contexte métier et les permissions de l'entreprise, « car, malgré ce changement radical d’approche du travail, les entreprises doivent garder le contrôle sur la manière dont ce travail est effectué », ajoute Chris Leone.

Lors de sa démonstration, Chris Leone prenait l’exemple de ChatGPT pour dire à Fusion Companion quoi faire, parce qu’il exprimait bien la notion de déporter l’interface de l’utilisateur vers un environnement que tout le monde connaît déjà. Cependant, Oracle propose aussi son interface à la ChatGPT. Il s’agit d’une nouvelle app baptisée Agentic Home. Celle-ci fonctionne soit en cloud, soit directement sur un smartphone, mais pas de manière autonome. Elle n’est accessible que via le portail ou l’app dédiés aux applications Fusion.

« Mais sur Android comme iOS, nous avons privilégié un accès par la voix, sans saisie textuelle. Vous l’allumez, vous lui dites examine mes six derniers bulletins de paie et dis-moi pourquoi mes heures supplémentaires sont différentes et l'IA effectuera la recherche et l'analyse sur votre application Fusion. Et cela fonctionne aussi pour des recherches complexes ou des mises à jour administratives », s’amuse à illustrer Chris Leone.

Donner aux progiciels la capacité d’être à l’affût

Si Fusion Companion permet à tous les collaborateurs d’interagir plus facilement avec les applications que leurs directions métier leur demandent d’utiliser, Fusion Claw vient plutôt en appui, lui, de ces directions métiers. Pour abattre tout leur travail de croisement d’informations nécessaire à la progression de l’entreprise.

« Les dirigeants d'entreprise doivent transformer les stratégies de croissance en opportunités et tenir leurs engagements envers les clients, mais connecter la demande des clients avec la capacité de l'entreprise en temps utile pour agir reste un défi », argumente Kartik Raghavan, le responsable du développement des applications chez Oracle, à l’occasion d’un communiqué lancé simultanément à la présentation de Chris Leone. Ce dernier précise : « le but est de transformer les progiciels de gestion en systèmes de résultats. »

Fusion Claw n’est pas à proprement parler un nouvel outil, mais plutôt une couche logicielle qui ajoute à l’environnement AI Agent Studio le support des tâches à exécution longue, selon des éléments extérieurs monitorés en permanence, avec une replanification continue et une exécution déterministe. « Concrètement, il s’agit de gérer un travail spécialisé comme le ferait un analyste financier, ou un planificateur de la chaîne logistique, en suivant en permanence tout ce qui se passe, et en réorientant les décisions selon ce qui se passe », illustre Chris Leone.

Ainsi, sur les 75 applicatifs prêts à l’emploi qui sont désormais livrés avec AI Agent Studio, 25 utilisent Fusion Claw. Par exemple, pour l’application Fusion CX, qui couvre tous les métiers commerciaux (ventes, marketing, services clients), on trouvera un applicatif « Account Territory Growth Plan » pour modéliser les opportunités sur un territoire, afin de mieux distribuer les missions, ou encore un applicatif « Service Health Check » pour identifier d’où viennent les problèmes de performances d’un service client.

Mais c’est surtout dans le domaine des métiers de la distribution, soit l’application Fusion SCM, qu’Oracle semble avoir été le plus créatif. Chris Leone cite trois applicatifs qui, selon lui, servent des besoins critiques.

« Supply Planning Allocation » gère l'allocation des matériaux et des capacités rares en comparant différents scénarios de production et d'arbitrage. « Shipment Load Planning » analyse les opportunités de consolidation des transports pour réduire les coûts, tout en respectant les engagements de service. Enfin, « Procurement Spend » analyse les données d'achat et les accords fournisseurs pour détecter les dépenses non conformes et les fuites de contrats, tout en quantifiant les opportunités d'économies.

Dernier point notable, Oracle avait aussi précédemment pensé à simplifier l’expérience des utilisateurs d’AI Agent Studio. En plus de l’interface « no-code/pro-code », il existe depuis cet été un outil appelé Agentic Applications Builder qui permet de modéliser ce que doit faire un agent, Fusion Claw ou non, en langage naturel.

A priori, Fusion Claw n’est autre que la version d’Oracle du logiciel OpenSource OpenClaw, comme Nvidia l’a fait avec NemoClaw. Mais leMagIT n’a pas pu en obtenir précisément la confirmation

Passer d’une intégration basée sur le conseil à une intégration pilotée par l’IA

Concernant le dernier lancement d’Oracle dans le cadre des applications Fusion, FSCR est l’acronyme de Fusion Setup and Configuration Registry (FSCR). Ce dépôt GitHub a avant tout été créé pour rendre la configuration des applications Fusion accessible aux IA.

« Nos clients et leurs partenaires doivent trop souvent reconstruire des connaissances critiques de configuration pour chaque implémentation ou s'appuyer sur une documentation statique et des guides ponctuels qui peuvent rapidement devenir obsolètes. Donc l’implémentation de logiciels d'entreprise passe d'un modèle basé sur le conseil humain à un modèle piloté par le logiciel et l'IA », lance Chris Leone.

Historiquement, le déploiement des progiciels, que ce soit ceux d’Oracle comme ceux de ses concurrents SAP ou Salesforce, repose largement sur des méthodologies manuelles et l'intervention de consultants pour traduire les besoins métier en paramètres techniques. L’objectif d’Oracle serait de déplacer la valeur de l'intégrateur : celui-ci ne configure plus manuellement les détails, mais supervise des agents d’IA.

Les skills distribués en Open source depuis le dépôt FSCR et intégrables à n’importe quelle plateforme d’IA agentique « capturent l'expertise des chefs de produit Oracle qui devaient auparavant valider les conceptions des intégrateurs. Mais ce n'est pas de la documentation. Ce sont des compétences réelles, exécutables, pour créer des runbooks et configurer des objets dans Fusion », insiste Chris Leone. Et d’ajouter : « Ce dépôt est maintenu directement par l'équipe de développement de Fusion, ce qui garantit que chaque patch ou chaque mise à jour sera directement implémenté dans les skills. »

Pour passer de la théorie à la pratique, Oracle propose dans la foulée un outil en ligne baptisé AI Success Navigator. Nouvelle version de l’assistant qui s’appelait jusque-là Cloud Success Navigator, cet outil se sert des compétences de FSCR pour identifier les écarts de bonnes pratiques dans les environnements existants, pour traduire des besoins métiers en design applicatifs, pour bâtir des prototypes, pour générer des cas d’usage alignés sur ces configurations, ou encore pour écrire le code qui intégrera ces configurations dans des applications tierces.

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