IA agentique : pas encore une priorité pour les clients français d’Oracle

Lors de l’Oracle AI World Tour à Paris, le fournisseur a vanté ses capacités d’IA agentique auprès de ses clients français. Les responsables des entreprises rencontrés préfèrent terminer la migration vers les systèmes Oracle Fusion avant de se pencher pleinement sur la question de l’IA agentique.

Chez les clients d’Oracle, l’IA agentique ferait mouche. C’est en tout cas ce que laissent à penser les porte-parole des fournisseurs. Pour l’occasion, Steve Miranda, vice-président directeur Oracle Applications Development a fait le déplacement à Paris pour prouver le bien-fondé de l’approche de l’éditeur.

Pour rappel, Oracle a multiplié les occurrences de l’IA générative et agentique. Il aurait déployé par vague plus de 600 cas d’usage préconfigurés et pratiquement autant « d’agents IA ».

Pas moins de 60 % des 14 000 clients d’Oracle Fusion auraient déployé un assistant ou un agent IA en production. « C’est un curseur important pour nous. Le premier sujet que nous ciblons, c’est l’adoption. Si l’on veut aller plus loin, il faut comprendre les capacités des IA », affirme Sylvain Letourmy, responsable du développement commercial Application chez Oracle France.

Sylvain Letourmy évoque non pas un nombre d’agents IA déployés par les clients, mais – en moyenne – une « petite dizaine de cas d’usage par domaine fonctionnel » (ERP, HCM, SCM, CX).

« Par exemple, côté RH, entre la correspondance de compétences pour les collaborateurs et les recruteurs, l’écriture de descriptifs de profil, la génération de brouillon de mail, l’assistance à la rédaction des objectifs, à la formation, la création de formulaires, etc., il y a bien une dizaine de cas », illustre-t-il.

Les usages sont donc circonstanciés à des étapes spécifiques d’un processus. Les assistants ou les agents IA ne semblent pas encore capables de traiter des demandes de bout en bout. C’est bien la volonté affichée par Steve Miranda.

Les clients français donnent la priorité à la migration vers Oracle Fusion Cloud

Pour autant, les clients qui témoignaient ce jour-là n’y sont pas encore, pour la plupart. Un groupe français de laboratoires de biologie médicale, très distribuée par nature, vient de remplacer 28 systèmes de comptabilité différents par un seul, l’ERP Oracle Fusion. Le déploiement dans plusieurs pays se poursuivra au moins jusqu’à la moitié de l’année 2027. Il se dote par la même occasion d’une véritable brique de gestions des achats, qui était jusqu’alors gérée à l’échelle du laboratoire. La question de l’IA agentique sera mise sur la table en 2028, le temps de passer la phase de migration.

Le groupe de consultance en ingénierie Egis, lui, a commencé par adopter HCM et a également choisi la brique ERP d’Oracle Fusion. Là, les fonctions d’IA concoctées par la firme de Larry Ellison sont utilisées par les ressources humaines. « Malgré le déploiement récent, nous avons déployé les fonctions IA de définition et de rédaction des objectifs », témoigne Alexandra Le Porho, group digital RH chez Egis. « Nous ne savons pas encore si elle est utilisée à l’échelle par les responsables, mais je trouve ces capacités pertinentes et utiles ». Des responsables de Technip (un acteur de l’ingénierie énergétique) en font un usage similaire, mais évoquent leurs premiers pas dans l’IA agentique.

Sylvain Letourmy observe que l’écosystème Oracle est en phase d’acculturation. C’est aussi le rôle des partenaires qui proposent une centaine de patrons (« templates ») d’agents IA sur la place de marché de la suite applicative Oracle Fusion Cloud. Ces solutions gratuites, pour la plupart, sont des « incitatifs » pour des acteurs comme Deloitte, Accenture, KPMG, PWC, IBM, Infosys et d’autres. Certaines entreprises se seraient également rapprochées des équipes d’Oracle pour la même raison : personnaliser des agents IA.

IA agentique : des hackathons pour mettre le pied à l’étrier des citizen developers

Pour mémoire, dans le modèle économique du fournisseur cloud, les agents IA personnalisés ou créés de toutes pièces sont facturés à l’usage. Les assistants et agents IA préfabriqués sont inclus dans les licences Oracle Fusion.

« Au-delà de proposer des cas d’usage inclus par défaut dans les applications, nous et nos partenaires mettons en place des hackathons pour faire cet exercice de conception [d’agents IA personnalisés] avec nos clients », explique Sylvain Letourmy. « En la matière, certains clients sont plus appétents. Ils utilisent l’Oracle AI Agent Studio pour concevoir des cas d’usage qui leur sont propres ». 

En France, le responsable commercial observe un schéma similaire. Les entreprises les plus avancées ont lancé des agents IA qui intègrent des données présentes dans des systèmes tiers, dans le cloud ou sur site. La majorité préfère s’appuyer sur les fonctions préexistantes.

La personnalisation semble de toute façon nécessaire lorsque les entreprises entendent confier aux agents IA des données de systèmes tiers. « Les hackathons correspondent typiquement à cette étape-là où l’on met autour de la table des gens qui viennent avec une envie, un besoin, et qui ont suffisamment de compréhension technique pour pouvoir manipuler le studio par eux-mêmes », précise Sylvain Letourmy. En cela, la phase d’idéation serait effectivement raccourcie. Avec le bon accompagnement, il suffirait d’une journée pour qu’un citizen developer prenne en main le studio proposé par Oracle.

La nécessaire intervention de la DSI

« Bien souvent, l’IT est présent à ce moment-là. Si l’on veut aller un petit peu plus loin, cumuler les données issues des applications Fusion avec d’autres, ils devront intervenir », ajoute le responsable, qui recommande d’y penser dès la phase de conception.

D’autant plus qu’Oracle prend déjà en charge les serveurs MCP (Model Context Protocol) distants et promet une compatibilité avec le protocole Agent2Agent (A2A). A2A, jusqu’alors disponible en version 0.3, devrait prochainement sortir du bois dans une mouture 1.0 apte à la production. Ce sont deux briques essentielles pour que les grands modèles de langage manipulent des outils et que les agents IA dialoguent entre eux. Toutefois, ces modifications devront rester mineures. « Nous vous fournirons des applications agentiques et des agents IA prêts à l’emploi, ce qui vous évitera de devoir refaire tout ce que vous avez déjà mis en place dans votre système actuel », promet Steve Miranda.

Et, contrairement à ServiceNow, Microsoft ou Salesforce, Oracle ne chercherait pas à fournir la tour de contrôle des agents IA. Il se contentera de fournir une console d’administration pour ceux déployés dans le giron « Fusion apps ».

Reste la question du coût, fortement dépendante du cas et du volume d’usage. « Nous fournissons des outils qui permettent d’anticiper le ROI des agents IA », assure Sylvain Letourmy. « Ce ratio coût à l’usage-bénéfices revient souvent dans les discussions avec les clients ».

Crédits photo : Gaétan Raoul pour LeMagIT – Steve Miranda, EVP Applications chez Oracle lors de l’Oracle AI World Tour Paris 2026.

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