Cloud : les entreprises françaises ont enfin passé le cap

La Cloud Week s’est achevée vendredi 10 juillet sur un constat de succès. Succès pour cette série de manifestations sur le thème du Cloud Computing tout au long de la semaine, mais surtout sur le succès grandissant du Cloud auprès des entreprises françaises.

Les entreprises françaises ont enfin entamé leur transformation numérique ! C’est le constat présenté par Didier Krainc, directeur général d’IDC France, lors de la session de clôture de la Cloud Week. Cette semaine de manifestations diverses sur le thème du Cloud Computing s’achève donc sur une note d’optimisme. Le Cloud est l’un des 4 piliers de cette transformation, les 3 autres étant le Social, le Mobile et le Big Data ou Analytics, le tout formant l’acronyme SMAC.

Aujourd’hui, les derniers chiffres avancés par IDC France dans son étude « Digital Transformation Survey, édition 2015 » font apparaitre que seulement 40% des projets de transformation sont menés par la DSI, les métiers assurant la conduite de ces stratégies dans 60% des cas. L’organisation IT des entreprises est bouleversée dans cette transformation, comme l’a souligné Didier Krainc. 53% des entreprises française ont fait bouger leur organisation IT lors de ces 12 derniers mois, avec un changement de DSI à la clé dans 37% des cas !

 La nouvelle DSI devient un broker de services

Après une longue phase d’attentisme vis-à-vis du Cloud, la France rattrape maintenant son retard. «  Ces projets de transformation numérique sont conduits par ce que l’on appelle l’expérience client. Cela s’applique aussi à la DSI », a déclaré Didier Krainc. « Celle-ci doit elle aussi devenir customer centric. D’un côté, sur les services informatiques traditionnels, la dépense est à son maximum et va se réduire à l’avenir, c’est clair. La dépense s’oriente vers les services Cloud et il faut donner plus de pouvoir aux métiers, créer de nouvelles méthodes de type Devops pour être plus agile. La nouvelle DSI devient un broker de services ».

L’accélération dans le Cloud est aujourd’hui bien réelle en France. Selon les chiffres commentés par le directeur général d’IDC France, le Cloud public doit connaître dans l’Hexagone une croissance de 27% en 2015 pour atteindre 1,7 milliard d’euros. Avec 19% de croissance, le Cloud privé pèsera 710 millions d’euros et enfin le Cloud privé hébergé connaîtra une croissance record de +36% pour atteindre 656 millions d’euros. Une croissance impressionnante, mais des chiffres à relativiser en valeur absolue par rapport à la dépense informatique totale des entreprises. En 2015, le Cloud public ne représentera encore que 3,8% du total, le Cloud privé 1,6% et le Cloud privé hébergé 1,5%.

Les grands groupes français aiment le Saas, le Iaas, mais boudent encore le Paas

Olivier Ligneul, RSSI du groupe EDF et représentant du Cigref, est monté sur la scène de la Cloud Week afin d’apporter l’éclairage des grands comptes français sur la question de l’adoption du Cloud. En effet, le groupement des grandes entreprises a créé un groupe de travail sur la question, un groupe de travail composé de pas moins de 44 grandes entreprises françaises. Pour Olivier Ligneul, le constat est clair : « Tout le monde a déjà mené ou compte mener un projet Cloud. C’est une réalité aujourd’hui et non plus quelque chose en devenir », a-t-il affirmé. « Ceux qui font du Iaas, font, en quelque sorte, une extension du rôle opérationnel de l’informatique interne dans le Cloud. Ils cherchent maintenant à orchestrer l’ensemble de leurs environnements internes à la manière du Cloud Computing. A l’opposé, il y a ceux qui, sous l’impulsion des métiers, vont vers le Saas afin de chercher des offres Cloud complètement packagées pour déployer du CRM, des applications collaboratives. Dans ce cas, le rôle de la DSI évolue vers un rôle de contributeur sur le projet et se positionne comme le fournisseur du service Cloud. Par contre, aucune entreprise n’a témoigné dans notre groupe de travail sur le fait qu’elle s’intéressait au Paas. On commence à entendre parler du Caas pour Container as a Service, qui permettrait d’avoir des sous-espaces complètement isolés, mais cela reste encore émergent. »

Pour les membres de ce groupe de travail, le coût n’est clairement pas le moteur qui les pousse à aller vers le Cloud. Le Iaas apporte notamment aux DSI des moyens de standardiser et d’automatiser leurs infrastructures. « Le Cloud ne fait pas disparaître toutes les difficultés », prévient toutefois Olivier Ligneul. « Il reste toujours des problématiques liées à la gestion des droits, d’interopérabilité et, d’une manière générale, des problématiques de réseaux et de passerelles qui sont toujours présentes. »

Autre difficulté pour les entreprises, un changement de rapport de force entre les DSI et les éditeurs. Ceux-ci étaient habitués à négocier avec les grands éditeurs, avaient l’habitude d’obtenir des tarifs préférentiels, de négocier des SLA adaptées à leurs exigences, ou encore pouvaient influer sur la roadmap des solutions. Face aux géants du cloud, ils se retrouvent face à des offres totalement standardisées sur lesquelles ils ont bien peu de marge de manœuvre : « La DSI joue aujourd’hui un rôle très important sur toute la partie contractualisation et achat des services Cloud. On n’est plus seulement dans le domaine des achats mais on est sur des éléments de contrat très techniques et le savoir faire est du côté de la DSI. Nous considérons qu’aujourd’hui il y a un déséquilibre beaucoup trop fort en faveur des fournisseurs et que les entreprises ont du mal à imposer leurs désidératas à ces acteurs. »

6 trophées ont été remis aux meilleurs projets et offres Cloud

Cette première Cloud Week s’est enfin achevée par la remise des trophées du Cloud. Une 9ième remise de trophées qui a consacré quelques-unes des étoiles montantes du Cloud français. Première entreprise à recevoir un prix, Simplicité pour le meilleur déploiement Cloud. L’éditeur propose ce qu’il nomme une plateforme aPaaS (application PaaS), une solution qui permet de créer tous types d’applications dans le Cloud. Celle-ci a notamment été mise en œuvre par Alstom pour créer un référentiel unifié pour l’ensemble des 4 000 applications, 10 000 serveurs et 60 datacenters que possède l’industriel dans le monde. Hébergée chez Aspaway/IBM, l’application a été mise en place en 2 mois seulement/ Elle est aujourd’hui utilisée par 600 personnes dans le groupe.

Treeptik est le deuxième à avoir reçu un prix. Ce spécialiste du développement Java et du Cloud a décroché le prix de la migration Cloud. Celui-ci prépare en effet le lancement de la plateforme Paas Cloud-Unit, prévu pour le mois de septembre. Ce Paas français, pour l’instant ouvert en mode bêta, compte déjà 250 entreprises utilisatrices, ainsi que 5 éditeurs majeurs.

Aspaway, Numergy et Ikoula se sont disputé le prix de la meilleure infrastructure Cloud et c’est ce dernier qui l’a emporté avec son offre Cloud. « La première offre développée parIkoula sur laquelle je ne suis pas intervenu personnellement » a reconnu, fair-play, Jules-Henri Gavetti, PDG d’Ikoula. L’hébergeur franco-français possède aujourd’hui des infrastructures en Asie, aux Etats-Unis et prochainement en Allemagne et aux Pays-Bas a annoncé le PDG.

C’est Commerce Guys, connu pour développer la plateforme Drupal Commerce qui a reçu le prix de la meilleure application horizontale. Car si l’éditeur fournit des services autour de la plateforme de E-Commerce libre, il a aussi créé Platform.sh. Il s’agit d’un Paas qui permet à ses utilisateurs de faire du « Continuous delivery », c'est-à-dire déployer plusieurs fois par jour de nouvelles fonctionnalités sur un site sans interruption de service. « Nous sommes les seuls à savoir faire cela aujourd’hui. Cela a nécessité 3 ans de R&D et aujourd’hui une quinzaine de personnes sont dédiées chez Commerce Guy à cette plateforme », a expliqué Frédéric Plais, PDG de Commerce Guys.

Le trophée de la meilleure application verticale est allé à Oodrive pour son projet de dématérialisation des documents des expertises judiciaires, Opalex. Cette plateforme Cloud est ouverte à l’ensemble des protagonistes d’une expertise judiciaire qui peuvent ainsi s’authentifier sur le Cloud via certificat électronique et communiquer l’ensemble des documents d’expertise. Des accès sont ouverts pour les greffes, les magistrats, les avocats, les experts judiciaires et les justiciables. Ce projet a représenté 2 ans de travail pour l’équipe Oodrive avec la Chancellerie, le Conseil National des Barreaux et les experts judiciaires. En cours de déploiement, Opalex est actuellement utilisé par 36 cours d’appel et 161 tribunaux de grande instance.

Dernier trophée à avoir été remis lors de la clôture de la première Cloud Week, le prix très convoité de la meilleure start-up. Celui-ci a vu sélectionnés pour la phase finale CloudScreener, le comparateur d’offres Cloud, Keeex, l’éditeur d’une solution de sécurisation des documents, Pitchy, une start-up créée par Benjamin Chouraqui et qui veut être le Powerpoint de la vidéo. Enfin, dernière start-up sélectionnée, Vocal Apps, une jeune  entreprise qui n’a pas froid aux yeux puisqu’elle propose une solution d’interface vocale directement concurrente de Siri d’Apple ou encore des solutions de Google et d’Amazon. « Ce que nous voulons faire, c’est parler avec tous les autres », a résumé Pierre Cayol, responsable marketing de la start-up, « Nous fournissons aux grandes entreprises, aux PME et aux start-ups qui voudraient lancer un objet connecté des outils simples pour qu’ils puissent développer leurs solutions vocales. » Une solution séduisante, notamment pour les concepteurs de robots.

C’est assez logiquement que CloudScreener a été choisie par le jury. Nicolas Drouet, co-fondateur de la start-up a expliqué sa motivation à créer ce comparateur de services Cloud : « En 2012, nous sommes partis du constat que le Cloud fonctionne comme une boite noire. Notre mission est de redonner du pouvoir aux utilisateurs, leur donner des métriques et un pouvoir de décision. CloudScreener, c’est un Cloud Decision Engine, c'est-à-dire une plateforme d’aide à la décision qui analyse en temps réel les offres du marché. L’analyse est réalisée sur les fonctionnalités, ensuite les prix, non seulement les prix unitaires, mais également les prix d’usage sur un scénario donné, puis les performances, ce qui constitue une grosse partie du travail que nous réalisons. » Alors que les entreprises vont aller de plus en plus vers des architectures multi-cloud, un tel outil va avoir de plus en plus de sens, notamment couplé aux offres de Cloud Brokering qui commencent à apparaitre à l’image de SelfDeploy, de LinkbyNet et de CloudOrbit. La diversité des projets et start-ups représentées lors des 9e trophées montre le dynamisme de l‘écosystème Cloud français. Reste encore aux Amazon Web services ou aux Salesforce.com français à se révéler.

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