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L’Impression 3D est aussi un projet de Big Data

L'impression en 3D sera un test pour les DSI et les services informatiques : celui de leur capacité à assurer la sécurité, à gérer les données, à travailler rapidement et à collaborer avec le reste de l'entreprise.

L'impression 3D est une occasion pour les DSI d'encourager une technologie émergente qui, selon les experts, pourraient modifier en profondeur la façon de travailler. Cette opportunité soulève d'inévitables questions tant sur la  technologie que sur la tendance générale de l'activité numérique.

La mise en oeuvre de l'impression 3D, technologie de fabrication additive permettant de transformer des modèles numériques en objets 3D, pose de nouveaux défis en termes de sécurité et de gestion des données. En outre, pour implanter correctement l'impression 3D dans l'entreprise, les DSI doivent s'assurer que les services IT sont bien prêts à répondre à la  demande  en adoptant, si ce n'est pas déjà fait, des pratiques agiles et d’intégration continue.

Sécurité et impression 3D : contrefaçons

Les entreprises qui choisissent de sous-traiter l'impression 3D à des sociétés de services devront ouvrir leur réseau, et donc le pare-feu, pour faciliter la transmission de fichiers. L'un des défis posés aux DSI par l'impression 3D concerne ainsi le respect des droits de propriété intellectuelle de ces fichiers.

Si la protection de tels droits n'a rien de neuf pour les DSI, l'impression 3D présente une nouvelle difficulté, affirme Sophia Vargas, analyste chez Forrester Research.

« Si votre magasin propose un produit au format numérique, il y a de fortes chances qu'un consommateur y ait accès, et pas seulement vos collaborateurs ou votre employeur », explique Sophia Vargas. L'impression 3D étant également une technologie grand public, les clients peuvent s'attendre à pouvoir imprimer des pièces, de Staples par exemple, sur leur imprimante 3D personnelle. Les DSI devront veiller à ce que la sécurité des fichiers soit assurée; de l'entreprise jusqu'au réseau du client en passant par le partenaire B2B.

Si les fichiers sont piratés, la contrefaçon peut générer une perte de revenus. Et si le produit contrefait tombe en panne pour une raison quelconque, l'entreprise risque d'en subir les conséquences : atteinte à la réputation, voire poursuite en justice. « Cette situation ne s'est encore jamais présentée, mais elle pourrait se produire si quelqu'un imprime en 3D une contrefaçon qui subit ensuite une panne majeure », affirme Pete Basiliere, analyste chez Gartner.

Protéger l'entreprise de ce types de contrefaçons demandera probablement des efforts conjugués de la part du service IT, de l'ingénierie et du service juridique. Il leur faudra envisager le marquage des produits fabriqués en interne ou une combinaison unique de matériaux (par exemple une combinaison de métaux) que seule l'entreprise utilise, explique Pete Basiliere.

Données et impression 3D : jeux de données massifs

Pour Vinod Baya, directeur du Center for Technology and Innovation de PricewaterhouseCoopers, lorsqu'une entreprise décide de créer un atelier d'impression 3D, ce seront les goulets d'étranglement des données qui constitueront l'un des grands défis à relever par les DSI dans ce domaine.

Pour construire un objet en 3D, les imprimantes doivent superposer des couches de matériaux. De nombreuses imprimantes sont équipées de capteurs qui mesurent par exemple la température, l'humidité ou la pression.

« Toutes ces données sont disponibles pour des opérations telles que les diagnostics, par exemple pour savoir si le produit répond au cahier des charges, et, au final, permettent de diminuer les tests de qualité », explique Vinod Baya. La plupart des données générées sont structurées (même si certaines imprimantes peuvent prendre des photos pendant la construction pour comparer avec le modèle original), mais le volume des données produites est colossal et doit être traité sans attendre pour être d'une utilité quelconque à l'entreprise.

« Toutes les techniques de Big Data que les DSI apprennent à connaître par le biais des réseaux sociaux, du marketing ou d'autres sphères d'influence s'appliquent également ici, car le traitement d'un tel volume de données doit se faire en temps réel et l'architecture doit être en mesure de le prendre en charge » explique-t-il.

Si les DSI veulent s'engager dans l'impression 3D, ils seront certainement amenés à considérer le lac de données (data lake) comme stratégie de gestion des données. D'une part, les données d'impression 3D doivent être combinées aux données d'autres systèmes, et ne peuvent donc pas être cloisonnées. D'autre part, elles doivent permettre de répondre à des questions que l'entreprise n'a pas encore envisagées, ce qui signifie qu'elles doivent être collectées et stockées. Le lac de données, qui accueille les données brutes, permet aux entreprises de conserver le volume gigantesque de données des imprimantes 3D pour les analyser.

« Par le passé, la pratique voulait que 'Si les données n'étaient pas immédiatement utilisées par le système de production, elles étaient supprimées' », rappelle Vinod Baya. « Mais le stockage des données est de moins en moins cher. Evidemment, il faut investir dans la bonne architecture pour y parvenir. »

L'impression 3D implique l'intégration continue

Shapeways Inc. est un atelier et une place de marché d'impression 3D dont le siège est à New York. C'est un atelier de développement logiciel agile.

 « Notre plus grande leçon ? Toujours livrer du code », répond Matt Boyle, vice-président de l'ingénierie, également en charge du service IT de l'entreprise. Livrer du code en flux régulier (l'un des principes de la continuous delivery) permet à l'équipe de déployer et de tester de nouvelles fonctionnalités. Cette stratégie s'avère plus intéressante que de placer du code dans un fichier, où il est condamné à s'éteindre lentement, explique-t-il.

« Un corollaire ? Lorsque vous produisez quelque chose, assurez-vous de savoir quelle aiguille vous essayez de déplacer, et veillez à pouvoir mesurer si oui ou non vous la déplacez », ajoute Matt Boyle.

Matt Boyle indique que son équipe envoie du nouveau code au site de Shapeways 20 fois par jour en moyenne. Ce processus continu ne peut avoir lieu sans une équipe dédiée au développement de produits, moteur indispensable selon lui lorsqu'il s'agit de savoir comment développer des logiciels et donner vie à des fonctionnalités. Tout au long de la fabrication, les trois équipes cohabitent, ce qui d'après Matt Boyle favorise la collaboration.

Les pratiques adoptées par les experts (comme l’intégration continue, Agile et DevOps, la collaboration étroite entre les équipes chargées du développement et des opérations) sont nécessaires non seulement pour les projets d'impression 3D, mais aussi pour le rôle de l'IT dans l'activité numérique en général. Les processus numériques comme l'impression 3D réduisent le cycle de travail en apportant plus de vélocité à l'entreprise.

« Les DSI vont devoir suivre la cadence », affirme Vinod Baya de PricewaterhouseCoopers. « Leurs systèmes vont devoir évoluer au rythme de l'entreprise. » A défaut, les DSI risquent de voir l'entreprise avancer sans eux.

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