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Industrialisation du no-code : la méthode Qonto

Pour satisfaire les besoins d’automatisation de ses clients, Qonto mise sur les intégrations avec les applications tierces. Pour accélérer ce processus, la néo-banque s’appuie sur le no-code depuis 2020. Elle présente une méthode très éloignée des clichés mis en lumière par les éditeurs.

La néo-banque française Qonto, l’une des égéries de la French Tech, a su convaincre plus de 220 000 clients professionnels. La fintech s’adresse aux indépendants et aux TPE. Ceux-là utilisent souvent des outils SaaS pour leur comptabilité ou toute autre activité liée à la facturation. Il fallait s’adapter.

« Nous développons nos propres intégrations dans notre place de marché Connect », déclare Maxime Champoux, Head of product chez Qonto. Maxime Champoux gère une vingtaine de product managers, et est responsable de la gestion des API.

Connect accueille les moyens d’intégration entre Qonto et les applications SaaS de comptabilité, de trésorerie, de facturation, de messagerie, etc. Stripe, Slack, Sage ou encore Quickbooks sont quelques-uns des outils référencés sur la plateforme.

« Nous nous sommes concentrés sur des intégrations comptables : des récupérations de justificatifs et de plus en plus d’améliorations de productivité », explique Maxime Champoux.

Qonto enrichit également son API pour les clients et partenaires à la recherche d’une intégration avancée. « Ceux-là veulent automatiser leurs opérations bancaires : à terme, ils souhaitent retrouver toutes les données Qonto depuis leur application comptable ou dans leur outil propriétaire ».

La startup a rapidement fait le pari de l’intégration de données no-code. Non pas qu’elle fasse une croix sur les API, au contraire, mais la néo-banque entend être interopérable avec les logiciels les plus utilisés par ses clients.

« Nous donnons accès aux fonctionnalités bancaires en créant nos propres applications Zapier et Make (ex Integromat). Cela permet de développer tout un tas de cas d’usage d’automatisation », avance Maxime Champoux.

Le no-code ? Un turbo pour Qonto

Comment Qonto s’est mis au no-code ? La scale-up a recruté Shubham Sharma à l’été 2020, en tant que product manager. Subham Sharma est entrepreneur, vidéaste, et surtout spécialiste du no-code et de l’automatisation.

« Nous avons recruté Shubam Sharma pour travailler sur notre pile API. Nous avions déjà une volonté de bâtir notre marketplace Connect et d’industrialiser la création d’automatisation Qonto », raconte Maxime Champoux. « Shubham nous a aidés pour déployer l’authentification oAuth afin que nos partenaires puissent vendre nos services à des tiers ».

Shubham Sharma a également participé au développement de l’API public de Qonto pour renforcer les cas d’usage de pré-comptabilité (récupération de justificatifs, labélisation, etc.). « Cela a permis de lancer deux applications sur Zapier et Make. Shubham avait la conviction que cela apportait de la valeur à nos clients qui veulent récupérer la donnée depuis Qonto, puis automatiser les flux de travail avec plus de 4 000 outils compatibles, ou l’inverse ».

L’objectif premier était « d’ouvrir le champ des possibles », c’est-à-dire accélérer les interactions de Qonto avec les logiciels SaaS du marché. « Nous avons développé notre propre intégration avec Slack. Nous avons mis deux mois et demi et le périmètre de fonctionnalités s’est réduit de semaine en semaine », explique Maxime Champoux.

« Le résultat était très satisfaisant : l’intégration permet d’envoyer des alertes dès que la balance d’un compte est négative ou quand une transaction dépasse un certain montant. Seulement, les clients qui se servaient de cette intégration nous ont fait comprendre que nous répondions à un besoin très générique ».

Plus de deux mois « de bande passante développeur », c’était trop. « Notre activité n’est pas de construire des intégrations », rappelle Maxime Champoux. « Il fallait réduire cet effort au maximum et industrialiser le processus ».

Industrialisation du no-code : des méthodes bien connues des développeurs

Le no-code était donc la solution. Toutefois, il faut rapidement abandonner l’image d’Épinal affichée par les éditeurs : l’industrialisation d’une telle approche ne se fait pas en un jour. « Nous avons mis six mois à modéliser ce que pouvait être un moteur d’automatisation chez Qonto », souligne Maxime Champoux.

« Nous avons mis six mois à modéliser ce que pouvait être un moteur d’automatisation chez Qonto. »
Maxime ChampouxHead of product, Qonto

Les développeurs ont dû comprendre et explorer les moyens pour bâtir des workflows d’intégration réutilisable et non plus des connecteurs. « La logique est de collecter des données dans Qonto sous certaines conditions et de les pousser à une ou des applications tierces ou l’inverse », insiste-t-il. « C’est une algorithmie. Un développeur peut programmer cette logique, mais il devra la reproduire manuellement pour toutes les applications ».

Un portail d’API bien administré permet de réutiliser des composants et des logiques d’intégration. Cependant, Qonto souhaitait « idéalement » bâtir cette logique conditionnelle « sans tech ». « Cela nous a pris trois mois de développement pour bâtir une interface no-code qui permet de générer les workflows invisibles de l’utilisateur », avance le Head of Product.

Cette interface est bâtie par-dessus un moteur de gestion de workflows. Ces deux briques se trouvent « sur le marché ». « Je ne veux pas entrer dans le détail, mais nous avons connecté notre API avec ce moteur et cette interface », indique Maxime Champoux.

Pour cette industrialisation, Qonto a « posé à plat une ligne de production », c’est-à-dire que ses ingénieurs ont lancé une phase d’exploration, puis de value engineering pour l’étude de faisabilité. « Il y a une discussion entre le développeur qui va implémenter le code du workflow et un product manager chez Qonto en charge de le valider. Ensuite, le maker no-code va concevoir les spécifications de la logique algorithmique à mettre en place sans toucher au moteur ou à l’interface graphique », explique Maxime Champoux.

Dans ce cas-là, il utilise un outil permettant de concevoir visuellement le flux retranscrit au format BPMN pour représenter la logique conditionnelle à déployer. Le standard BPMN est utilisé pour documenter le flux afin que toutes les parties prenantes partagent les mêmes informations et une seule logique de conception. « Ensuite, le maker implémente son flux depuis l’interface no-code, nous menons une phase de QA [assurance qualité N.D.L.R.] avant de le lancer en production ». « In fine, ce sont des pratiques standards du développement ».

« Prendre des raccourcis mènera à une automatisation bricolée, certes fonctionnelle, mais qui sera difficile à maintenir sur le long terme. »
Maxime ChampouHead of product, Qonto

Selon le responsable, il est très important d’évaluer la faisabilité et la valeur à tirer d’une architecture d’automatisation no-code. « Prendre des raccourcis mènera à une automatisation bricolée, certes fonctionnelle, mais qui sera difficile à maintenir sur le long terme », prévient-il.

Quatre semaines pour développer et déployer une intégration

« En standardisant chaque étape, nous arrivons à augmenter le niveau de qualité et à réduire le délai de mise en œuvre », annonce Maxime Champoux. « Actuellement, nous avons quatre makers et notre “lead time” est de quatre semaines par intégration. Nous aimerions réduire ce temps de moitié en poursuivant nos efforts de standardisation et d’industrialisation ».

Qui sont les quatre personnes que le responsable appelle les « makers » ? L’un d’entre eux, Pierre, était contrôleur de gestion, « mais il a quelques bases d’algorithmie ». Florian était ancien développeur low-code. « Quentin a suivi une formation wagon et nous avons un ancien autodidacte, un ancien product manager », liste notre interlocuteur.

Cela plaît en interne. « Je comprends les product managers qui se mettent au no-code, parce que les effets de ce que vous construisez se voient beaucoup plus rapidement », déclare Maxime Champoux. Qonto a également fait appel à Alegria.tech, une agence spécialisée dans le low-code/no-code, pour l’aider à développer les workflows et l’architecture.

Alegria.tech a notamment orchestré le recrutement des makers. Elle a passé en revue plus de 200 profils de développeurs no-code pour finalement en retenir et en suivre six, tout en continuant à proposer des idées de nouvelles fonctionnalités à travers sa cellule de veille.

«  Chez Alegria, nous sélectionnons des Makers pour les entreprises afin de répondre à leurs problématiques spécifiques », assure Lucien Tavano, Chief Innovation Officer chez Alegria.tech.

« Qonto […] n’avaient pas la bande passante ni l’expertise no-code nécessaire pour trouver des Makers capables de répondre à ses besoins. Leurs enjeux en termes d’exigence de qualité, de technicité et sécurité des données directement liés à leur secteur bancaire nécessitent l’intervention de professionnels du no-code. En effet, le savoir-faire nécessaire à l’automatisation de processus liés à des activités d’une banque n’a rien à voir avec les compétences requises pour automatiser des outils grands publics. »

Selon Maxime Champoux, les autres développeurs peuvent se concentrer sur les fonctionnalités de la banque et là où il y a « davantage de valeurs ajoutées ». Le responsable assure que ces intégrations/automatisations sont déjà très utilisées par les clients. L’une d’entre elles serait régulièrement appelée par plus de 5 000 clients.

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