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Virtualisation : comment Rakuten France a basculé vers Proxmox et l’IaC

L’entité française du groupe japonais exploite aujourd’hui 1 000 machines virtuelles, pour un coût équivalent au tiers de son infrastructure précédente.

Bien que son propriétaire japonais compte l’arrêter à la fin du mois de septembre 2026, Rakuten France (ex-PriceMinister) restera comme l’un des géants de l’e-commerce français, avec une audience qui aura cumulé à près de 10 millions de visiteurs au troisième trimestre 2025. Son équipe IT, qui compte une soixantaine de personnes, se targue de n’avoir jamais cessé d’innover. Parmi ses projets les plus récents, celui de moderniser à la fois sa plateforme de développement, virtualisée par l’hyperviseur Xen, et celle dite de Quality Assurance (QA), infogérée sur 14 nœuds VMware par un prestataire de cloud privé. Ces plateformes étaient jugées respectivement vieillissantes et trop coûteuses.

Après s’être mis en quête d’alternatives, Thibaud Simond, responsable infrastructure de Rakuten France, a rencontré l’intégrateur Enix, spécialisé dans la solution de virtualisation Proxmox, et les échanges entre les ingénieurs ont ouvert la voie à un projet de migration vers Proxmox VE. Projet qui comporte, donc, deux volets : remplacer les deux serveurs Xen on premise utilisés par les équipes de développement et rapatrier les environnements de QA (jusque-là infogérés dans le cloud par un autre prestataire), vers les datacenters Enix et son service Proxmox managé.

Selon Thibaud Simond, ces environnements sont amenés à exécuter des traitements très variés. Rakuten France utilise les bases de données MySQL, PostgreSQL, MongoDB, mais aussi les logiciels Redis, Couchbase, Elastic Search, HAProxy et d’autres middlewares qui jouent tous un rôle clé dans l’architecture. Notons que le fr.shopping.rakuten.com repose sur une base de données Oracle, mais celle-ci est isolée sur sa propre infrastructure dédiée, pour des raisons de licences.

À ces solutions de production, il faut ajouter les développements menés en interne sur la plateforme Java, essentiellement Java J2E, Spring et Scala. Certaines applications monolithiques Java, situées dans le cœur historique de la plateforme, sont single-thread et impliquent que la plateforme soit capable de délivrer beaucoup de puissance sur certaines VM.

« Les complexités autour de ces projets ne sont pas directement liées à la virtualisation Proxmox, mais bien souvent à l’architecture qui va être mise en place, au design du hardware sous-jacent, à l’intégration de l’existant et des stack spécifiques, et puis bien sûr la partie réseau. La plateforme de Rakuten France présente des workloads particulièrement exigeants, avec les gros enjeux de disponibilité et de performances propres à l’e-commerce », commente Aurélien Violet, Chief Product & Marketing Officer chez Enix.

Plus qu’une simple infogérance, un co-management

Au départ, Enix devait travailler avec Rakuten France sur la configuration des machines, sur la phase de migration des traitements et, enfin, sur l'hébergement et le maintien en conditions opérationnelles. Mais leur collaboration a été au-delà.

Lors de la phase de migration vers Proxmox VE, le prestataire Enix a aussi accompagné l’équipe de Thibaud Simond dans la mise en œuvre d’une démarche Infrastructure-as-Code (IaC), basée sur Terraform. Grâce à cela, l’équipe Rakuten France a la main sur un repository Git duquel ses ingénieurs peuvent librement modifier les serveurs backend et frontend en fonction des besoins des équipes métier.

« Dans mon équipe, tout le monde était ravi de basculer sur une approche Infrastructure-as-Code, autrement plus efficace que l’approche historique où nous devions utiliser à la fois des consoles graphiques et des appels API pour répondre aux demandes des autres équipes », raconte Thibaud Simond. « Nous avions bien commencé, auparavant, à aller vers ce type de processus, mais de manière assez manuelle et pas toujours reproductible. »

Il détaille la mise en place : « nous avons donc conçu la plateforme des environnements QA comme une copie de la plateforme cloud en place, avec toutes les machines virtuelles gérées par Enix. Mais nous avons installé en frontal une paire de HAProxy dont la configuration est en quelque sorte co-managée par nous et Enix. »

« Dès lors, nous n’avons qu’à faire un push sur une branche Git et tout est exécuté automatiquement côté Enix. Ils gèrent le côté intégration, tout en nous laissant la main. C’est une approche très appréciable pour nous et qui tranche avec ce que les autres intégrateurs proposent généralement », se félicite Thibaud Simond.

Enix a ainsi pris le risque de confier les clés de l’infrastructure à son client, alors qu’en tant qu’infogérant, c’est bien lui qui est responsable des SLA : « c’est une question de confiance. Nous avons estimé que l’équipe de Thibaud pouvait être autonome concernant certaines actions sur la plateforme, même si, au final, nous restons responsables de sa disponibilité. Ce n’est pas une démarche que nous avons avec tous nos clients », raconte Aurélien Violet.

Un déploiement rapide vers la Dev, puis la Prod

Le déploiement des environnements QA sur Proxmox VE a démarré sur 4 nœuds, des serveurs Dell spécialement configurés par Enix pour exécuter l’hyperviseur Open source. Ces machines sont équipées de deux processeurs AMD EPYC 7443, de 1 To de RAM et de deux disques NVMe de 15 To pour le stockage Ceph sur lequel s’appuie le cluster. Le cluster met en œuvre 3 nœuds, le quatrième servant de réserve pour prendre la main en cas d’incident. L’équilibrage de charge est assuré par le logiciel ProxLB.

À l’usage, ce cluster a permis de réduire d’un facteur supérieur à 3 le coût d’exploitation par rapport à l’ancien hébergeur. Une économie majeure qui ne s’est pas faite au détriment des performances : « les équipes ont remarqué une nette amélioration des performances, avec des serveurs sous stéroïdes pour reprendre des termes à la mode », se réjouit Thibaud Simond.

D’autres nœuds ont ensuite été ajoutés pour porter les environnements de développement. « Nous n’avons pas migré les environnements de Dev qui étaient obsolètes et plus vraiment représentatifs de la production. Nous avons plutôt dupliqué les environnements QA afin de les mettre à disposition des développeurs. Avec Terraform pour la partie configuration, nous avons créé quasi instantanément neuf nouveaux environnements pour passer à un total de dix-huit environnements sur sept nœuds. »

 « Pouvoir s’appuyer sur l’Infrastructure-as-Code nous a permis de mener cette migration de manière progressive : nous avons installé Proxmox puis diminué progressivement la puissance du cluster VMware en montant des machines virtuelles sur Proxmox en 1 pour 1 ».

La plateforme compte désormais 24 PVE (Proxmox Virtual Environment) en production depuis plus d’un an et aucune difficulté d’exploitation n’a été observée depuis lors. Enix y voit la preuve qu’une solution Open source comme Proxmox est capable de répondre aux exigences de plateformes critiques en matière de disponibilité et de performances.

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