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Quand l’Intelligence Artificielle plaide pour un nouveau contrat social

L’Intelligence Artificielle, et l’automatisation à laquelle elle ouvre la voie, avancent à grand pas. En termes de revenus, le capital pourrait encore en être le grand gagnant, au détriment du travail. A moins de changements politiques radicaux.

Un coup de fouet magistral pour l’économie. C’est ainsi que certains appréhendent l’adoption de l’intelligence artificielle. Selon une étude Vanson Bourne pour Infosys, les entreprises ayant déjà misé dessus en attendent 39 % de progression de leur chiffre d’affaire et 37 % de baisse de leurs coûts d’ici à seulement 3 ans. Près des deux tiers des sondés estiment tout simplement que leur croissance future dépend d’une adoption à grande échelle de l’intelligence artificielle.

Le patron de Microsoft, Satya Nadella, n’a pas dit autre chose, cette semaine, à Davos : pour lui, cette avancée technologie est nécessaire pour que l’économie mondiale retrouve la croissance qui lui fait aujourd’hui défaut. Mais cela rimera-t-il avec emploi ? Pas sûr.

Les auteurs de l’édition 2017 du rapport du Forum économique mondial sur les risques globaux ne se voilent d’ailleurs pas la face : « la plupart des évaluations suggèrent que l’effet disruptif de la technologie sur les marchés de l’emploi va s’accélérer », notamment parce que « les avancées rapides dans la robotique, les capteurs et l’apprentissage automatique permettent au capital de remplacer le travail dans un éventail toujours croissant de postes du secteur des services ».

Dans son rapport Global Trends, le renseignement américain semble sur la même ligne. Et que dire de McKinsey qui estime de son côté que le potentiel d’automatisation porte aux Etats-Unis sur 46 % des emplois, contre 43 % en France. Barack Obama, dans son discours de départ de la Maison Blanche, ne les a pas contredits : « la prochaine vague de bouleversements économiques ne viendra pas d’outre-mer. Elle viendra de l’implacable avancée de l’automatisation qui rend obsolètes beaucoup de bons emplois de la classe moyenne ». Une surprise ? Assurément pas pour les collaborateurs de Fukoku Mutual qui a déployé Watson d’IBM pour épauler son département des évaluations des paiements et s’apprête, en conséquence, à remercier un quart des employés de ce département.

Hasard du calendrier ou pas, à Davos, Ginni Rometty, patronne d’IBM, s’est montrée rassurante : « ce n’est pas l’Homme ou la machine, c’est une relation symbiotique. Notre but est d’augmenter et d’être au service de ce que font les humaines ». Satya Nadella s’est montré plus réservé, estimant qu’en tant que sociétés, « nous pouvons choisir si l’intelligence artificielle remplace ou augmente l’humanité au travail ». Et effectivement, le choix pour les entreprises semble bien là : investir dans l’intelligence artificielle pour réduire ses coûts en taillant dans sa masse salariale, ou pour jouir d’une croissance nouvelle ne reposant pas sur des embauches. Deux options qui ne plaident pas vraiment en faveur d’une création massive d’emplois nouveaux.

Et derrière l’optimisme affiché, les grands patrons de l’IT semblent bien prendre la mesure des enjeux. Felix Marquardt, président de Cylance, estime ainsi nécessaire de réorienter les politiques d’éducation pour former des jeunes dotés d’un esprit d’entreprise. D’autres, comme le patron de Microsoft, pensent plutôt formation aux « métiers du futur ».

Et cela passera peut-être par l’abandon de l’objet de préparation à l’emploi au profit d’un autre, plus propice à l’épanouissement individuel, celui de la créativité. Bob Moritz, Pdg de PwC, relève ainsi que « l’on cherche toujours la créativité, parce que c’est quelque chose que l’on ne peut pas coder ».

Mais rejoignant la position exprimée par Barack Obama, Satya Nadella va plus loin, estimant nécessaire un nouveau « contrat social » : « nous devons trouver cette nouvelle formule où les revenus du capital et ceux du travail se rejoignent », afin d’assurer que les avancées technologiques à l’œuvre ne profitent pas qu’au premier. Et il y a urgence : selon l’OCDE, jusqu’à 80 % du recul de la part du travail dans le revenu national entre 1990 et 2007 était le résultat de l’impact des avancées technologiques. Mais l’urgence suffira-t-elle à donner aux gouvernants du monde entier le courage et la force de mettre un terme au creusement de l’écart ?

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