Atos : après le psychodrame, le consensus... ou au moins ses apparences

Après le théâtral ajournement du 22 mai, l'assemblée générale d'Atos-Origin était reconvoquée ce 12 juin. Ambiance plus feutrée pour ce second volet, en raison d'un accord entre la direction de la SSII et les fonds d'investissement qui, depuis des mois, demandent à entrer au conseil de surveillance pour peser sur la stratégie du groupe. Mais tout est-il réglé pour autant ? Quelques indices laissent en douter.

Convoqués une seconde fois, après l'ajournement de l'assemblée générale du 22 mai dans des conditions rocambolesques, les actionnaires d'Atos-Origin ont cette fois assisté à une réunion des plus calmes. Un changement d'ambiance attendue depuis la signature d'un accord entre d'un côté les fonds Centaurus et Pardus (23 % du capital de la SSII à eux deux) - fonds qui demandent depuis des mois leur entrée au conseil de surveillance de la SSII - et la direction du groupe. Au terme de cet accord, les deux parties s'étaient accordées sur la composition du futur conseil de surveillance, le directoire de la SSII sacrifiant au passage le président dudit conseil, Didier Cherpitel.

Ironiquement, c'est le même Didier Cherpitel qui a mené la séance, enregistrant les votes en faveur de toutes les résolutions présentées cette fois à la fois par les fonds activistes et par le directoire. Entrent donc au conseil de surveillance, René Abate (Boston Consulting Group), Behdad Alizadeh (Pardus), Benoît d'Angelin (Centaurus), Jean-François Cirelli (Gaz de France), Michel Combes (TDF) et Colette Neuville (Association de défense des actionnaires minoritaires). Deux administrateurs voient eux leur mandat renouvelé (Vernon Sankey et Michel Soublin).

En plus de la démission de Didier Cherpitel, trois autres administrateurs ont annoncé leur intention de quitter le conseil, soit en démissionnant, soit en renonçant à demander le renouvellement de leur mandat. Au terme de cette seconde AG, c'est donc un conseil de surveillance largement remanié, sous l'influence essentiellement des fonds Centurus et Pardus, qui encadrera l'actuelle direction, emmenée par Philippe Germond.

Direction sous haute surveillance

Car, si l'accord trouvé avec les fonds permet d'envoyer un signal positif au marché - qui s'ajoute à l'amélioration des résultats de la SSII et au récent contrat gagné avec EDF -, toutes les interrogations ne sont pas levées. Certes, dans l'accord du 28 mai, Pardus et Centaurus assurent "qu'ils n'ont aucune intention de démanteler la société et ont toute confiance dans les membres du directoire". Reste que ces derniers- Eric Guilhou et Wilbert Kieboom entourant Philippe Germond - se retrouvent sous le contrôle d'un conseil de surveillance où les fonds ont réussi à placer quatre des cinq administrateurs qu'ils proposaient lors de la première AG.

Dans le même temps, l'accord prévoit la mise en place d'un comité stratégique pour "examiner, en étroite collaboration avec le directoire, l'ensemble des opportunités d'investissements et options stratégiques de la société". Un organe de cinq membres où les deux fonds sont représentés en direct et où le président (Michel Combes) est un des ex administrateurs présentés par leurs soins lors de la première AG, en opposition avec le directoire donc.

Remarquons d'ailleurs que si les fonds écartent tout démantèlement d'Atos - hypothèse longtemps brandie par la direction pour justifier le refus de laisser entrer les deux actionnaires au conseil de surveillance de la SSII -, ils ne prennent aucun engagement en ce qui concerne une fusion ou l'adossement à un groupe plus important. Dans son discours présentant les raisons de sa démission, Didier Cherpitel a d'ailleurs pointé ce risque en expliquant : "La stratégie actuelle portant ses fruits, il serait prématuré d'envisager l'adossement à un autre groupe maintenant. La future mission de mon successeur (Jean-Philippe Thierry, des AGF, qui sera coopté, ndlr) consistera notamment à ne surtout pas ouvrir en permanence le champ des interrogations stratégiques". De peur de braquer son actionnariat, Philippe Germond se dit lui ouvert à des discussions avec tout groupe intéressé par le rachat d'Atos.

Nette accélération sur l'offshore

En attendant ce qui pourrait bien virer à la guerre de tranchées au sein des organes de gouvernance de la seconde SSII française (5,8 milliards d'euros de CA en 2007), priorité au plan de transformation interne 3O3, plan qui court jusqu'en 2009. Avec, lors de la présentation de Philippe Germond, un accent particulier mis sur l'offshore. Atos-Origin a doublé ses effectifs dans les pays à faible coût de main d'oeuvre entre 2006 et 2007. La SSII compte désormais 3 000 personnes en Inde, ce qui reste encore loin des niveaux atteints par Accenture, IBM ou Capgemini.

Philippe Germond promet un nouvel accroissement de 70 % cette année, pour porter les effectifs offshore à 20 % du total du groupe. "Il n'y aura en revanche quasiment pas d'accroissement net des effectifs en Europe", a lancé Philippe Germond, qui dit anticiper une croissance des dépenses IT de quelque 3 % seulement sur le vieux continent pour les années qui viennent. Raison de plus pour aller chercher la croissance là où elle se trouve. A condition que les fonds lui en laisse le temps.

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