Premiers craquements en SSII : Devoteam voit 2009 tout en noir

Chiffre d'affaires en baisse au premier semestre 2009, marge en recul de 3 points : Devoteam est des premières SSII à faire état de la dégradation rapide de la situation sur le marché des service. Un retournement brutal qui surprend même les plus pessimistes.

Ce matin, nous publiions les résultats de la SSII Devoteam pour 2008. Un crû de bonne facture (CA de 460 millions d'euros, en progression de 24 % - dont 17 % en organique), mais qui montrait un nette dégradation de la situation au quatrième trimestre. Et surtout des prévisions très dégradées pour 2009. Nous avons donc interrogé sur ces sujets Stanislas de Bentzmann, le co-président du directoire de la SSII. Ce dernier dresse un tableau assez noir de la situation : "janvier et février ont été moins bons que décembre, qui lui même avait marqué une dégradation par rapport à la situation des mois d'octobre et novembre", explique le dirigeant. Avec, évidemment, un net ralentissement de l'activité dans la finance, où "des projets planifiés ne sont pas signés et des régies sont arrêtées brutalement".

In fine, la SSII se montre plus que prudente sur l'exercice 2009. Avec, primo, un CA sur le premier semestre du même niveau que celui enregistré un an plus tôt. Sauf que, sur les six premiers mois de 2009, le groupe intégrera la société allemande Danet (400 personnes, 46 millions de CA), soit 10 % de l'activité totale du groupe. A périmètre constant, c'est donc une décroissance qu'anticipe la SSII, de 5 à 6 % selon Stanislas de Bentzmann.

Pression sur les prix et hausse des intercontrats

Même déprime en ce qui concerne la marque opérationnelle, montée en 2008 à 8,8 %. Dans son communiqué, la SSII prévoit "une marge d’exploitation supérieure à 5%" au premier semestre. Soit une chute pour le moins sévère. Selon Stanislas de Bentzmann, quatre éléments se conjuguent pour expliquer ce coup d'arrêt : le recul du nombre de jours facturables (pour 0,5 point), l'impact négatif du rachat de Danet, dont la marge est proche de zéro (pour 0,5 point) ; la pression des donneurs d'ordre sur les prix (pour un point) et la baisse du taux d'utilisation des consultants (pour 1,5 point). "C'est un peu un scénario de crash, mais on ne peut désormais plus l'écarter", estime le dirigeant.

En sus, la société a annoncé qu'elle allait passer une charge exceptionnelle de 7 millions d'euros sur 2008. Celle-ci intègre la dépréciation de certains actifs (des rachats), mais surtout des restructurations, qui représentent l'essentiel de cette charge. Avec notamment une réduction des équipes françaises spécialisées dans la R&D pour les télécoms, secteur où Devoteam vient de perdre deux contrats avec Ericsson. "L'équipementier a décidé d'accélérer le départ de ces activités vers le Brésil, où elles seront pris en charge par les équipes internes de la société", commente Stanislas de Bentzmann. La réduction des équipes françaises sur cette activité se fera sans plan social, précise le dirigeant.

Les SSII qui offrent pas de prestations à bas coût sont en danger

C'est donc une inversion de tendance très brutale que décrit la SSII, qui au quatrième trimestre 2008 enregistrait encore une croissance organique de 6 %. Pour Dominique Raviart, analyste senior au cabinet NelsonHall, "c'est le modèle de cette SSII qui explique l'ampleur de l'impact. Devoteam est avant tout spécialisé sur les projets".

Brice Thebaud, analyste financier chez Aurel BGC et spécialiste du marché des logiciels et services, commente : "je suis assez surpris par la rapidité de ce retournement. Je passais pourtant pour un pessimiste en prévoyant une décroissance pour les SSII, mais plutôt au second semestre ! Je pense que ce phénomène va se généraliser à toutes les sociétés qui n'ont pas les moyens d'offrir des prestations à bas coût." D'autant que, selon lui, en plus de l'appel de l'offshore, les PME du secteur ont tendance à lâcher sur les prix pour conserver leurs clients. "Nous sommes dans un phénomène de déflation massif, avec des renégocations sur les prix y compris sur les contrats en cours", ajoute l'analyste.

A suivre en fin de semaine, deux indicateurs importants : les résultats de Capgemini (jeudi) et de Sopra (vendredi).

Précision le 13/02 à 15 h : Devoteam indique aujourd'hui ne prévoir aucune fermeture de bureau en Espagne et en Italie, contrairement à ce qu'y était indiqué dans l'article à l'origine (le passage concerné a été retiré en même temps que cette précision est ajoutée). La SSII explique toutefois avoir perdu "de beaux contrats" récemment dans ces deux pays.

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