ekzman - Fotolia

Veeam s’insinue dans le stockage pour adresser les grands comptes

Fort d’un CA de 1 Md$, l’éditeur veut désormais avoir une clientèle de grands comptes. Pour y parvenir, il a mis au point une API qui permet aux fabricants de proposer simplement des appliances de backup, vendues avec des licences Veeam.

Il y a quelques jours, Nutanix se lançait sur le marché du stockage secondaire avec une baie « Mine » qui, en plus de stocker des fichiers froids, a le mérite de servir d’appliance de sauvegarde grâce au logiciel Veeam Backup & Replication intégré. Aujourd’hui, on apprend que ce produit n’est que la première pierre d’une nouvelle stratégie de Veeam. L’objectif de l’éditeur est de s’insinuer dans les produits des plus importants fournisseurs d’infrastructure pour élargir sa clientèle aux plus grandes entreprises.

« Notre but est de proposer un maximum de choix aux utilisateurs et, bien évidemment, d’augmenter nos ventes », confie au MagIT Ken Ringdahl, en charge des alliances stratégiques autour des infrastructures, chez Veeam, lors de l’évenement VeeamON qui se tient cette semaine à Miami.

Et d’expliquer que l’éditeur, qui vient tout juste de franchir la barre du milliard de dollars de CA, doit désormais jouer dans la cour des grands. Quitte à forcer la main des grands comptes en leur faisant acheter des licences de Backup & Replication chez leurs fournisseurs habituels, sommes-nous tentés d’interpréter.

Une API pour proposer une douzaine d’appliances « With Veeam » aux grands comptes

« Nous avons travaillé pendant un an avec Nutanix pour concrétiser cette offre Mine, grâce à laquelle ils adressent un marché sur lequel ils étaient jusqu’ici absents. C’est une opportunité pour eux, c’en est une pour les utilisateurs qui achètent toutes les licences en même temps, et c’en est une pour nous car cette appliance de sauvegarde qui démarre avec une capacité de 96 To se destine aux PME et bien au-delà, c’est-à-dire à une clientèle de grands comptes vers laquelle nous tendons. »

Ken Ringdahl explique qu’il ne s’agissait que d’un galop d’essai : « fort de ce développement, nous avons mis au point une API générique, avec un SDK, qui permet à tout autre fournisseur de baies de stockage secondaire de décliner ses produits en appliance Veeam. Il y a sur le marché une vingtaine de constructeurs potentiellement intéressés et nous travaillons à l’heure actuelle avec douze d’entre eux qui équipent les grands comptes. »

Tous les stockages secondaires qui intégreront les logiciels de Veeam dans les prochains mois devraient porter un logo « With Veeam » sur la façade. Ken Ringdahl ne cite pas de nom, mais plusieurs témoins interrogés par LeMagIT citent Dell EMC, HPE, NetApp ou encore Quantum.  

Appliances déjà intégrées : les partenaires historiques sont dubitatifs

En pratique, le logiciel d’installation automatique du fournisseur – Foundation dans le cas de Nutanix – passe rapidement la main à un composant fourni par Veeam. Et ce dernier se charge de déployer une image de Windows pour partager le contenu du stockage, le logiciel Backup & Replication, le proxy, les LUNs et les fichiers de configuration. Ce composant permet accessoirement d’intégrer la console de supervision de Veeam à l’interface d’administration de l’équipementier, soit l’environnement web Prism dans le cas de Nutanix.

Les intégrateurs interrogés par LeMagIT sont partagés. « Dans le cas de Mine, nous n’en vendrons pas. Car c’est un produit qui ne sert qu’à compléter l’offre de Nutanix et nous ne l’avons pas au catalogue », lance Christopher Glémot, consultant Infrastructure & Cloud chez Monaco Digital.

Ce qui le gêne, surtout, c’est que le produit soit tout intégré par un fournisseur d’infrastructure dont le métier n’est pas à la base la sauvegarde. « Il faut éviter qu’au prétexte d’intégrer en interne les backups, un constructeur empêche les données d’être sauvegardées sur une baie tierce, plus capacitive, à des fins d’archivage et de rétention légale. Aujourd’hui, tous les fournisseurs d’infrastructure hyperconvergées (dont Nutanix, ndr), proposent d’utiliser Veeam pour stocker des snapshots, c’est-à-dire une image à un instant T du stockage. Mais les snapshots ne sont pas utilisables par exemple pour faire des audits », prévient-il.

Solutions sur mesure contre solutions pour les grands comptes

D’un autre côté, Christopher Glémot salue les efforts d’intégration de Veeam. « Plutôt qu’une API qui laisse les constructeurs fabriquer eux-mêmes une appliance avec des licences Veeam dedans, nous préférons quand Veeam travaille lui-même à créer des connecteurs qui nous permettent à nous, intégrateurs, de composer des solutions cohérentes. »

« Grâce à cela, nous pouvons par exemple proposer une appliance de backup qui offre 500 To de capacité brute pour à peine 20.000 €, à partir d’un serveur relié en SAS à un tiroir de disques JBOD de Western Digital. Une autre solution qui plaît beaucoup en France est l’archivage sur bande avec des librairies i3 de Quantum, lesquelles apparaissent directement dans la console de Veeam puisqu’un connecteur a été développé. »

Et d’enfoncer le clou : « Veeam propose déjà des connecteurs pour du stockage secondaire Dell EMC DataDomain, HPE StoreOnce ou encore Exagrid. Quand ces constructeurs vendront eux-mêmes des versions packagées ‘With Veeam’, cela incitera les entreprises à les utiliser comme des appliances de backup, une dérive que nous rencontrons déjà aujourd’hui. Or, ces baies de disques qui présentent l’avantage de fortement dédupliquer leurs contenus – jusqu’à diviser par 20 la taille des données – ne sont pas des appliances pour la sauvegarde. Elles sont faites pour l’archivage ! Si vous les utilisez directement pour la sauvegarde, vous vous interdisez de restaurer rapidement les fichiers en cas d’incident », explique-t-il.

Des remarques que Ken Ringdahl balaie d’un revers de la main : « Forcément, avec des solutions toutes intégrées, les revendeurs ne vont pas pouvoir commercialiser leurs efforts d’intégration. Mais entendons-nous bien : les solutions ‘with Veeam’ sont censées être installées par des prestataires dont le travail n’est pas d’intégrer la solution en elle-même, mais plutôt de l’intégrer au reste de l’IT, ce qui est le cas des intégrateurs qui travaillent avec les grands comptes », conclut-il.

Approfondir

Soyez le premier à commenter

M'envoyer une notification dès qu'un autre membre commente.

Merci de créer un identifiant pour pouvoir poster votre commentaire.

- ANNONCES GOOGLE

Close