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IoT : pourquoi Suez investit 2,8 millions de livres dans Inflowmatix

Le 7 octobre, Suez Ventures a annoncé une prise de participation minoritaire dans Inflowmatix, une startup britannique qui développe InflowSys une solution IoT dédiée à la mesure de la pression d’eau.

Édit du 24 octobre : nous avons ajouté les réactions et les précisions de Mike Williams, PDG d’Inflowmatix.

Suez, le groupe expert de la gestion de l’eau, a injecté 2,8 millions de livres sterling dans la jeune pousse anglaise Inflowmatix. Le but ? Co-développer avec la jeune entreprise des solutions de gestion de la fatigue mécanique des canalisations des réseaux d’eau potable.

Présent sur cinq continents, le spécialiste de gestion de l’eau potable exploite près de 300 000 kilomètres de canalisations dans le monde. Ces installations demandent des investissements importants au moment de leur construction. En France, les exploitants doivent assurer un rendement de distribution supérieur à 85 % sur des réseaux où les fuites sont très fréquentes. Pour cela, un opérateur a besoin de mesures précises de la pression exercée sur les tuyaux. En fonction de cette contrainte, Suez a créé de nouvelles offres en utilisant les technologies à sa disposition, en l’occurrence l’IoT, l’analytique et l’apprentissage statistique.

Suez veut sécuriser une technologie IoT de suivi de l’usure du réseau de l’eau potable

Inflowmatix, fondée en 2015, est issue de l’Imperial College de Londres dont le département d’ingénierie civile s’est spécialisé dans la science des flux. La jeune société « spin out » de l’université a profité du soutien du fonds d’investissement IP Group PLC, suivi par Parkwalk Advisors. Depuis le lancement de la solution IoT InflowSys en 2017, elle a séduit une quarantaine de clients dans le monde, dont Suez.

« Nous suivons l’évolution de cette startup depuis trois ans. Nous avons très rapidement décidé d’évaluer son offre face à des acteurs comme Syrinix, par exemple », déclare Jean-Luc Ventura, Directeur Général de Suez Ventures. « Il s’avère que la solution répondait à nos besoins au vu de la pertinence des informations remontées et de la tenue des batteries des équipements associés ».

En effet, l’offre d’Inflowmatix repose sur des capteurs de pression d’eau à haute fréquence connectés en 3G, associés à une plateforme de traitement de données. Par ailleurs, des modèles analytiques embarqués dans les appareils détectent le déclenchement d’événements, ce qui permet de recevoir des alertes et d’intervenir directement en cas de fuite ou encore de débit élevé. Ensuite, les informations sont envoyées vers une plateforme cloud. Dans le cas de Suez, elles sont partagées avec sa suite Aquadvanced qui permet une supervision et de renforcer l’analyse fournie par Inflowsys.

« Quand nous avons développé nos équipements à partir de 2015, les technologies 4G et NarrowBand IoT ne nous étaient pas accessibles. Et les réseaux longue portée bas débit comme Sigfox et LoRa, ne répondaient pas à nos besoins en termes de débit et de couverture pour transmettre les données », explique Mike Williams, PDG d’Inflowmatix. « Nos appareils enregistrent 128 points de référence par seconde, d’où l’emploi de réseaux cellulaires », ajoute-t-il.

En conséquence, Inflowmatix a travaillé l’optimisation des batteries. « Nous visons cinq ans de service continu et pour l’instant nous avons atteint les 3 ans d’utilisation, mais c’est parce que nous faisons de l’analytique embarquée depuis les appareils. Nous compressons toutes nos données dans l’espace de stockage et au moment de l’envoi les fichiers sont chiffrés et envoyés sous forme d’archives », précise le dirigeant. Cela permet d’envoyer des paquets compris entre 10 et 20 ko. Par ailleurs, le capteur de pression peut stocker 4 à 5 ans d’historique.

La plateforme Inflowsys hébergée sur AWS (mais peut être agnostique N.D.L.R.) sert à extraire les données et à réaliser le device management. Elle dispose également un volet de visualisation que Suez n’utilise pas. Celle-ci transfère les informations à intervalle régulier vers Aquadvanced.

« Cette technologie contribue à la maintenance prédictive. Cela nous permet d’affiner les modèles de détection d’avaries sur le réseau. La fatigue mécanique est une caractéristique qui s’ajoute dans nos jeux de données comprenant déjà des informations sur les matériaux, la pose, la corrosion, l’agressivité de l’eau, le flux, associés aux canaux de distribution », assure Jean-Luc Ventura.

Un déploiement massif en interne prévu pour le second trimestre 2020

« Être au conseil d’administration d’Inflowmatix nous permet d’obtenir des informations sur sa fiabilité. Cependant, nous dissocions la partie opérationnelle de notre contribution à la croissance de la jeune société. »
Jean-Luc VenturaDirecteur général, Suez Ventures

Cette participation a lieu après trois années de tests, dont certains menés au centre connecté Visio du Pecq, en région parisienne. Suez se prépare maintenant à un déploiement généralisé en interne pour surveiller les réseaux qu’elles exploitent dans le monde. Celui-ci débutera au premier trimestre 2020 et sera mis en production au cours de la deuxième moitié de la même année.

Point d’intégrateur à l’horizon, le groupe s’en occupe en interne. « Avant de nous décider, nous avons analysé le dimensionnement de la solution, les investissements à effectuer, détecté les éventuelles perturbations, et nous nous assurons de remonter les bons signaux », déclare le directeur de Suez Ventures. Techniquement, le groupe veut améliorer l’interopérabilité de sa plateforme Aquadvanced avec Inflowsys. 

Une telle opération demande d’installer plusieurs milliers de capteurs. Il y a forcément une certaine crainte pour un grand groupe d’investir dans une société de moins de 5 ans. C’est l’une des raisons cette prise de participation minoritaire. « Nous considérons que cette brique technologique est très stratégique dans notre développement, mais une startup reste une structure fragile. Être au conseil d’administration d’Inflowmatix nous permet d’obtenir des informations sur sa fiabilité. Cependant, nous dissocions la partie opérationnelle de notre contribution à la croissance de la jeune société », précise-t-il.

« Suez n’est pas notre plus gros client. Pour le moment, c’est Anglian Water, un exploitant britannique. Mais notre relation avec Suez est très importante parce que le groupe est l’un de nos premiers clients et nous a aidés à améliorer notre solution. Il diffuse notre technologie à travers l’ensemble des divisions dans le monde. Il est aussi un partenaire de choix pour ce co-développement », assure Mike Williams.

Depuis juin dernier, Inflowmatix travaille aussi sur un projet similaire en collaboration avec le spécialiste américain de l’ingénierie énergétique Black and Veatch.

Suez ne veut pas seulement déployer les capteurs et la plateforme InflowSys, elle veut proposer sa nouvelle solution nommée Suez Calm Networks aux régies publiques dès la fin de l’année 2020. Celle-ci vise à réduire les coûts d’exploitations de 30 millions d’euros d’ici 2023.

L’IoT représente un enjeu concurrentiel important pour cet acteur qui, par ailleurs, propose ses solutions de monitoring IoT OnConnect pour les collectivités. Veolia, un autre groupe français à l’envergure internationale, multiplie les initiatives dans ce domaine. Après avoir décidé de connecter près de 3 millions de compteurs d’eau en LoRaWAN, il utilise des technologies Edge computing pour gérer ses stations d’épuration.

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