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Dataiku : 100 millions de $ de plus pour confirmer son statut de leader

Dataiku souhaite s’inscrire durablement parmi les leaders de la data science et s’en donne les moyens avec une deuxième levée de fonds à neuf chiffres en deux ans. L’objectif : élargir les usages de sa plateforme auprès de ses clients existants et en séduire de nouveaux.

Le spécialiste de la data science d’origine française a annoncé une levée de fonds de 100 millions de dollars en série D menée par des fonds d’investissement américains Tiger Global Management et Stripes. Battery Ventures, CapitalG, Dawn Capital, FirstMark Capital et ICONIQ renouvellent leur confiance en Dataiku.

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Au total, l’entreprise a récolté 246 millions de dollars auprès de douze investisseurs. Sa nouvelle valorisation n’a pas été dévoilée, mais elle conserverait son statut de licorne.

Une telle opération financière en pleine crise sanitaire et économique pourrait faire penser que Dataiku soit affaibli. Ce n’est pas le cas selon Romain Fouache, directeur des opérations chez Dataiku.

Au contraire. « Les difficultés rencontrées par nos clients pendant les six derniers mois ont permis de renforcer la pertinence de nos solutions. Nous avons démontré qu’une société qui a su adopter l’IA et l’analytique s’adapte plus facilement aux changements du monde par rapport à une autre qui n’aurait pas franchi ce pas », assure-t-il.

Dans une brève envoyée aux abonnés de la newsletter de l’éditeur, Florian Douetteau, PDG de Dataiku, reconnaît que son entreprise n’a pas « été immunisée contre les effets » de la crise. Cependant, Romain Fouache estime que l’éditeur a su « anticiper les difficultés opérationnelles » et a poursuivi l’ensemble des fonctions de la société « d’un point de vue commercial et humain » durant cette période.

 « Toutes les conditions ont été réunies pour que la levée de fonds se produisent », déclare le directeur des opérations auprès du MagIT. « La validation de notre approche, de notre produit et de notre capacité opérationnelle a attiré l’attention d’investisseurs. Nous voulons garantir l’autonomie de la société sur une longue période avec des moyens financiers conséquents à notre disposition », ajoute-t-il.

L’éditeur d’origine française ne manque pourtant pas de moyens. Si sa précédente levée de fonds (101 millions de dollars) date de 2018, il a pu bénéficier en décembre 2019 de l’entrée à son capital de CapitalG, le fond d’investissement d’Alphabet (Google). Dataiku était alors valorisé à 1,4 milliard de dollars, lui conférant le statut de licorne.

« Nous voulons garantir l’autonomie de la société sur une longue période avec des moyens financiers conséquents à notre disposition ».
Romain FouacheDirecteur des opérations, Dataiku

Augmenter les capacités de DSS

Le nouvel apport à son portefeuille servira à poursuivre le développement de sa plateforme Data Science Studio (DSS), à accompagner les clients existants et à en recruter de nouveaux.

« Notre vision c’est de faire de Dataiku l’acteur de référence de la transformation IA auprès des entreprises. Il y a encore des choses à faire pour réunir des dizaines de milliers d’utilisateurs, pour accompagner avec nos différentes équipes les entreprises dans cette transformation », assure Romain Fouache.

Cela ne veut pas dire mettre la main sur un éditeur qui compléterait DSS, comme l’affirmait il y a quelques jours Florian Douetteau auprès de Forbes. Le directeur des opérations explique que Dataiku veut élargir sa base d’utilisateurs en rassemblant des collaborateurs aux profils différents.

Il ne s’agit plus de satisfaire les data scientists et les data engineers, mais également de fournir des fonctionnalités et aider les entreprises à développer des applications pour les analystes métiers ou les experts de secteur spécifique. « Cela peut être aussi des éléments de gouvernance. Quand l’IA est véritablement intégrée dans l’intégralité des opérations d’une entreprise, il faut pouvoir contrôler au mieux les données et les algorithmes déployés », ajoute Romain Fouache.

Cela passe par l’intégration dans la plateforme de nouvelles technologies open source (et la décommission des anciennes) pour décharger les clients de leur gestion et les laisser se concentrer sur les cas d’usage liés au machine learning et au deep learning. Dataiku veut également apporter un accompagnement personnalisé afin de faciliter l’interaction des équipes élargies avec la plateforme. « Nous avons mis en place des formations en ligne pour faciliter les passages à l’échelle et nous développons les services d’aide à l’adoption ».

Dataiku mise sur l’accompagnement de ses clients et les services

« Nous avons vu chez certains de nos clients une évolution rapide des usages. Chez eux, quelques personnes pouvaient manipuler des données. Aujourd’hui des centaines, voire des milliers de collaborateurs sont capables d’utiliser des applications de data science », vante Romain Fouache.

Il mentionne notamment GE Aviation dont les ingénieurs utilisent DSS pour améliorer le suivi des moteurs d’avions, mais l’entreprise « s’en sert aussi pour la logistique, pour effectuer des projections financières, etc. ».

Cette démocratisation de l’usage a bien évidemment des ressorts technologiques, de consolidation de fonctionnalités, mais le directeur des opérations estime qu’il faut également éduquer les entreprises pour « permettre ce passage à l’échelle ».

« Il ne s’agit pas d’imposer des exigences opérationnelles autour de DSS, d’apporter une réponse unique, mais de se baser sur l’existant organisationnel pour favoriser l’adoption de l’IA. Nous proposons un accompagnement personnalisé suivant si le client souhaite une organisation centralisée, autour d’un centre d’excellence par exemple, ou décentralisée dans laquelle chaque division dispose d’un niveau de compétence suffisant pour exploiter la plateforme », selon Romain Fouache.

L’entrée en bourse, un possible « instrument capitalistique »

Passé de 200 à 450 employés en deux ans, Dataiku revendique plus de 300 clients, comme à la fin de l’année 2018. Ceux-ci sont majoritairement présents aux États-Unis et en Europe. « Nous commençons à avoir des clients au Moyen Orient et en Asie Pacifique, mais ces régions sont moins matures commercialement chez nous ».

« Nous voulons devenir le leader de notre catégorie. Est-ce qu’à l’avenir l’instrument capitalistique le plus adapté pour supporter cette vision sera l’IPO ? C’est possible, mais ce n’est pas un objectif en tant que tel »
Romain FouacheCRO, Dataiku

Dataiku a maintenant une empreinte marquée dans différents secteurs que sont la banque, l’assurance ou les télécommunications, ainsi que l’énergie ou encore le secteur public. Il est aussi en train de devenir un acteur de référence pour la défense après la signature d’un contrat avec l’OTAN.

Alors qu’il y a deux ans Florian Douetteau exprimait sa volonté de préparer l’entrée en bourse de Dataiku, le directeur des opérations se veut plus prudent et envisage cela comme une possibilité. « Les événements capitalistiques ne sont que des moyens. Nous voulons devenir le leader de notre catégorie. Est-ce qu’à l’avenir l’instrument capitalistique le plus adapté pour supporter cette vision sera l’IPO ? C’est possible, mais ce n’est pas un objectif en tant que tel ».

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