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Forge doit jouer un rôle clé dans la stratégie cloud d’Atlassian

La deuxième tentative d’Atlassian de créer une place de marché SaaS pour les applications additionnelles doit réclamer moins de travail d’intégration de la part des utilisateurs et offrir une meilleure sécurité, dans le cadre de sa stratégie agressive de migration vers le cloud.

Atlassian Forge, en développement depuis deux ans, succède à Atlassian Connect, lancé en 2012. Il a le potentiel pour répondre à une exigence majeure des sociétés qui veulent se conformer à la volonté de l’éditeur à remplacer les versions sur site de ses logiciels vers des équivalents dans le cloud.

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Les entreprises cherchent le même niveau de support entre les extensions tierces et les applications complémentaires disponibles pour les versions sur site et cloud d’Atlassian Jira Software, Confluence et Jira Service Management, et ce depuis que l’éditeur a commencé à renforcer ses produits cloud il y a deux ans.

La place de marché d’Atlassian, où les utilisateurs achètent des modules tiers, joue un rôle important dans la plupart des environnements des clients, assure Mike Tria, responsable de l’ingénierie de la plateforme Atlassian Cloud. La marketplace compte plus de 5 300 applications provenant de plus de 1 000 partenaires, et plus de 60 % de la clientèle d’Atlassian a installé au moins un add-on.

Ces applications ont été initialement intégrées aux produits sur site en 2005 avec un code de plug-in simple, mais flexible. Plus tard, Connect a exposé une API en cloud pour que les partenaires et les utilisateurs puissent créer leurs propres modules pour les produits SaaS d’Atlassian.

« Il y avait une grande différence entre ce que vous pouviez faire sur site, c’est-à-dire à peu près n’importe quoi, et le framework Connect », déclare Mike Tria. « Forge est destiné à combler ce fossé ».

Au lieu d’une API, Forge recourt à un ensemble de fonctions serverless pour s’intégrer à des applications additionnelles tierces. Plutôt qu’une configuration « bring your own app » où les usagers et les partenaires devaient exécuter et dépanner eux-mêmes les add-ons, Forge utilise l’infrastructure cloud d’Atlassian pour héberger les modules et ajouter des fonctions de résilience, de conformité réglementaire et de sécurité, vante Mike Tria.

« Étant donné que les applications [complémentaires] sont exécutées à côté des produits [SaaS d’Atlassian], nous pouvons réaliser ces flux de travail étroitement couplés que nous ne pouvions effectuer que sur site auparavant », assure le dirigeant. « Je peux faire des choses comme des workflows de blocage synchrone que je n’aurais jamais pu faire avec Connect. »

La stratégie de migration vers le cloud d’Atlassian nécessite un rafraîchissement de la marketplace

L’année dernière, Atlassian a priorisé la migration du plus grand nombre possible d’utilisateurs de ses logiciels sur site vers ses offres hébergées dans le cloud. La société a déjà apporté plusieurs modifications à ses produits et à ses tarifs pour encourager les usagers à adopter une stratégie de migration vers le cloud, notamment en limitant les nouvelles fonctionnalités, telles que les feuilles de route avancées de Jira, aux produits hébergés dans le cloud, en supprimant les licences Server pour le marché intermédiaire et en augmentant les prix des versions Data Center sur site.

La disponibilité générale d’Atlassian Forge constitue un élément important de la stratégie de l’éditeur pour accroître l’utilisation de ses produits basés sur le cloud dans les grandes entreprises, selon Frank Della Rosa, analyste chez IDC.

« C’est un canal nécessaire – l’année dernière le cycle d’achat est pratiquement devenu 100 % virtuel », remarque Frank Della Rosa. « Alors que des éditeurs comme Atlassian commencent à faire migrer leurs clients existants vers le cloud, ces clients souhaitent de plus en plus avoir un accès en libre-service aux extensions et aux modules complémentaires dont ils ont besoin pour tirer le meilleur parti des produits Atlassian. »

Si les utilisateurs finaux veulent un accès en libre-service, les directions générales et les services d’achat des entreprises ont également besoin d’un contrôle centralisé des achats et d’une prise en charge des exigences de sécurité et de conformité. C’est là que l’intégration de ces fonctionnalités par Atlassian Forge sera la plus intéressante, selon Frank Della Rosa.

Toutefois, les places de marché des hyperscalers ont encore une certaine avance sur Atlassian, avec le support des marketplaces privées et des contrats d’entreprise pour les organisations, selon l’analyste.

« Atlassian devrait considérer cela alors qu’il commence à passer à un [processus de vente] plus descendant, plutôt qu’ascendant », estime-t-il. « Le succès de Forge dépendra de la manière dont il permettra à l’entreprise de s’engager auprès des grands comptes. »

En outre, Atlassian peut accroître la sensibilisation et la consommation de Forge, en le positionnant comme un outil pour la migration vers le cloud en soi, plutôt qu’une des fonctionnalités que les entreprises obtiennent seulement après avoir adopté les logiciels cloud, perçoit Frank Della Rosa.

« Ils peuvent l’utiliser pour fournir des applications de migration vers le cloud et un accès à des partenaires capables de soutenir cette opération », ajoute-t-il. « Généralement, avec les éditeurs SaaS qui cherchent à pousser des clients et un écosystème vers le cloud, cela doit être proposé très tôt dans ce voyage. »

Atlassian ne propose pas de forfaits séparés pour les apps Forge, dont le prix est fixé par le développeur de l’app, a déclaré un porte-parole de l’entreprise. Forge n’est pas non plus spécifiquement destiné à aider les développeurs à construire un chemin de migration pour les clients ; la société a un programme distinct de migration automatisée des applications pour cela.

L’expérience douloureuse des primoadoptants

L’une des premières entreprises européennes hautement réglementées à migrer vers le cloud d’Atlassian dans le cadre de la stratégie de l’éditeur a déclaré que les avantages tels que les fonctionnalités de la feuille de route avancée de Jira et le déchargement des tâches d’exploitation IT vers Atlassian en valaient la peine, mais que le processus fut parfois difficile.

« Le monde est en train de passer au cloud », assure Erik Van der Meijde, responsable de la livraison de la plateforme chez de Volksbank, une banque hollandaise, lors d’une session de la conférence Team d’Atlassian en avril. « On se demande alors quelle est la valeur ajoutée de maintenir une plateforme par ses propres moyens [alors que] nous avons un partenaire et un éditeur qui peut assurer une sécurité et une conformité bien meilleures que ce que nous pouvons faire nous-mêmes. »

Cependant, lorsque la Volksbank a commencé sa migration vers le cloud l’année dernière, elle a constaté qu’il n’existait pas de processus établi pour obtenir les attestations de conformité spécifiques dont elle avait besoin de la part d’Atlassian pour satisfaire les gestionnaires de risques et les régulateurs, selon les propos recueillis auprès d’Erik Van der Meijde dans une interview lors de l’événement d’avril.

Atlassian met à disposition un livre blanc sur la manière dont il satisfait aux exigences des certifications SOC et ISO, mais lorsque la Volksbank a eu des questions sur la manière dont elle effectue la reprise après sinistre et les tests de pénétration sur son infrastructure AWS, l’intervention d’un partenaire revendeur fut nécessaire pour obtenir ces informations de l’éditeur.

« La façon dont ils travaillent doit pouvoir être auditée par des organismes de réglementation comme le gouvernement néerlandais ou la Banque centrale européenne », indique Erik Van der Meijde. « Ces organismes ne vont pas se contenter d’un devis sur une page web ».

Depuis la migration de la Volksbank, Atlassian a continué à mettre à jour son Trust Center en ligne pour offrir un accès en libre-service à des informations spécifiques sur la conformité, assure un porte-parole de l’entreprise, et il est en train d’intégrer des informations spécifiques à la région EMEA dans cette base de connaissances.

Atlassian a également créé un groupe Atlassian Community dédié aux améliorations en matière de sécurité et de conformité, avec une ligne directe vers les chefs de produit travaillant dans ces domaines pour obtenir un retour sur les fonctionnalités dont les utilisateurs ont besoin dans le cloud, ainsi qu’un programme de spécialisation cloud pour les partenaires afin de soutenir la migration des clients sur site.

Dans son côté Erik Van der Meijde a déclaré que la Volksbank ne migrerait un déploiement Bitbucket sur site vers le Cloud d’Atlassian que si l’entreprise proposait un produit de migration entièrement pris en charge, similaire à celui de Jira. Il aimerait également qu’Atlassian propose la résidentialité des données spécifiquement pour l’Allemagne, plutôt que pour la région Union européenne, ce qu’Atlassian prend en charge aujourd’hui.

Atlassian a initialement rendu la résidence des données disponibles uniquement dans son plan de licence Cloud Enterprise, mais il ajoutera cette capacité dans les plans Standard et Premium sans frais supplémentaires plus tard cette année, et annonce qu’il fera de même en Australie, au Canada, au Royaume-Uni et au Japon, indique un porte-parole. Les données localisées dans l’UE sont hébergées dans les régions AWS de Francfort et de Dublin, ce qui n’écarte pas le risque que représentent les lois extraterritoriales américaines.

Le fournisseur propose également des scripts pour aider les clients Bitbucket à déplacer leurs dépôts vers le cloud, et les clients peuvent s’inscrire au programme d’accès anticipé Bitbucket Cloud Migration Assistant pour tester cet outil de migration, dont le déploiement est prévu cet été.

Selon Erik Van der Meijde, l’équipe IT de la Volksbank doit résoudre certains détails techniques avant que la stratégie de migration vers le cloud de la banque ne soit complète.

« Le plus gros problème est le proxy inverse », témoigne-t-il. « Pour l’instant, nous utilisons une approche unidirectionnelle entre les instances on-premises et le cloud, mais nous travaillons encore sur la bonne manière de communiquer entre ces environnements. »

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