Réseaux : Terralpha allume 20 000 km de nouvelles fibres en France

La nouvelle filiale de SNCF Réseau commercialise les dizaines de térabits/s de bande passante qu’offrent les fibres installées sous les rails. L’accès se fait depuis les datacenters de Telehouse.

Terralpha, toute nouvelle filiale de SNCF Réseau, arrive pour commercialiser la bande passante offerte par les plus de 20 000 km de fibres qui serpentent la France métropolitaine sous les rails des trains. L’intérêt premier de ces fibres est qu’elles sont tirées de ville en ville et qu’elles ne souffrent donc pas des ralentissements causés par les raccords que les opérateurs mettent sur chaque embranchement.

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« En général, les opérateurs proposent de relier deux points géographiques avec une latence un peu inférieure à 25 millisecondes. Sur le premier lien que nous avons commercialisé, entre Paris et Toulouse, le record de latence était de 11 à 14 millisecondes. Notre connexion directe atteint une latence de 7,9 millisecondes », lance Gabriel Chenevoy, le PDG de Terralpha.  

Le second intérêt est que ce réseau de fibres constitue une alternative nationale au réseau des quatre grands opérateurs. Les 2 000 opérateurs alternatifs que compte le pays vont désormais pouvoir interconnecter un siège à Lille avec sa succursale à Marseille, sans avoir à attendre pendant des semaines une autorisation, sans devoir payer le prix fort qu’impose leur concurrent national. Et, surtout, avec une meilleure latence.

Ces plus de 20 000 kilomètres de fibres étaient déjà disponibles à la location. Mais il s’agissait de faire au cas par cas : SNCF Réseau ne fournissait que des liens 100 Gbit/s, et c’est à son client qu’il incombait d’installer un routeur à chaque bout pour faire circuler son trafic. À part les grands opérateurs, personne ne savait installer de routeur sur ces fibres.

« Sur chaque fibre nous pouvons mettre 80 connecteurs réseau classiques sur lesquels n’importe qui peut se brancher pour avoir à chaque fois un nouveau lien 10 Gbit/s. »
Gabriel ChenevoyPDG Terralpha

« La nouveauté qu’apporte Terralpha est que nous installons à présent nous-mêmes des routeurs aux extrémités. Sur chaque fibre nous pouvons mettre 80 connecteurs réseau classiques sur lesquels n’importe qui peut se brancher pour avoir à chaque fois un nouveau lien 10 Gbit/s. En clair, nous rendons disponibles pour tout le monde des dizaines de térabits/s de bande passante supplémentaires sur le réseau français », dit Gabriel Chenevoy.

Telehouse, le partenaire chez qui les opérateurs se raccorderont

Restait à trouver où se brancher. Terralpha a choisi de commencer par s’associer avec la chaîne de datacenters en colocation Telehouse, la plus importante en France.

« Notre stratégie est d’être présent sur les places de marché télécoms. C’est-à-dire dans les salles réservées aux interconnexions des opérateurs dans les datacenters. Les plus importantes se trouvent sur le campus TH2 de Telehouse à Paris, qui réunit 300 opérateurs télécoms. »

« Nous tirons l’extrémité de nos fibres jusqu’aux datacenters les plus proches de nos gares. Paris est suffisamment irrigué en infrastructures pour que nous ayons pu choisir le campus de datacenters le plus intéressant pour toucher les opérateurs, en l’occurrence TH2. Nous sommes très satisfaits de la collaboration avec Telehouse, mais c’est la proximité géographique qui prime. À Toulouse, par exemple, nous relions nos fibres aux salles opérateurs de son concurrent local FullSave », explique le PDG de Terralpha.

Du côté de Telehouse, on insiste sur l’importance de préserver la latence minimale qu’apporte Terralpha. « En général, chaque fois que vous mettez un raccord sur une fibre, vous perdez 0,5 dB de puissance sur le signal, c’est-à-dire que vous augmentez la latence. L’enjeu est donc de raccorder les fibres de Terralpha aux infrastructures des opérateurs en perdant le minimum de puissance dans le signal. L’expertise de nos équipes, leur savoir-faire en soudure de fibres, la qualité de nos connecteurs passifs nous permettent de ne perdre que 0,2 dB par raccord », dit Sami Slim, le directeur adjoint de Telehouse.

Il avance que TH2 dispose d’un système informatique de pointe qui surveille une à une les 50 000 fibres qui circulent dans ses salles opérateurs. La courbure et le trajet de chaque fibre seraient consciencieusement étudiés. « Telehouse n’est pas qu’un loueur de mètres carrés informatiques. Nous sommes les spécialistes d’un état de l’art de l’interconnexion réseau », argumente Sami Slim.

Si Terralpha est encore en phase de prospection auprès des opérateurs, Sami Slim assure avoir déjà préinstallé des raccords pour relier la plupart de ceux présents sur le campus TH2. « Nous sommes capables à présent d’activer une connexion vers le réseau de Terralpha en une ou deux heures », assure le directeur de Telehouse.

Des connexions directes entre chaque ville

Outre Orange et SFR, Bouygues Telecom et Iliad (la maison mère de Free) commencent eux aussi à revendre de la bande passante sur leurs réseaux nationaux aux opérateurs alternatifs. Jusque-là, Kosc était le seul opérateur d’infrastructures indépendant par lequel les prestataires locaux pouvaient passer, pour offrir une connectivité nationale à leurs clients. C’est donc plutôt lui que concurrence aujourd’hui Terralpha. Après des déboires financiers, Kosc a finalement été racheté il y a un an par Altitude Infrastructure, un ex-opérateur alternatif qui a recentré son activité sur la pose de fibres.

Altitude Infrastructure jouit d’une bonne image auprès des collectivités locales, qu’elle fibre avec plus de facilité que les quatre opérateurs nationaux. Pour autant, son défi reste de relier entre eux des segments de fibres éparpillés sur le territoire, condition sine qua non pour séduire les autres opérateurs alternatifs. C’est sur ce point où Terralpha prétend avoir une longueur d’avance.

« Pour l’heure, nous avons installé nos routeurs à Paris, à Toulouse, à Valenciennes, à Lille. D’ici à la fin de l’année, nous serons présents à Marseille, Tours, Bordeaux, Lyon. L’intérêt de ces déploiements sera surtout qu’ils permettront des liens directs. Par exemple, en passant par nos infrastructures, vos communications iront directement de Bordeaux à Lyon, sans passer par Paris. Donc notre latence sera forcément la meilleure », promet Gabriel Chenevoy.

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