Exclusif : « Une Freebox Pro sur deux sera vendue par des partenaires B2B » (Kévin Polizzi)

Et maintenant, les entreprises. Ce mardi 30 mars, Jaguar Network dévoile une nouvelle stratégie qui vise à faire de la Freebox Pro un équipement SD-WAN pour les intégrateurs, au-delà des réseaux d’Iliad.

Déjà une version 2. Après avoir lancé Free Pro la semaine dernière avec tous les atours d’un abonnement fibre vendu en direct aux TPE, Jaguar Network dévoile ce mardi 30 mars une nouvelle stratégie nettement plus orientée B2B. L’opérateur invite désormais tout l’écosystème des opérateurs alternatifs, des ESN et des fournisseurs de services à intégrer sa box dans leurs offres, comme un routeur WAN compatible avec tous les réseaux, avec tous les services dédiés, avec tous les clouds, et plus seulement avec ceux des filiales du groupe Iliad.

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« Nous pensons que nous vendrons la moitié des Freebox Pro via des partenaires », assure Kévin Polizzi, le PDG de Jaguar Network, en charge de la marque Free Pro, lors d’un entretien avec LeMagIT.

« Dans les faits, n’importe quel autre réseau peut être branché sur le second connecteur WAN : une fibre FTTO, un modem ADSL, ou tout autre réseau de n’importe quel opérateur. »
Kévin PolizziPDG de Jaguar Network

« La Freebox Pro est en réalité un SD-WAN. Nous avons indiqué, lors de son lancement, qu’elle était livrée avec un modem 4G qui prend la relève en cas d’incident sur la connexion fibre. Mais, dans les faits, n’importe quel autre réseau peut être branché sur le second connecteur WAN : une fibre FTTO, un modem ADSL, ou tout autre réseau de n’importe quel opérateur. »

Et d’ajouter que lorsqu’un client n’a pas l’utilité du modem 4G fourni gratuitement, alors Free Pro lui rembourse les 50 € de frais d’installation qu’il facture normalement. En l’occurrence, le connecteur Ethernet de la Freebox Pro sur lequel se branche normalement ce modem est capable de supporter une bande passante de 2,5 Gbit/s dans les deux sens, soit largement assez pour le 1 Gbit/s de la plupart des fibres noires privées qui relient, typiquement, des entreprises à leur datacenter hébergé sur un site en colocation.

Lors de l’interview qu’il a accordée au MagIT, Kévin Polizzi n’a en revanche pas donné de perspectives claires quant à la possibilité de connecter le WAN primaire à un autre réseau que ceux d’Iliad.

200 partenaires susceptibles d’intégrer Free Pro à leurs offres

Les premiers partenaires de Free Pro dont LeMagIT a eu connaissance ne sont pour autant pas des opérateurs alternatifs. Ce sont des prestataires de services. On trouve ainsi le fabricant de photocopieurs Ricoh, qui ambitionne de proposer des services documentaires tout compris (impression, GED, signature électronique, etc.) qui relient ses clients à ses applications en cloud. Il le ferait via une Freebox Pro dédiée. Celle-ci, connectable à d’autres passerelles WAN éventuellement déjà présentes dans l’entreprise, servirait à sécuriser les flux.

Autre exemple, le distributeur LDLC, qui équipe d’ordinaire les entreprises en PC et en consommables informatiques, verrait dans la Freebox Pro l’opportunité de vendre en plus du service réseau à ses clients.

« La connectivité télécom est le prérequis des nouveaux métiers du service informatique. Nous le voyons chez Jaguar Network, où nous accompagnons des projets de modernisation comme les smart cities ou l’industrie 4.0 : les entreprises ont besoin de monter dans le cloud, elles ont besoin de plus de cybersécurité, elles ont besoin d’avoir de vrais plans de reprise d’activité. Mais il serait faux de croire qu’elles ont toutes en interne une DSI qui soit calée sur tous ces sujets. C’est même très loin d’être le cas. En revanche, toutes ces problématiques concernent leur connexion WAN. C’est donc par ce biais qu’elles vont chercher des partenaires pour les accompagner », argumente Kévin Polizzi.

Et d’assurer que sa Freebox Pro - désormais multiopérateur – est immédiatement compatible avec les offres des 200 partenaires de Jaguar Network. Depuis 20 ans, Jaguar Network installe en l’occurrence des infrastructures réseau – fibres noires, FTTO, etc. – qui relient physiquement des sites éclatés géographiquement. Et ses fibres font partie de l’attirail sur lequel les prestataires de services se greffent pour revendre des abonnements télécoms et de l’accompagnement.

« Ma conviction est que les opérateurs alternatifs doivent monter en service. Ils ne doivent plus assembler des technologies, ils doivent les utiliser. »
Kévin PolizziPDG de Jaguar Network

Selon Kévin Polizzi, ces partenaires n’auraient plus à acheter des équipements WAN en marque blanche chez Cisco, Juniper, Aruba et autres grands fabricants de matériels réseau. Ils achèteraient à Jaguar Network la connexion et la box.
Voire uniquement la box, pour la brancher sur les fibres d’un autre fournisseur d’infrastructures ?  Le PDG de Jaguar Network est évasif : « ma conviction est que les opérateurs alternatifs doivent monter en service. Ils ne doivent plus assembler des technologies, ils doivent les utiliser. »

Interruption de moins de 4 heures, qualité de services : « des problématiques révolues »

Il est probable que le nouvel argumentaire de Kévin Polizzi soit d’autant plus entendu par les opérateurs alternatifs qu’il est l’inverse de la communication qui a accompagné le lancement de Free Pro. La semaine dernière, Free Pro correspondait juste à un prix – 49 € HT/mois – et une caractéristique technologique – une connectivité FTTH de 7 Gbit/s. Les opérateurs alternatifs lui avaient opposé que leur métier consistait plutôt à vendre aux entreprises un service – garantir qu’une panne réseau ne dépasse pas 4 heures – et un accompagnement – régler minutieusement la qualité de service de chaque flux, pour que les salariés qui travaillent sur Office 365 ne phagocytent pas la qualité sonore des commerciaux qui vendent au téléphone.

« Ces histoires de qualité de service et de durée d’interruption n’ont plus lieu d’être avec une fibre FTTH de 7 Gbit/s ! », lance le patron de Jaguar Network.

« Sur la qualité de service, la bande passante est tellement surdimensionnée par rapport aux besoins réels que vous n’avez plus à vous soucier de donner la priorité à tel flux de visioconférence ou tel flux transactionnel. Quant aux pannes de réseau, la seule chose dont une entreprise a besoin, c’est d’un backup automatique. C’est ce que nous proposons avec notre modem 4G, ou avec la connexion de n’importe quel autre réseau WAN en secondaire », plaide-t-il.

Et Kévin Polizzi de démonter un à un les reproches que les professionnels des télécoms d’entreprise ont émis lors du lancement de Free Pro.

Une fibre FTTO privée garantirait bien mieux le débit annoncé qu’une fibre FTTH mutualisée entre toutes les adresses d’un quartier ? « Faux ! C’est vrai avec les fibres FTTH GPON utilisées par nos concurrents. Nous utilisons en ce qui nous concerne des FTTH EPON qui relient les clients non à un point de mutualisation dans le quartier, mais qui mutualisent leurs connexions au niveau du NRO (nœud de raccordement des opérateurs). Or, la bande passante au niveau de ces NRO est surdimensionnée, car depuis des années nous les avons musclés pour supporter les flux 5G des antennes de téléphonie mobile. Chaque élément de routage dans ces NRO fonctionne aujourd’hui en 100 Gbit/s et ils seront mis à jour prochainement avec des modules 400 Gbit/s. »

Selon lui, les modules GPON des points de mutualisation – des armoires de raccordement par grand immeuble ou par segment de rue selon la densité des habitations – ne bénéficieraient en revanche pas de ces améliorations de bande passante. De plus, le fait que les fibres EPON ne mutualisent leurs flux qu’au niveau du NRO pourrait rendre plus rapide leur dépannage, les opérateurs alternatifs avançant que les fibres FTTH mutualisées au pied d’un immeuble sont tout simplement impossibles à dépanner en moins de quatre heures.

« À l’heure actuelle une entreprise sur deux est éligible à une connexion FTTH. Nous tablons sur 90 % d’entre elles à l’horizon 2024. »
Kévin PolizziPDG de Jaguar Network

De manière plus exacte, cette analyse ne vaut surtout que pour les zones denses, où Jaguar Network connecte finalement sa Freebox Pro au réseau existant de l’opérateur Free. En dehors des villes de taille importante, Jaguar Network utiliserait plutôt ses propres réseaux de fibres, voire les réseaux de fibre installés par les collectivités locales. « À l’heure actuelle une entreprise sur deux est éligible à une connexion FTTH. Nous tablons sur 90 % d’entre elles à l’horizon 2024 », assure Kévin Polizzi.

Une connectivité Sigfox, un SD-WAN presque complet

Autre reproche : la Freebox Pro ne serait pas un vrai équipement SD-WAN. Sa seconde connexion ne servirait que du backup, pour récupérer l’intégralité des flux de la connexion primaire en cas d’incident, alors qu’un véritable boîtier SD-WAN se sert de ses différentes connexions pour faire passer différents flux. L’exemple le plus rencontré est celui de la distribution : chaque point de vente d’une chaîne dispose d’une connexion publique pour accéder à Internet et d’une autre sur un lien privé pour remonter toutes les données monétiques de manière sécurisée vers le siège de l’enseigne.

« Ce sont des designs extrêmement complexes dans lesquels les entreprises rechignent à investir. Un grand retailer, par exemple, veut dépenser moins de 100 €/mois par point de vente en connexion télécom. C’est ce que nous proposons : tous les flux passent par la même fibre et ceux qui doivent être sécurisés sont chiffrés par notre VPN. » LeMagIT croit néanmoins comprendre que la faculté de répartir les flux entre les deux connexions pourrait être envisagée à l’avenir, peut-être par simple mise à jour logicielle.

Au passage, la Freebox Pro dispose d’une caractéristique passée totalement sous silence lors de son lancement : elle communique aussi sur le réseau radio de Sigfox. En l’état, cette connexion est réservée au module d’autodiagnostic pour remonter une panne au service support quand la fibre et la 4G sont inopérantes. Kévin Polizzi suggère que cette troisième connexion pourrait néanmoins être utilisée à l’avenir pour transporter les relevés de certains objets connectés.

Une mise à jour Wifi 6e gratuite d’ici à la fin de l’année

Au jeu des caractéristiques exactes de la Freebox Pro, Kévin Polizzi lève des doutes sur quelques supposées faiblesses. Oui, le firewall est ici plus efficace, car il ne se contente pas d’agir au niveau des ports TCP/IP, mais filtre aussi les paquets au niveau applicatif. Oui, la Freebox est durcie pour supporter les conditions des sites d’exploitation, car, au-delà de la robustesse de ses matériaux, elle intègre des algorithmes qui pilotent toutes les nuits ses ventilateurs de sorte qu’ils éjectent la poussière accumulée dans la journée. Oui, il est cohérent de laisser la Freebox Pro s’occuper du Wifi, même quand elle est installée dans un rack métallique avec d’autres équipements informatiques, car ses « répéteurs radio » peuvent aussi être reliés en RJ45 pour se comporter comme des points d’accès traditionnels.

« Dans peu de temps, la norme Wifi6e sera ratifiée. À ce moment-là, nous proposerons de mettre à jour gratuitement les Freebox Pro avec une carte Wifi6e qui, elle, sera bien plus pérenne. »
Kévin PolizziPDG de Jaguar Network

À ce sujet, Kévin Polizzi dément avoir fait une erreur en ne proposant que du Wifi 5, alors que le marché s’emballe actuellement pour du Wifi 6 : « Le Wifi6 est une norme qui ne vivra que 6 mois ! Dans peu de temps, la norme Wifi6e sera ratifiée. À ce moment-là, nous proposerons de mettre à jour gratuitement les Freebox Pro avec une carte Wifi6e qui, elle, sera bien plus pérenne. »

Enfin, bien entendu que les 4 ports RJ45 1 Gbit/s à l’arrière de la machine sont insuffisants pour partager les 7 Gbit/s de bande passante. Mais les intégrateurs ont à leur disposition un port optique SFP+ 10 Gbit/s sur lequel ils pourront connecter le switch Ethernet 12, 24 ou 48 ports 1 Gbit/s de leur choix.

Demain, du multicloud ?

Dernier point, celui du cloud. Pour l’heure, la Freebox Pro réplique tous les jours le contenu de son stockage NAS vers un datacenter de Jaguar Network, au titre de sauvegarde. « L’intérêt de ce cloud est que Jaguar Network est hébergeur de santé, ce qui rend notre offre Free Pro compatible avec les réglementations d’un cabinet médical, par exemple. De plus, ce service de sauvegarde supporte l’historisation, qui permet de revenir plusieurs jours en arrière pour restaurer des données avant qu’elles n’aient été infectées par un malware », défend Kévin Polizzi.

À l’heure actuelle, il n’est pas encore possible de dire clairement si cette fonction sera débrayable pour connecter une entreprise à d’autres services de sauvegarde, comme le suggère la nouvelle ouverture de Free Pro aux intégrateurs.
En revanche, on notera que, comme tous les opérateurs de datacenters en colocation, Jaguar Network propose à ses clients des options de connexions directes vers les principaux clouds publics, l’offre s’appelant ici Atlas. L’avenir dira si Free Pro, en plus de fournir réseau et box à ses partenaires, servira aussi de guichet pour commercialiser du cloud.

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