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D’ici 3 à 5 ans, le « prompt engineering » ne servira plus à rien

La science des prompts – la manière de questionner un modèle de langage pour optimiser ses réponses – est un des sujets clefs de l’IA générative. Mais Forrester prédit qu’il n’en sera bientôt plus question. Un signe de plus qui montrera, s’il se confirme, que l’IA évolue vite et qu’il ne sert à rien de se ruer, avertit le cabinet de conseils.

« Le prompt engineering commence à devenir une commodité », lance Bernhard Schaffrik, principal analyst chez Forrester, lors d’une matinée dédiée aux prévisions 2026 du cabinet de conseil. Son constat tranche drastiquement avec l’approche traditionnelle de l’IA générative, qui consiste à former les utilisateurs principalement sur la manière de poser des questions aux IA.

Mais pour Bernhard Schaffrik, il n’y a pas de doute possible. Les signaux faibles le montreraient. « Le prompt engineering ne sera plus une compétence requise d’ici trois ou quatre ans ».

Des LLMs qui corrigent eux-mêmes les prompts

Cette « science » ne disparaîtra pas complètement, mais les progrès de l’IA la rendraient quasiment caduque. « Plusieurs éditeurs nous ont confié qu’ils développaient des composants qui ne nécessitent plus d’être expert en prompting. Ils utilisent véritablement le langage naturel à la place », explique-t-il.

Ce progrès technologique s’appuie sur la masse considérable de jeux de données d’entraînement dont disposent désormais les fournisseurs de LLMs.

« L’amélioration des connaissances de ces LLMs et des choses comme leurs capacités de raisonnement leur permettront de réinterpréter les mauvais prompts des humains. Nous en sommes de plus en plus proches », déclare Bernhard Schaffrik au MagIT.

Le prompt engineering ne devrait donc perdurer que dans des domaines très spécifiques où il restera un moyen « privilégié » de communiquer de manière avancée avec les algorithmes. Bernhard Schaffrik évoque par exemple la R&D dans le domaine de la chimie.

« Mais dans l’ensemble, nous ne pensons pas que le prompt engineering connaîtra le même engouement qu’il y a quelques années », insiste l’expert. « Nous pensons que d’ici trois ou quatre ans, cinq ans au plus tard, les formations obligatoires au prompting disparaîtront ».

L’expert insiste aussi sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une prédiction qui viendrait d’une « boule de cristal ». La prévision s’appuie sur des observations, selon les prérequis que Forrester veut très stricts (et qui l’empêchent, par exemple, de parler aujourd’hui de la très spéculative IA générale). « C’est presque une certitude », assure Bernhard Schaffrik.

Auguste et la course à l’IA

Si la désuétude de la science du « prompt » venait à se confirmer, elle serait une illustration emblématique de l’évolution permanente de l’intelligence artificielle générative.

Ce qui fait aussi dire à Forrester – contrairement à d’autres – qu’il ne sert à rien de se ruer, mais qu’il convient de se hâter lentement, comme le disait Auguste. « Beaucoup de nos confrères affirment que l’IA est une course et qu’il faut être le premier, sinon on serait définitivement hors jeu. C’est un non-sens complet », tacle Bernhard Schaffrik.

L’IA serait en effet moins une course qu’une « discipline » (sic). « Le but est de développer vos capacités pour réussir durablement. Il ne s’agit pas de se précipiter ou d’imposer des “copilotes” à tout le monde pour ensuite se rendre compte que cela coûte très cher et que très peu de personnes en tirent des bénéfices », compare l’expert.

L’IA générative n’est pas encore mature en entreprise

Ne pas se hâter et la fin du prompt engineering seraient en fait les deux faces d’une même pièce : une technologie dont l’adoption grand publique est fulgurante, mais qui est encore loin d’être mature dans le milieu professionnel ; quoi qu’en disent les éditeurs et les communications de quelques entreprises qui anticiperaient, plus qu’elles ne les revendiquent, de gros gains de productivité.

« Savez-vous combien d’années il faut en moyenne pour qu’une nouvelle technologie arrive à maturité et ait un réel impact sur vos organisations ? », interroge Manuel Geitz, également principal analyst chez Forrester. « Cinq ans ? Sept ans ? Dix ans ?... Non, quinze ans. Minimum », répond-il. « Regardez le cloud. Cela va faire vingt ans. Est-ce qu’on a bouclé le dossier ? » demande-t-il de manière rhétorique.

Or l’IA générative n’a que trois ans.

Des investissements repoussés

Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas continuer à faire du prompt engineering. Trois à cinq ans, c’est un horizon lointain dans l’IT. Mais pour Forrester, ce manque de maturité de la technologie en milieu professionnel impose d’aborder le sujet de manière beaucoup plus large (avec la compréhension de l’usage, du fonctionnement et des limites des LLMs par exemple – autant d’éléments que le cabinet regroupe dans un indicateur qu’il appelle le « Quotient IA »).

Il explique aussi – et surtout – une autre prévision frappante, faite cette fois par Thomas Husson (VP et Principal Analyst) : « en 2026, les entreprises vont décaler 25 % de leurs investissements IA à 2027 »… Justement pour prendre le temps d’analyser les ROIs, analyse en substance Manuel Geitz. Et donc pour se hâter lentement. Comme quoi, l’IA générative est à la pointe de la modernité, mais peut-être moins qu’une certaine sagesse romaine.

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