pavlofox - stock.adobe.com

Les « changements politiques » amènent Workday à réfléchir sur la souveraineté à la française

Localiser les données en Europe ne suffit pas à être souverain au sens français du terme. Workday le sait. Son président Product & Technology n’exclut plus d’aller plus loin. Sans pour autant s’engager.

Il y a souveraineté et souveraineté. La souveraineté selon les éditeurs américains se résume souvent à localiser les données dans un pays et à assurer, contractuellement, que personne à l’extérieur ne pourra y accéder (à part pour des raisons techniques).

En plus de la localisation, les grands acteurs IT ajoutent des garde-fous comme le fait que les intervenants sont tous de la nationalité de la zone concernée (Européens pour l’Europe).

C’est cette notion qui est à l’œuvre dans le Sovereign Cloud d’AWS et dans l’édition souveraine de Workday qui sera officiellement lancée ce 1er juillet 2026.

La localisation ne répond à aucune exigence légale

Le problème de cette approche, c’est que la localisation ne répond à aucune exigence légale stricte, comme le rappellent Marc Schuler et Hugo Khalfallaoui, avocats chez Taylor Wessing.

De plus les acteurs IT sont de nationalité américaine (ou chinoise) ce qui les place de facto sous l’influence de la législation américaine (ou chinoise). « Certains États peuvent, au travers de leur droit interne, imposer à des entreprises relevant de leur juridiction la communication de données, bien que celles-ci soient physiquement stockées à l’étranger », insistent les deux avocats.

Autrement dit, ces clouds souverains « seulement localisés » en Europe sont soumis au droit d’une puissance étrangère. Ils peuvent être « Sovereign » contractuellement, mais ils ne sont pas « souverains » au sens le plus strict ; celui issu de la diplomatie française que l’on retrouve dans SecNumCloud.

La souveraineté revient en force

Mais cette approche historique ne faisait pas (ou peu) recette auprès de clients qui cherchaient surtout à ne pas être « captifs » de leurs fournisseurs et pour qui la souveraineté était un problème de nations, pas d’entreprise privée.

Les évolutions géopolitiques récentes ont, semble-t-il, sensiblement rebattu les cartes dans les comités de direction et remis la thématique à l’agenda du jour depuis 12 à 18 mois, estime Jean Coumaros, président de Bleu.

C’est ce que constate également Martin Mertz, directeur de la division Sovereign Cloud de SAP, qui explique pourquoi le géant allemand de l’ERP a investi du temps et de l’argent afin de lancer deux offres en France, sur Bleu et sur S3NS.

Selon lui, les demandes pour ces deux options dépasseraient d’ailleurs déjà largement les frontières de l’Hexagone. « Nous sommes très sollicités, partout dans le monde. Il y a clairement une demande », confie-t-il.

Workday étudie la possibilité d’une éventualité

Jusqu’ici, son concurrent dans le Core Finance et le SIRH, Workday n’envisageait pas de confier sa stack logicielle à un prestataire tiers. Mais les choses évoluent. Doucement.

« Vous pouvez vous attendre à ce que nous évoluions aussi au rythme du paysage politique. »
Gerrit KazmaierPresident, Product and Technology de Workday

« Le paysage politique est en train de changer », constate lui aussi Gerrit Kazmaier, le « president product and technology » de l’éditeur américain. « Avec ce changement, nous devons évaluer les implications pour Workday », reconnaît-il.

Pour le responsable allemand, « ce défi n’est pas spécifique à Workday, il se pose à l’ensemble de l’industrie du logiciel, des fournisseurs d’infrastructures, et de l’écosystème ».

Sans s’engager pour l’instant, Gerrit Kazmaier assure que ce « basculement politique » (« political shift ») est en tout cas regardé de près par Workday. « Vous pouvez vous attendre à ce que, fidèles à notre engagement envers l’Europe et la France, nous évoluions aussi au rythme du paysage politique », promet-il.

Pour approfondir sur Réglementations et Souveraineté