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Pénurie mémoires : les ventes de PC s’écroulent

La dernière étude de marché d’IDC indique un recul global de 5% du marché avec le risque de voir disparaître certaines marques. Pendant ce temps, le flou règne concernant une sortie de crise pour la production des mémoires.

La dernière étude de marché du cabinet IDC est sans appel. Les ventes de PC se sont écroulées de pratiquement 5% en un an, soit 68,2 millions de machines achetées lors du second trimestre 2026 contre 71,7 millions à la même période en 2025. Et, ce, alors que les ventes de ces machines progressaient de trimestre en trimestre depuis plus de deux ans.

La source du problème est la pénurie des mémoires, les DDR (la RAM), comme les NAND (les SSD). Source du problème, mais pas responsable direct. Car selon IDC, si les consommateurs ont acheté moins de PC, c’est surtout parce que leurs prix ont explosé. Et ils ont même explosé au-delà des hausses observées sur les mémoires.

« La vraie histoire ici, c’est la déconnexion entre le nombre d’unités vendues et la quantité de dollars encaissée par les fabricants. Les ventes ont baissé en nombre d’unités, mais les chiffres d’affaires ont augmenté, parce que les fabricants se sont empressés de pousser leurs tarifs pour compenser une baisse de la demande qu’ils ont surestimée », commente Jitesh Ubrani, l’analyste d’IDC responsable de l’étude.

Cette situation d’enrichissement des vendeurs de PC ne devrait toutefois pas durer. Dès le prochain trimestre, IDC estime que les fabricants vont se retrouver coincés entre des stocks d’invendus et des mémoires à acheter à un tarif qui aura encore augmenté. « Compte tenu de l’aggravation des conditions macroéconomiques et d’une pénurie qui devrait perdurer au moins jusqu’en 2028, nous nous attendons à un fort ralentissement des taux de croissance concernant les marques informatiques », ajoute l’analyste.

Il évoque même le risque de disparition de certaines marques, les cinq plus gros fabricants étant mieux organisés pour compenser leurs pertes en dévorant les parts des plus petits concurrents. Ainsi Lenovo, HP, Dell, Apple et Asus vendent désormais à eux seuls quasiment les trois quarts des PC, tandis que le reste du marché (Fujitsu, Acer, Toshiba...) a vu ses ventes diminuer de 10% en un an.

Seul Apple progresse

Selon IDC, le plus gros vendeur de PC dans le monde au second trimestre 2026 était Lenovo avec 16,6 millions de machines écoulées (-2,1% en un an), soit pratiquement le quart du marché. Il est suivi de HP avec 13 millions d’unités vendues (-9%), soit un cinquième du marché. Les PC de Dell ont réalisé 13,6% des ventes avec 9,3 millions d’unités livrées (-5%).

En quatrième position, Apple est le seul dont les ventes progressent (+10% en un an), ce qu’IDC explique par le lancement du MacBook Neo, un modèle d’entrée de gamme qui coûte aussi peu cher qu’une tablette iPad de base (et dont il reprend d’ailleurs l’électronique). Apple est parvenu à écouler 6,7 millions de machines lors du second trimestre, soit 10% de la totalité des ventes.

Enfin, Asus se maintient en cinquième position avec 5 millions de machines vendues, soit la même chose qu’il y a un an. Mais, mathématiquement, cette stabilité en période de morosité fait passer sa part de marché de 7 à 7,4%.

Des prédictions impossibles

Selon l’index que tient à jour le média Tom’s Hardware, les prix les plus bas des mémoires DDR5 et DDR4 correspondent actuellement à quatre fois le seuil qu’ils avaient atteint avant la pénurie. Par exemple 618 dollars pour une barrette DDR5 de 32 Go qui valait 158 $ il y a un an.

La grande inconnue est la date à laquelle la pénurie des mémoires cessera pour que tous les prix reviennent à la situation d’avant la fin 2025. Les prédictions actuelles fluctuent dans un grand écart inédit. Chez Bloomberg, l’analyste économique Shuli Shen estime que la pénurie a atteint son pic lors de ce second trimestre et que les tarifs vont à présent redescendre, au point d’arriver à une situation inverse de surproduction des mémoires dès 2028.

Elle se base sur l’analyse du financier Michael Burry. Celui-ci pense que la cause de cette pénurie – les fondeurs Micron, SK Hynix et Samsung Electronics réservent leur production de mémoires aux hyperscalers qui en ont besoin pour leurs services d’IA – repose sur du vent.

En substance, les hyperscalers ont déjà beaucoup investi dans les infrastructures d’IA. Des signes montrent qu’ils peinent à les rentabiliser. Ils pourraient donc donner un coup de frein à ces achats, se réservant la possibilité de faire ponctuellement appel à une poignée de neoclouds, si la demande dépasse à un moment leurs ressources.

En revanche, Michael Burry ne parle pas de fin de crise, mais prédit plutôt l’explosion d’une bulle financière au détriment des fondeurs et de leurs actionnaires, ce qui n’arrangerait en rien la pénurie.

À l’opposé de Bloomberg, le média Business Insider rapporte que tous les patrons de fournisseurs informatiques, fabricants d’ordinateurs comme chaînes de datacenters, s’attendent au contraire à une augmentation continue du prix des mémoires au moins jusqu’en 2028.

Du côté des fondeurs, le média coréen Korea JoongAng Daily croit savoir que Micron, Samsung Electronics et SK Hynix se lancent à présent dans la construction de nouvelles usines, pour une nouvelle capacité de production annoncée à partir de 2028. Une échéance relativement optimiste puisque le délai entre le lancement d’un chantier d’usines de semiconducteurs et le moment où sa production arrive sur le marché est généralement de trois ans.

De manière ironique, ces nouvelles usines ne seraient financées qu’en partie grâce à leurs bénéfices record. À ce propos, Samsung pourrait annoncer dans quelques jours une marge de plus de 56 milliards de dollars, soit 18 fois ce qu’il gagnait il y a un an. Grâce à la crise provoquée par la pénurie dont ils sont tenus responsables, les trois principaux producteurs de mémoires auraient réussi à convaincre le Japon et de la Corée d’investir des fonds publics pour voir ces capacités de production additionnelles s’installer sur leurs territoires.

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