30 % des salariés remplacés par l’IA devront être réembauchés, selon Gartner
Moins de 1 % des licenciements de 2025 sont dus aux gains de productivité de l'IA, selon le cabinet d'analystes.
par
Nidhi Sharma, Journaliste, CIO Dive
Publié le: 21 sept. 2026
Licencier en masse pour basculer vers l’intelligence artificielle n’est peut-être pas une si bonne idée que cela. Beaucoup de ceux qui l’ont fait seraient allés un peu trop vite. C’est en tout cas ce qu’estime le cabinet d’analystes Gartner, qui prévoit que d’ici 2029, 30 % des salariés licenciés parce que l’IA les a remplacés devront être réembauchés. Et sans doute à un coût nettement supérieur.
De grands groupes comme Oracle et Salesforce ont supprimé de larges pans de leurs effectifs en évoquant l’IA. Pourtant, « l’IA agentique ne prend pas en charge une part suffisamment importante du travail pour qu’une organisation, quelle que soit sa taille, puisse licencier un nombre considérable de salariés », explique Tori Paulman, vice-présidente et analyste chez Gartner, à nos collègues de Channel Dive.
L’équipe de Tori Paulman a analysé plus d’un million de licenciements en 2025. Les suppressions de postes liées aux gains de productivité, c’est-à-dire lorsque l’IA rend un salarié si efficace que l’entreprise a besoin de moins de personnel, représentent moins de 1 % du total.
« L’IA agentique ne prend pas en charge suffisamment de travail pour qu’une organisation puisse licencier massivement. »
Tori PaulmanVice-présidente et analyste chez Gartner
Au second semestre 2025, les licenciements liés à l’IA ont même reculé au lieu d’augmenter, selon Tori Paulman.
« Notre curiosité a été piquée quand nous avons vu tous ces gros titres sur des licenciements, mais il nous est apparu à l’époque qu’ils émanaient d’entreprises technologiques qui vendaient aussi des produits d’IA », raconte Tori Paulman. « Nous nous sommes demandé ce qui se passait vraiment. Ces entreprises, qui vendent des produits censés améliorer la productivité, voulaient-elles montrer qu’elles les utilisent elles-mêmes ? » Et prouver leur efficacité en licenciant ?
« L’IA du quotidien, celle des outils que l’on utilise pour faire son travail, ne génère pas de gains de productivité massifs », poursuit-elle. « C’est ce que montrent pratiquement tous les rapports de Gartner, comme ceux d’autres organismes. »
« Ces entreprises, qui vendent des produits censés améliorer la productivité, voulaient-elles montrer qu’elles les utilisent elles-mêmes ? »
Tori PaulmanVice-présidente et analyste chez Gartner
En 2024, Klarna a remplacé 700 de ses conseillers du service client par des agents d’IA. En mai 2025, l’entreprise a commencé à en réembaucher. Autres exemples, Ford, IBM et la Commonwealth Bank of Australia ont fait marche arrière sur des suppressions de postes qu’ils avaient justifiées en invoquant l’IA. Par la suite, selon des informations de CNBC, ils ont dû réembaucher des ingénieurs, des équipes RH et SAV.
« Les clients n’aiment pas vraiment parler à une IA, surtout au téléphone », constate Tori Paulman.
Ces revirements surviennent alors que la démographie mondiale change. Les départs à la retraite des baby-boomers et la baisse de la natalité réduisent la population active. Dans ce contexte, les licenciements massifs opérés au nom de l’IA pourraient déboucher sur une pénurie de talents, estime Tori Paulman. Et comme la concurrence est forte pour recruter, faire revenir les salariés coûtera plus cher aux entreprises.
Beaucoup de dirigeants que Gartner accompagne n’ont qu’une connaissance très sommaire de l’IA, note Tori Paulman. Ils sont pourtant priés de dégager des économies et de la croissance grâce à elle.
« Les cadres dirigeants baignent dans ce que j’appellerais une pensée magique, selon laquelle l’IA finira par trouver toute seule les solutions », affirme Tori Paulman. « Et puis ils sont peu familiers de disciplines comme l’analyse de données, le machine learning et l’automatisation. C’est la porte ouverte à des priorités stratégiques mal alignées. »
« Les dirigeants sont peu familiers avec l’analytique, le machine learning et l’automatisation. C’est la porte ouverte à des priorités stratégiques mal alignées. »
Tori PaulmanVice-présidente et analyste chez Gartner
Selon Gartner, les organisations les plus performantes seront celles qui résisteront à la tentation de tout automatiser et de déléguer chaque décision à l’IA. Le cabinet recommande aux équipes dirigeantes de changer leur regard sur cette technologie pour mieux piloter la transformation des effectifs.
D’abord, l’IA doit devenir un « toolmate », un partenaire de travail qui renforce les capacités humaines au lieu de les remplacer. Les entreprises doivent aussi investir dans la culture de l’IA.
Il leur faut en parallèle valoriser le contexte humain, le jugement et le savoir accumulé en interne, à mesure que la technologie se diffuse.