La joint-venture cloud d’Orange et Capgemini a franchi une étape décisive. Ce cloud souverain qui propose des technologies Microsoft passe en disponibilité générale avec plusieurs dizaines de services. Ils devraient être une centaine d’ici la fin de l’année.
L’ère des expérimentations s’achève, place aux mises en production. C’est le message qu’a voulu passer Jean Coumaros, CEO de Bleu, lors de la troisième édition du Cercle de confiance, la conférence utilisateur du fournisseur. Un jalon clé pour le fournisseur créé en janvier 2024 par Orange et Capgemini afin de commercialiser en France les services Azure sur une infrastructure de confiance.
L’activité de Bleu s’appuie sur deux datacenters d’une puissance de 20 MW où ont été déployés 20 000 serveurs. Deux centres opérationnels, situés en Île-de-France et à Rennes, assurent la disponibilité de cette infrastructure.
Deux autres datacenters devraient suivre.
Mais au-delà du hardware, ce sont bien des services IaaS, PaaS, CaaS et SaaS dont dépendra le succès du challenger français.
« Les premiers services étaient disponibles dès 2025, mais plutôt pour permettre aux clients de lancer des pilotes ou de bâtir leur landing zone. Aujourd’hui, ces services sont prêts pour la production, avec des SLA associés », assure Jean Coumaros qui estime à une soixantaine le nombre de clients actifs sur la plateforme. « On trouve des administrations publiques, on trouve des collectivités territoriales, des hôpitaux, mais aussi des entreprises grandes et petites qui opèrent dans des secteurs sensibles. »
Bleu dévoile son dispositif anti « kill switch »
Sur le plan de la sécurité et de la souveraineté des services, un SOC dédié a été mis en place pour contrer tout accès indésirable.
En vue de sa certification SecNumCloud, le Français a également mis en place une politique d’analyse des risques conforme à EBIOS RM, une méthodologie poussée par l’ANSSI. Bleu a déjà décroché sa certification ISO 27001 puis HDS (Hébergement de Données de Santé) en juillet 2026. Les audits de sécurité PASSI, nécessaires au SecNumCloud, ont été passés entre avril et septembre 2026.
« Dès le départ, Bleu a été construit en respectant les exigences de SecNumCloud 3.2 qui a intégré la protection contre les droits extraterritoriaux : l’actionnariat, les infrastructures, les dispositifs de sécurité et la façon dont on opère, tout a été mis en place dès le départ pour répondre à ces enjeux de protection contre les droits extraterritoriaux. », détaille Pape Ndao, directeur technologies & services de Bleu.
« Nous travaillons volontiers à la demande de nos clients pour intégrer des solutions tierces et permettre à chacun de retrouver son écosystème, industrialisé et préintégré à Bleu. »
Laurent LemaireDirecteur commercial marketing et partenariat de Bleu
Bleu vise même plus haut que cette certification, car certains de ses clients sont soumis aux exigences de la programmation militaire ou à l’instruction interministérielle 901 pour le secteur de la défense.
Pape Ndao a également abordé le point délicat de la continuité d’activité, y compris en cas de rupture de tout lien avec Microsoft. On sait, depuis les sanctions prises par la Maison-Blanche contre la CPI, que la possibilité d’un kill switch n’est pas un risque totalement théorique. Et tant S3NS, lié à Google Cloud que Bleu avec Microsoft, pourraient se voir coupés sevrés des indispensables mises à jour de sécurité pour leurs plateformes.
« Ce cas est hautement improbable [mais] ce scénario a été prévu dès le départ de Bleu. Notre Cloud est prévu pour fonctionner en autarcie », assure Pape Ndao. « C’est prévu techniquement, opérationnellement et juridiquement, ce qui permet de continuer à fournir ses services et d’éviter toute rupture opérationnelle. »
En cas de kill-switch de longue durée, Pape Ndao assure également que les services de Bleu continueraient à fonctionner. Il rappelle une récente annonce conjointe avec Delos Cloud, alter ego de Bleu en Allemagne, d’un partenariat et d’un dispositif d’assistance mutuelle entre les deux sociétés. Les deux partenaires se sont engagés à développer eux-mêmes les correctifs de sécurité et prolonger la disponibilité de leurs clouds respectifs en cas de coupure totale avec Microsoft.
Une centaine de services disponibles
Depuis le mois de juillet, Bleu a donné accès à certains services à ses premiers clients. Actuellement, une centaine sont ouverts, dont une soixantaine en mode GA (General Availability). « Les autres passeront en GA essentiellement en novembre et en décembre », promet Laurent Lemaire, directeur commercial marketing et partenariat de Bleu. « Ces services natifs sont enrichis par une cinquantaine de services tiers, fournis par nos partenaires. »
Bleu a regroupé ses services en quatre gammes : les services d’infrastructure et plateformes, sécurité, Data, et collaboration. Dans cette première centaine de services, on retrouve les briques clés de l’offre Azure. Sur le volet infrastructure, beaucoup des services réseau, stockage, gestion d’infrastructure sont bien présents sur Bleu. Côté calcul, on retrouve bien les instances, les services Kubernetes AKS. Côté sécurité, Entra est bien évidemment au catalogue, mais tous les services Defender ne sont pas encore actifs, de même que Sentinel, le SIEM Microsoft n’a pas encore été porté. Côté Data, Bleu propose les services Fabric, notamment OneLake, Power BI, Purview. Enfin, Microsoft 365 est évidemment au cœur de l’offre collaborative de Bleu. Bleu va poursuivre l’extension de ce catalogue, notamment en fonction des services Azure que lui réclameront ses clients.
La roadmap 2027 inclut d’ores et déjà l’arrivée de GPU pour porter des IA génératives, de même que le support des postes de travail virtualisés (Azure Virtual Desktop/AVD), une fonctionnalité très demandée des premiers clients du fournisseur.
Bleu va étendre sa couverture de la gamme Defender en intégrant la protection Office. Sentinel devrait être déployé au premier semestre 2027. Enfin côté IA, Bleu proposera Microsoft Foundry afin de supporter de multiples modèles LLM.
L’un des grands absents de Bleu édition 2026 est Microsoft Copilot. Mais les ingénieurs travaillent sur son intégration, sans se prononcer sur une date pour la disponibilité effective.
Bleu cherche à convaincre les éditeurs tiers
Bleu veut séduire les éditeurs. Il a déjà fait le plein de solutions françaises avec Powell, Jint, Noota, Sinequa, Jalios, Alcatel-Lucent. Côté infrastructure, Keepit, Veeam, Commvault ont répondu présents ; de même que sur la gamme Data, Teradata, Amiral Technology et surtout Snowflake.
« Sur la partie sécurité, un de nos clients nous a demandé de continuer à utiliser la solution française TrustBuilder. Nous sommes rentrés en contact avec cet éditeur pour rendre la solution compatible, ce qui est désormais une chose faite », raconte Laurent Lemaire. « Nous travaillons volontiers à la demande de nos clients pour intégrer ces solutions tierces et permettre à chacun de retrouver son écosystème collaboratif sur mesure, mais industrialisé, pré-intégré par Bleu. »
HarfangLab et Palo Alto Networks figurent aussi au catalogue cybersécurité de Bleu.
Enfin, Bleu a aussi séduit plusieurs éditeurs de solutions métiers. Neocase Software pour les solutions RH, Open Health dans le domaine de la santé, Conex pour la digitalisation des process ou encore Itesoft pour les procédures douanières. Une cinquantaine de solutions tierces sont déjà annoncées disponibles sur Bleu.