Mike Capone annonce son départ après huit ans à la direction de Qlik
Alors que l’IA s’impose comme la tendance dominante dans le domaine des données et de l’analyse, le dirigeant de l’entreprise quitte ses fonctions après avoir mené à bien la transition vers le cloud et mis en place des capacités d’intégration des données et d’IA.
Mike Capone
Mike Capone quitte son poste de CEO de Qlik. Mike Lipps, président du conseil d’administration de Qlik, a été nommé PDG par intérim pendant que le conseil d’administration de l’entreprise recherche un successeur permanent, selon un porte-parole de Qlik.
Le départ de Mike Capone intervient un peu plus de deux semaines après la tenue de Connect, la conférence annuelle des utilisateurs de Qlik à Kissimmee, en Floride. L’éditeur d’origine suédoise installé en Pennsylvanie a dévoilé des fonctionnalités liées à l’IA agentique. Elles doivent aider ses clients à générer des indicateurs clés, ainsi qu’à développer, déployer et gérer leurs propres agents et autres applications d’IA.
« Après plus de huit ans à la tête de Qlik, j’ai pris la décision difficile de quitter mes fonctions, estimant que le moment était venu », déclare Mike Capone sur LinkedIn. « Diriger Qlik a été un véritable privilège. J’ai eu la chance de travailler aux côtés d’amis et de collègues profondément dévoués, de clients qui nous ont poussés à nous améliorer, et de partenaires qui ont aidé Qlik à aller plus loin que nous n’aurions pu le faire seuls ».
Sous la direction de Mike Capone, Qlik a complété son catalogue de produits analytiques avec des capacités d’intégration de données et d’IA.
Les analystes saluent le bilan de Mike Capone, malgré les embûches
Mike Capone a été nommé CEO de Qlik en janvier 2018 après avoir occupé pendant trois ans le poste de directeur des opérations chez Medidata Solutions (société acquise par Dassault Systèmes en 2019).
Sa démission intervient à un moment où les secteurs de la gestion de données et l’analytique sont en pleine évolution. Quand Mike Capone a rejoint Qlik, l’analytique en libre-service, soutenue par de solides visualisations de données, représentait la pointe de la technologie BI.
Qlik était considéré comme l’un des principaux éditeurs de BI, mais a été racheté en 2016 par la société de capital-investissement Thoma Bravo pour 3 milliards de dollars. Il a ainsi été sorti de la cotation boursière pour se convertir au cloud, à l’abri du regard scrutateur du marché. Qlik a lancé Qlik Sense Cloud Business en 2016, qui a été remplacé en 2019 par Qlik Sense Business, une version SaaS entièrement gérée de la plateforme d’analytique.
En janvier 2022, après un processus de réorganisation et d’expansion de cinq ans visant à ajouter des capacités d’intégration de données grâce à une série d’acquisitions, Qlik a déposé un dossier auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) en vue d’une introduction en bourse. Cependant, l’incertitude économique a retardé les projets de Qlik, puis le lancement de ChatGPT par OpenAI en novembre 2022 a déclenché un bouleversement pour tous les éditeurs de gestion de données et d’analytiques.
Depuis, éditeurs et clients se concentrent sur l’usage de l’IA générative et agentique. La plupart des acteurs du marché estiment que la BI traditionnelle sera remplacée par des agents IA capables de générer des tableaux de bord ou d’appeler les dashboards de référence. La couche sémantique, autrefois orchestrée au niveau de la suite analytique, est amenée à rejoindre les plateformes de datawarehousing ou les fameux lakehouse.
Qlik a suivi la tendance et cherche à infuser l’IA au cœur de ses activités.
« Mike Capone a mené une évolution à deux volets chez Qlik », note, David Menninger, analyste chez ISG Software Research. « Premièrement, il a supervisé la transition d’un modèle de distribution de logiciels sur site et de licences perpétuelles vers un modèle de licences par abonnement de type SaaS. Deuxièmement, il a supervisé l’élargissement de l’activité de Qlik, de l’analytique, puis l’analytique et l’intégration de données, pour finalement s’étendre également à l’IA ».
Selon Mike Leone, analyste chez Moor Insights & Strategy qui a suivi Qlik tout au long du mandat de Mike Capone, c’est peut-être dans le domaine de l’IA agentique que l’éditeur s’est démarqué sous sa direction.
« Ce qui m’a le plus impressionné, c’est le virage vers l’IA agentique opéré au cours des 18 derniers mois qui s’est concrétisé plus rapidement et avec plus de cohérence que ce que j’ai pu observer chez la plupart de ses pairs dans le domaine de l’analytique traditionnelle », affirme l’analyste
En outre, la croissance du chiffre d’affaires, l’intégration réussie d’une série de sociétés acquises et la constitution d’une solide équipe de direction comptent parmi les réalisations notables de l’ex-dirigeant, poursuit-il.
« Mike Capone a dirigé Qlik pendant une période peu enviable », ajoute Donald Farmer, fondateur et directeur du cabinet de conseil TreeHive Strategy. L’analyste a été vice-président chargé de l’innovation et de la conception chez Qlik de 2011 à 2016. « Les rachats par endettement (LBO) par des fonds d’investissement privés sont une expérience notoirement difficile pour le personnel, les clients et les partenaires. Et avec l’évolution des conditions du marché, cette période a été particulièrement complexe », souligne-t-il. « M. Capone a su maintenir la cohérence de l’entreprise et de sa plateforme technologique, ce qui a dû représenter un défi de taille ».
Outre Qlik, des éditeurs de gestion de données et analytiques bien établis tels qu’Alteryx, Sisense, Snowflake, Tableau et ThoughtSpot ont tous changé de CEO au cours des dernières années. Chaque fois, la prépondérance de l’IA dans les feuilles de route a justifié en partie ces changements de direction.
Parallèlement, d’autres entreprises spécialisées, notamment Confluent et Informatica, ont été rachetées respectivement par IBM et Salesforce, tandis que Fivetran et DBT Labs ont choisi de fusionner. Avec les coûts élevés du développement lié à l’IA, rivaliser avec les éditeurs et fournisseurs offrant une plateforme de bout en bout devient de plus en plus complexe. D’autant que les entreprises ont tendance à réduire le nombre de solutions pour gérer leurs données.
« Alors que l’IA et les technologies autonomes redessinent le monde, les organisations qui sauront saisir cette opportunité seront celles capables de transformer des données fiables en actions concrètes », écrit Mike Capone sur LinkedIn. « Je suis convaincu que Qlik est parfaitement positionnée pour aider ses clients à faire exactement cela ».
De la BI à l’IA : le défi du prochain dirigeant
Bien que Qlik ait refusé de préciser les qualités et l’expérience recherchées chez son futur CEO, il est probable que le prochain dirigeant de l’entreprise soit une personne convaincue du rôle de Qlik en tant que couche de connexion pour l’IA, selon Mike Leone.
Lorsque le PDG de Snowflake, Frank Slootman, a quitté ses fonctions en février 2024, c’est Sridhar Ramaswamy qui l’a remplacé en tant que CEO. Il occupait le poste de vice-président senior chargé de l’IA chez Snowflake depuis neuf mois après avoir rejoint l’entreprise en 2023. Il avait revendu sa société Neeva au fournisseur du Data Cloud. Elle éditait une solution de recherche Web. Depuis lors, Snowflake a rattrapé son retard et a accéléré sa feuille de route pour lancer des solutions et des outils d’IA.
De même, ThoughtSpot et Tableau, entre autres, se sont concentrés sur l’IA et ont suivi les dernières tendances en matière de développement de l’IA à mesure que leur direction changeait.
« J’espère que Qlik recrutera quelqu’un qui maîtrise parfaitement l’ensemble de la pile de données et d’IA. Il faut que son expertise aille bien au-delà de l’analytique », insiste Mike Leone de Moor Insights & Strategy. « L’avantage concurrentiel de Qlik réside désormais dans le lien entre l’intégration des données, la gouvernance et l’exécution agentique », poursuit-il. « Le prochain dirigeant devra être capable d’avoir une vue d’ensemble et d’établir des priorités à tous les niveaux ».
Ce lien entre IA agentique, gouvernance de données et analytique devrait être le point numéro 1 sur la feuille de route de l’éditeur. De même, il devra améliorer et la communication relative à ses capacités d’ingénierie des données rassemblées au sein de l’offre Open Lakehouse.
« Qlik et les autres éditeurs analytiques sont confrontés à une concurrence sur plusieurs fronts », explique David Menninger d’ISG. « Outre le fait de guider Qlik à travers ce paysage concurrentiel, le nouveau dirigeant devra également naviguer sur les marchés financiers, en ouvrant la porte aux investisseurs ».
« La clé de l’avenir de Qlik, et de nombreux autres éditeurs BI, réside dans la manière dont ils abordent le monde de l’IA », résume-t-il. « Tout comme Qlik a dû gérer la transition des solutions sur site vers le cloud, l’entreprise doit désormais réussir la transition de la BI vers l’IA ».
Cet article est une adaptation d’un article initialement publié sur SearchBusinessAnalytics
