La face cachée de l'OpenWorld 2017 : BYOL, annonces hardware et un IaaS qui séduit les français

Digora, le spécialiste alsacien d'Oracle, s'est rendu comme chaque année à l'OpenWorld avec une délégation française. En observateur éclairé, à la fois proche et indépendant d'Oracle, son DG souligne que le plus important dans cette édition 2017 n'est pas forcément ce qui a fait le plus de bruit.

Et si les annonces les plus importantes d'Oracle cette année lors de sa grand messe de San Francisco n'était pas la Blockchain as a Service, ou l'AI à tous les étages ? Et si parmi ces annonces, la plus intéressante pour les DSI n'avait même pas été faite à l'Open World, mais quelques jours plus tôt ?

Ce serait curieux. Et pourtant c'est le cas.

Car à bien y réfléchir, le Bring Your Own Licence (BYOL) est en effet la nouveauté qui risque d'avoir le plus de répercussions sur les dépenses et sur les décisions à venir des DSI des clients de l'éditeur/constructeur.

BYOL, la vraie grosse annonce 2017 de l'OpenWorld

« Le BYOL est un point capital. C'est un élément qui peut devenir clef pour l'adoption du Cloud d'Oracle  », analyse Gilles Knoery, Directeur général de Digora, dans un entretien au MagIT.

Pour rappel, le BYOL consiste à pouvoir transférer des licences sur site existantes vers le Cloud. « Nous avons l'exemple d'un client qui a acheté une machine Exadata°», illustre Gilles Knoery. « Il en est très content. Mais la machine (l'appliance) arrive au bout de sa durée de vie. Une des solutions récentes proposées par Oracle est de ne pas racheter un Exadata mais de souscrire à une appliance Exadata Cloud at Customer. Le problème est que jusqu'à présent, cette offre incluait les licences ce qui faisait doublon avec celles comprises dans l'Exadata. Financièrement c'était difficile. Maintenant, avec des machines Cloud at Customer sans licence et le BYOL, l'équation est différente°».

Même si cela n'a pas d'influence réelle pour les nouveaux clients Oracle, ce BYOL peut changer le marché existant des appliances Oracle en France. « Cela va pousser très fort dans le Cloud », prédit le dirigeant de Digora.

A cela s'ajoute que même s'il est possible de porter des licences sur le IaaS d'un concurrent, Oracle garde un droit de regard sur ces options en fixant unilatéralement les conditions tarifaires. En début d'année, Oracle a par exemple quasiment doublé les prix de ses bases hébergées sur une infrastructure AWS. «°Oracle peut changer les règles du jeu du jour au lendemain°», confirme Gilles Knoery.

Cette double incitation - bâton et carotte - est d'autant plus importante que le marché est en phase de test du IaaS et du PaaS d'Oracle (et donc de choix) et pas encore dans celle de la réelle mise en production massive.

«°Bandai NAMCO (NDR : un éditeur de jeux vidéo) est en train de migrer. Cela se passe bien, mais c'est vraiment le premier que nous ayons sur ce genre de projet°».

Oracle 18c : « très intéressant », mais une mise en production a priori « lointaine »

Oracle positionne son PaaS comme une plateforme complémentaire de son SaaS pour y développer des spécifiques. Il le présente également comme un outil clef pour la « modernisation » des SI grâce à ses bases de données « à la demande » (DBaaS).

Le problème, derrière les discours très volontaires du fondateur Larry Ellison, c'est qu'il est presque impossible, de passer d'une base Oracle DB sur site vers le DBaaS dès lors qu'on prend en compte l'applicatif.

« Il est très difficile de monter une application existant dans le PaaS. Il y a trop de contraintes techniques°», constate, pragmatique, Gilles Knoery. « Les ERP (JD Edwards, eBusiness Suite, etc) sont très sensibles à la version de la base. Or quand vous allez dans le PaaS, vous ne maîtrisez plus la version. C'est Oracle qui va à son rythme°».

Les deux seules options viables seraient de repasser par le IaaS (en virtualisant l'application ET la base) ou de migrer directement vers la SaaS en recodant entièrement les spécifiques (« mais c'est une autre application»).

Ce problème du DBaaS (et du PaaS) se pose également pour la "star" de l'OpenWorld 2017 : la 18c, une base "autonome" grâce au Machine Learning et à l'Intelligence Artificielle.

« D'habitude quand les annonces sont faites à l'OOW, la mise en oeuvre est rapide. Là, Larry Ellison parle de mai 2018, c'est assez lointain°», s'interroge Gille Knoery. «°Et c'est la base dans le Cloud. Elle ne peut être autonome que si elle est dans ce Cloud d'Oracle. Le Machine Learning apprend de toutes les instances en production, détermine les meilleures pratiques et les applique sur les bases qui tournent. Tout cela ne peut se faire que dans le PaaS°».

La 18c dans sa version "vraiment autonome" ne devrait donc, dans un premier temps, n'être un choix plausible que pour de nouveaux projets - pour les limitations évoquées du PaaS. « °Pour des projets existants cela se fera dans minimum 5 ans... voire jamais°».

Ceci étant, sur le fond, Gilles Knoery trouve très intéressante cette avancée de l'AI appliquée aux SGBD. «°Automatiser le travail du DBA, c'est le sens de l'Histoire°». Mais, en résumé, l'Histoire devrait prendre son temps.

ODA X7 et Exadata X7, annonces discrètes mais un marché réel

Certes, Oracle pousse vers le Cloud et des clients préviennent déjà que c'est la dernière fois qu'ils achètent du Hardware pour leur datacenter. Mais malgré tout, «°le métier se fait encore là°», constate le Directeur Général de l'ESN. Gille Knoery explique ce décalage entre le discours d'Oracle et le marché réel par l'inertie inévitable entre une nouvelle direction stratégique et sa réalisation concrète. «°La durée de vie d'un serveur est entre 3 et 5 ans, on verra donc à ce moment là [comment prend le Cloud]°».

D'autant plus que «°tout le monde n'a pas besoin de la puissance ou de l'ultra-souplesse du Cloud, qui a un prix élevé et une tarification complexe et pas toujours prévisible°».

L'ESN n'attend cependant pas les bras croisés. Elle modifie son métier, en allant doucement mais surement vers le service (et en passant un partenariat avec Equinix, leader du datacenter et de l’interconnexion), en prévision d'un monde plus Cloudifié mais pas forcément simplifié. L'hybridation, le multi-Cloud voire des retours depuis le Cloud vers des architectures sur site devraient composer, demain, un paysage IT encore plus complexe auquel s'ajoute de nouvelles problématiques réseaux pour assurer la disponibilité des applicatifs.

Dans ce contexte, même si le hardware est de plus en plus loin du "Core Tech" d'Oracle (logiciel et Cloud) - comme le montrent également la mort annoncée de Solaris et de Sparc ou le feuilleton ZFS - deux sorties ont marqué Gille Knoery : celle de ODA X7 et de Exadata X7.

«°C'est plus discret (NDR : que les nouvelles - et dernières ? - puces Oracle). Mais le DSI se préoccupe moins de ce qu'il y a dans l'appliance que des performances, ou d'avoir un interlocuteur unique, ou de pouvoir cantonner ses licences sur ces machines°».

Plus discret, donc, mais pas moins attendues par les clients français. « Et il y a des choses vraiment intéressantes que ce soit du côté de l'extrême performance de l'Exadata X7 ou dans la facilité de l'ODA X7°».

Du temps de la découverte à celui des premières réalisations pour les clients français

Quant aux DSI eux mêmes, Digora a constaté une double évolution de leurs maturités face aux évolutions d'Oracle.

« L'année dernière, à San Francisco, nous n'avions pas de vrais projets de migration vers le IaaS. Là nous en avons plusieurs°» se réjouit Gille Knoery.

En résumé : si 2016 a été l'année de la découverte, 2017 restera donc celle où les réalisations ont vraiment démarré en France.

Mais, prévient Gilles Knoery, tout n'est pas aussi simple que ce qu'Oracle laisse entendre. Une courbe d'apprentissage est plus que jamais nécessaire. «°Le client au fin fond de la Bretagne ou de l'Alsace va devoir commencer à étudier le réseau. Il commence déjà à parler milliseconde, temps de latence, bande passante, prix réseau°».

Il y a aussi de fortes chances que ces mêmes clients se rendent compte qu'avec le IaaS, le PaaS et le SaaS, ils vont devoir migrer leurs infrastructures pour être au plus proche des clouds publics qu'ils utilisent (Office 365, Oracle Cloud, etc.). En mettant leur existant sur site chez un Equinix par exemple. Conséquence, «°les centres de données que nos clients exploitent depuis des années risquent de devoir fermer. C'est une tendance qui est de plus en plus évidente°».

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