Reporting financier : Decathlon abandonne Oracle pour Qlik

L’enseigne de produits sportifs renouvelle son infrastructure décisionnelle vieillissante. OBIEE fait désormais place à Qlik Sense dans une architecture portée par le cloud public d’AWS, mais dont elle ne dépend pas.

Champion du secteur de la distribution d’équipements de sport, Decathlon compte 1 667 magasins dans 59 pays et 93 000 collaborateurs dans le monde. Comme désormais l’ensemble des enseignes de distribution, Decathlon mène une transformation numérique qui doit faire de l’enseigne une véritable plateforme dédiée à l’écosystème du sport. Pour porter cet effort, la DSI mène une modernisation de ses infrastructures et tout particulièrement les briques de son système d’information liées aux données.

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Historiquement, pour son reporting, Decathlon utilisait Oracle Business Intelligence Enterprise Edition (OBIEE), tant pour ses données comptables que pour l’activité Retail ou pour évaluer les performances économiques de ses points de vente. Cette solution était néanmoins jugée vieillissante en interne et de moins en moins en phase avec la nouvelle stratégie Data de l’enseigne. À l’échelle mondiale, le service Finance de Decathlon disposait de 8 000 rapports sur OBIEE pour 1 200 utilisateurs.

Les futurs utilisateurs ont participé au choix de la solution

En 2018, la décision de remplacer cette infrastructure décisionnelle est prise. Divers outils sont alors évalués. Marine Gravelaine, Product Owner de la solution Qlik Sense chez Decathlon explique ainsi les enjeux de ce renouvellement de solution : « nous cherchions un outil ergonomique et intuitif avec une grande facilité de prise en main et peu de formation pour le maîtriser. Nous souhaitions des fonctions de self-service afin de donner la main aux métiers pour développer de nouvelles visualisations et créer de la valeur ».

« Nous souhaitions également un rafraîchissement de la donnée adapté à notre besoin », continue-t-elle. Entreprise mondialisée, Decathlon a tout particulièrement veillé aux capacités de gestion multipays, à la gestion des droits utilisateurs, et à la capacité de la solution à gérer de fortes volumétries tout en gardant de bonnes performances en période de clôture comptable.

La démarche de sélection est initiée avec un appel d’offres (RFI) auprès des leaders du marché en octobre 2018.

« Un processus permet aux métiers de créer directement des rapports et des visualisations en toute autonomie. »
Marine GravelainDecathlon

Ce RFI a été suivi d’un RFP (Request for Proposal) sur une liste plus restreinte d’éditeurs. De janvier à mars 2019, des preuves de faisabilités sont menées sur l’ensemble des outils sélectionnés qui sont tous mis dans les mains des utilisateurs finaux.

En mars 2019, la solution Qlik est finalement choisie pour le reporting financier. « Trois critères ont fait la différence » justifie Marine Gravelaine. « D’une part, l’ergonomie a été validée par les métiers lors des ateliers de prise en main. Le deuxième critère était d’accompagner la transformation du service finance avec un self-service gouverné. Celui-ci nous a permis d’écrire un processus permettant aux métiers de créer directement des rapports et des visualisations en toute autonomie ». Quant au troisième atout en faveur de la solution suédoise, la fluidité de navigation dans les données (grâce au stockage in-memory) et le modèle de stockage associatif implémenté dans Qlik Sense permettent, selon la Product Owner, une navigation naturelle.

Donner de l’autonomie aux métiers tout en gardant le contrôle

L’intégrateur spécialisé ACSSI a accompagné Decathlon dans la mise en place de la plateforme de préproduction en mai 2019, puis de la plateforme de production en août 2019.

Depuis octobre 2019, les lots sont développés et livrés de manière incrémentale par l’équipe projet, avec des rapports locaux pris en charge par les équipes métiers avec un accompagnement de l’équipe projet.

Visuel d'une application Qlik chez Decathlon
Decathlon travaille actuellement avec l'intégrateur ACSSI sur l'aspect visuel des applications, en exploitant les capacités de mashup, et pour intégrer les visuels Qlik dans un portail Web.

Il a été décidé avec les métiers de ne migrer que 300 rapports sur les 8 000 rapports initialement disponibles sur OBIEE. Seuls les rapports communs à l’ensemble des pays sont migrés par l’équipe projet. Aux équipes métiers de développer les rapports complémentaires dont ils ont besoin.

Un processus est aussi mis en place pour donner de l’autonomie aux équipes métier sur Qlik. « Lorsqu’un comptable a besoin d’une nouvelle visualisation ou d’un nouvel indicateur sur un rapport existant, il va se tourner vers un Super Utilisateur (SU) qui évalue la pertinence de son besoin. Celui-ci va alors développer le rapport ou l’indicateur et le mettre en production sans devoir repasser par la DSI », résume Marine Gravelaine.

Un Super Utilisateur a été nommé pour chaque pays et un comité des Super Utilisateurs se réunit de manière régulière pour faire un point sur les évolutions à apporter au niveau global.

Une modification au niveau local n’est accessible qu’aux utilisateurs d’un même pays. Si celle-ci présente un intérêt pour les autres pays, le comité des SU va prendre en charge sa maintenance et va l’intégrer aux applications « Master » sur l’environnement de préproduction. La DSI assure ensuite la mise en production du rapport.

Dans un futur proche, des « Key Users » ou des équipes projet pourront développer d’autres applications à partir de données existantes. Ils disposeront d’un catalogue de fichiers QVD (QlikView Data, fichiers de données répliquées dans Qlik Sense) pour créer leurs nouveaux rapports.

Les nouvelles applications créées dans l’environnement de préproduction devront passer les contrôles d’une « douane » qui s’assurera du respect des normes de développement et de la cohérence ainsi que de l’optimisation de la modélisation avant la mise en production par la DSI.

Une infrastructure cloud totalement scriptée

L’architecture mise en place par Decathlon se répartit entre un Data Lake AWS S3, un volet stockage et alimentation en données (sous forme de fichiers QVD découpés par mois et par pays) et enfin les applications Qlik.

L’alimentation des QVD est réalisée par un rechargement complet pour une durée précise, ou une mise à jour des deltas.

Les applications sont mises à jour soit directement après la mise à jour des QVD via l’ordonnanceur, soit à la demande (ODAG), de manière ponctuelle, en fonction du besoin.

L’infrastructure de production, elle, est entièrement scriptée. Les nouveaux serveurs sont déployés automatiquement et l’infrastructure peut être recréée intégralement en quelques clics. Elle est totalement multinœuds et dispose d’une instance de Fail Over pour pallier une panne sur le moteur central de l’infrastructure.

L'architecture Qlik déployée par Decathlon sur AWS.
L'architecture Qlik déployée par Decathlon sur AWS.

La plateforme est monitorée par la solution Open Source Prometheus. Et un système de tableau de bord Grafana et de génération d’alertes est en place.

Résultat, la DSI dispose d’un suivi en quasi temps réel de la consommation RAM et CPU de chaque serveur, de même que l’état des espaces disques.

Si l’ensemble de l’architecture est porté par le cloud public d’Amazon Web Services, Marine Gravelaine souligne que cette architecture n’est pas dépendante d’un cloudiste. Un plan de réversibilité a même déjà été élaboré pour assurer une migration simple vers un autre fournisseur d’infrastructures. Au cas où.

Des applications et fichiers de données déployés automatiquement pour 70 pays

Pour optimiser les coûts de fonctionnement, les fichiers QVD et les applications ont été découpés par pays. Une même application analytique Qlik est ainsi déclinée en 70 applications, accompagnée de 70 versions du fichier QVD.

« Un tel nombre de duplications n’était pas envisageable manuellement. Nous avons exploité les API QRS (Qlik Sense Repository) et Qlik Engine pour industrialiser ce processus de déploiement. Deux applications de génération de QVD ont été écrites, selon qu’il s’agit de générer l’intégralité du fichier de données (mode FULL) ou simplement le mettre à jour avec de nouvelles données (mode DELTA) », précise la responsable.

Les applications Qlik communes dans le Master sont dupliquées pour chaque pays avec un nommage qui permet de savoir sur quelles données elle travaille, avec un code pays et une profondeur d’historique dans le nom. Le code pays permet en outre à l’architecture d’accorder les droits d’accès adéquats aux utilisateurs.

Ainsi, l’utilisateur d’un pays qui se connecte à Qlik Sense ne voit que les applications qui le concernent.

Les futurs chantiers auxquels s’attèle aujourd’hui l’équipe projet de Décathlon portent sur l’accroissement de l’autonomie des métiers ainsi que sur l’intégration d’applications Qlik au portail Web de l’enseigne. Autre objectif en cours de réalisation : optimiser la plateforme pour améliorer les montées en charge en période de forte activité et améliorer la résilience de ses systèmes.

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