Yves de Talhouët, HP : "la plupart des DSI prévoient un budget 2010 en baisse"

Le Pdg de HP France explique combien la crise a profondément affecté les activités du groupe dans l'Hexagone. Mais, malgré l'importante restructuration en cours dans la filiale, il juge déplacé les procès qui sont faits au groupe, accusé de vouloir délocaliser sa R&D française vers des pays à bas coût. Yves de Talhouët estime que, notamment via le rachat d'EDS qui renforce le groupe sur les grands contrats d'infogérance, HP a les moyens de rebondir, même dans un marché hexagonal relativement anémique.

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LeMagIT : L'actualité de HP a été marquée par la restructuration interne ainsi que celle liée au rapprochement avec EDS. A quelle échéance pensez-vous que la filiale aura achevée sa réorganisation ?

Yves de Talhouët : Cette restructuration est évidemment liée à la baisse de notre chiffre d'affaires, la crise affectant le secteur IT comme les autres. Quand on vend des produits, l'impact est important : cette baisse s'échelonne entre 20 et 30 % et aucun segment n'échappe à la crise, ni le grand public, ni les PME, ni les grandes entreprises. La France étant d'ailleurs plutôt dans le haut de cette fourchette, donc plutôt aux alentours de - 20 %. A l'inverse, sur les activités de services, le chiffre d'affaires est plutôt stable, même s'il recule légèrement.

En plus, dans cette crise, la sensibilité aux prix s'est accrue chez les consommateurs. Ce qui veut dire que les produits d'entrée de gamme connaissent un essor bien supérieur à ce qu'on observait il y a quelques mois. Ce qui conduit à une bipolarisation des gammes : l'entrée de gamme monte en puissance et un certain nombre de clients, aux exigences techniques très fortes, continuent à se tourner vers le haut de gamme. Le milieu de gamme, lui, a tendance à s'effondrer.

La façon dont on a réagi à cette baisse a été de se projeter sur un horizon moyen terme, de 18 à 24 mois, pour décider des adaptations à effectuer pour être en ligne avec l'activité. Les réorganisations ont pour objectif de simplifier la structure interne du groupe, de s'ajuster par rapport aux éléments ci-dessus et de renforcer notre compétitivité. Car, malgré la crise, des acteurs d'extrême-Orient continuent à se positionner de façon très dynamique.

Suite aux négociations avec les partenaires sociaux dans le courant de l'été, nous avons abouti à un protocole, un engagement de méthode sur le calendrier, les grandes masses en jeu et les mesures d'accompagnement. Protocole qui a été signé par la quasi-totalité des syndicats. Aujourd'hui, on passe à la mise en œuvre de ce dispositif. On pense conclure ce processus un peu avant la fin d'année.

J'ajoute que certaines activités résistent bien à la crise. On souhaite les préserver pour que l'entreprise ait la plus forte capacité de rebond possible. C'est notamment le cas de la plupart des activités à destination des entreprises.

LeMagIT : Quel était votre scénario d'ici 18 à 24 mois ? Le niveau d'activité de cette rentrée valide-t-il ce scénario ?

Y.de.T. : Le marché a connu une baisse très forte fin 2008, début 2009. Le point bas a été atteint cet été et, depuis, on assiste à une stabilisation. On espère une remontée lente de notre chiffre d'affaires. Mais, avant de retrouver le niveau de 2008, on prévoit qu'il s'écoulera entre deux à trois ans. C'est ce qu'on constate aujourd'hui. La plupart des DSI que je rencontre prévoient un budget 2010 en baisse par rapport à 2009.

LeMagIT : Les cabinets d'études estiment que la croissance reviendra en Asie et en Amérique du Nord, mais que ce sera beaucoup plus lent en Europe. Quelles sont les conséquences de ces différentiels de croissance à l'intérieur d'un groupe international comme HP ?

Y.de.T. : La reprise des investissements concerne avant tout les activités produits. Et, effectivement, on constate une hausse en zone Asie, une reprise qui débute sur le continent américain et une zone en difficulté, l'Europe. Mais, dans les services, la perspective est presque inverse : cette activité est plutôt stable sur l'ensemble des géographies et HP continue à signer de gros contrats de services en Amérique du Nord et en Europe. A l'opposé de l'Asie, où les entreprises sont plutôt en phase d'équipemement que de rationalisation.

En Europe, ce que l'on perd en termes de ventes de serveurs ou de stockage, on pense pouvoir le retrouver via la signature de contrats d'externisation. C'est pourquoi la modification du profil du groupe, avec le rachat d'EDS, est arrivé au bon moment. Désormais HP réalise entre 30 et 31 % de son chiffre d’affaires dans les services pour les trois derniers trimestres 2009.

En France, nous avons notamment signé une lettre d'intention avec le groupe Alcatel-Lucent. En Grande-Bretagne, HP a également remporté un très gros contrat avec l'assureur Aviva. Ces scénarios de reprise totale ou partielle d'une informatique sont intéressants pour les donneurs d'ordre en période de croissance faible ou de décroissance, parce qu'une entreprise comme HP a la capacité à variabiliser les dépenses informatiques d'un client de façon beaucoup plus efficace que le client lui-même.

LeMagIT : Le rachat d'EDS vous permet donc de défendre vos positions sur les marchés matures, comme les Etats-Unis et l'Europe...

Y.de.T. : On ne peut pas parler que d'un mouvement purement défensif. Par exemple, sur le contrat Aviva, on reprend une base installée qui est majoritairement IBM.

LeMagIT : Y-a-t-il encore une place pour la France dans la R&D de HP, les syndicats du groupe dénonçant dans la restructuration des délocalisations masquées de ces activités ?

Y.de.T. : Je ne souscris pas à cette image que je trouve caricaturale. L'essentiel de notre R&D aujourd'hui se porte dans le logiciel. En France, on trouve des ingénieurs de talent et une industrie dynamique. HP, comme d'autres, a des unités de développement en France. Et il n'y a pas de volonté de les supprimer.

Par contre, HP étant une entreprise globale, ces activités sont gérées internationalement et nous cherchons à créer des centres ayant une masse critique ou à rassembler des activités autour d'un pôle de compétences particulièrement fort. En France, nous ne devons pas regarder ce mouvement en se posant en victime, mais au contraire se montrer proactif et se battre pour faire reconnaître notre expertise.

Aujourd'hui, au niveau du groupe, il n'y pas de grand labo en France. On en trouve en Russie, en Israël, en Grande-Bretagne pour la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique, ndlr). C'est historique : la France n'a jamais hébergé un de ces grands centres. Dans l'Hexagone, on trouve soit des activités plus petites dépendant de ces labos, soit du développement embarqué dans les divisions.

LeMagIT : La baisse des salaires, une politique décidée par le groupe, a été mal vécue en France. Comment fait-on pour adapter un contexte de multinationale américaine à la culture française ?

Y.de.T. : Un de mes rôles, c'est aussi de "vendre" la France aux dirigeants du groupe, un pays où HP peut trouver de nombreux grands clients, une éducation très bonne et une industrie du logiciel dynamique. C'est donc un pays où on peut investir de façon sereine. J'ai d'ailleurs obtenu que le groupe investisse dans la région de Lyon plusieurs dizaines de millions dans un datacenter moderne et qui héberge non seulement des clients français, mais aussi des clients paneuropéens.

En plus de ce travail d'ambassadeur, j'ai également un travail explicatif auprès des dirigeants du groupe pour clarifier les spécificités de la mise en œuvre de certaines mesures. Pour autant, la France ne peut pas s'extraire du monde économique et des contraintes qui pèsent sur toutes les entreprises.

LeMagIT : Le plan social en cours doit aboutir à la suppression de 750 postes au sein de HP France. Pensez-vous que le volontariat suffira ?

Y.de.T. : On fera tout ce que l'on peut pour cela. Avec des mesures de mobilité, des délais pour laisser aux gens le temps de mûrir leur projet, des mesures d'accompagnement ou des discussions éventuelles avec des repreneurs de certains pans de l'activité.

J'espère tourner la page de cette restructuration le plus vite possible, pour que la filiale soit en ordre de marche et capable de devancer la tendance du marché - soit une reprise qui s'annonce très progressive.

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