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« Nous sommes aujourd'hui le n°3 mondial des réseaux d'entreprises » (Dell-EMC)

Dans un entretien avec LeMagIT, Dominique Vanhamme explique la stratégie réseau de Dell EMC dans le cadre de la fusion entre les deux géants de l'IT. Il revient aussi sur les approches du constructeur en matière de virtualisation réseau, d'open networking et de convergence.

LeMagIT s'est récemment entretenu avec Dominique Vanhamme, le directeur général de l'activité réseaux d'entreprise de Dell EMC pour la zone EMEA, afin de faire le point sur la stratégie de Dell EMC en matière de réseau alors que le constructeur a récemment fusionné avec EMC.

Dominique Vanhamme revient avec nous sur les axes de développement de l'activité réseau de Dell EMC et sur l'émergence des approches open networking visant à découpler équipements réseaux et systèmes d'exploitation. Il fait aussi le point sur les possibilités d'intégration de l'offre réseau de Dell avec les offres convergées et hyperconvergées du nouveau Dell EMC et sur l'émergence de débits plus rapides au sein des datacenters notamment la nouvelle hiérarchie 25/50/100 Gigabit Ethernet.

LeMagIT : Où en est l’offre Force10 que Dell a racheté il y a maintenant cinq ans et quel va être le rôle de cette offre dans le cadre du nouveau Dell EMC ?

D. Vanhamme : Depuis le rachat, nous avons complètement réactualisé notre gamme d’équipements réseau. Il n’y a plus aucun produit Force10 ou Dell Powerconnect, toutes nos offres sont commercialisées sous la marque Dell Networking. Toutes nos gammes ont été systématiquement mises à jour et nous avons optimisé les roadmaps, que ce soit pour les commutateurs de datacenter ou les commutateurs de Campus. Nous sommes aujourd'hui le 3e acteur mondial du réseau d'entreprise.

Ce qui subsiste de l’offre historique de Force10 est son OS et bien sûr l’accent que nous avons toujours mis sur le haut débit, notamment le 10/40G. Nous poursuivons dans cette direction, car cela correspond à la demande sur le marché.

Aujourd’hui, notre stratégie est axée sur trois grands domaines. Tout d’abord la virtualisation, que ce soit pour les réseaux d’entreprises ou les réseaux d’opérateurs avec NFV, ensuite l’Open Networking et enfin la convergence et l’hyperconvergence.

Dominique VanHamme, Directeur général de
l'activité réseau de Dell EMC en Europe

LeMagIT : Sur l’open networking, Dell EMC a ouvert très tôt ses équipements à des systèmes d’exploitation réseaux tiers basés sur Linux. Quel est l’intérêt pour Dell EMC de cette approche ?

D. Vanhamme : Nous déployons notre stratégie « Open Networking » depuis mars 2013 pour proposer une architecture de commutateurs ouverte. On assiste à la même décorrélation du matériel et du logiciel dans le monde des commutateurs que ce à quoi on avait assisté dans le monde des serveurs il y a une quinzaine d’années.

Trois ans plus tard, les bénéfices identifiés sont là et la grande majorité de nos commutateurs permettent de charger un OS tiers. Nous continuons bien sûr à proposer sur nos équipements notre propre OS, aujourd’hui en version 9.7 et bientôt en v10. Mais la plupart de nos commutateurs permettent aussi de charger une pile tierce Linux, comme celle de Cumulus. Cumulus fournit une pile Linux que nos clients peuvent gérer et administrer comme ils gèrent leurs outils d’infrastructure standards, avec des outils tels que Chef ou Ansible. Depuis deux ans, nous avons vu émerger un grand courant d’automatisation avec des outils communs aux switchs et aux serveurs.

Cette approche est populaire chez les hébergeurs, les services providers… Selon nous, l’Open Networking peut aussi séduire le secteur public et les entreprises. L’erreur serait de croire qu’il faut des compétences en développement pour ce genre de déploiement alors que ce n’est pas le cas. Il faut certes des compétences Linux, mais elles sont désormais courantes. Et puis avec des acteurs comme VMware, Cumulus ou Big Switch, nous proposons de plus en plus d’architectures de référence. Enfin, Dell EMC assure le support de l’ensemble de la pile logiciel-matériel, même si l’OS n’est pas le nôtre. 

LeMagIT : Sur la partie convergence, il y a bien évidemment des intégrations possibles avec l’offre EMC ?

D. Vanhamme : Sur la partie convergence, nous regardons tout d’abord ce qu’il se passe dans le monde des serveurs, du réseau et du stockage et nous tentons d’accélérer les innovations technologiques entre les trois domaines. Dell EMC propose par exemple la plate-forme serveur FX2, qui est une plate-forme modulaire dans laquelle la partie réseau est étroitement intégrée et spécifiquement optimisée.

Avec les équipes EMC, nous regardons la manière dont le réseau peut contribuer à améliorer les offres. Il ne s’agit pas de remplacer une marque en place par une autre. Ce que l’on a fait depuis septembre est de regarder comment, au niveau architecture le réseau peut rendre la plate-forme plus efficace. On étudie ensuite quelles sont les intégrations spécifiques qui pourraient avoir du sens. Enfin, nous travaillons avec les équipes EMC sur l’élaboration des futurs produits. L’un des exemples de cette collaboration est Isilon Nitro [la baie NAS scale-out 100 % Flash qu’EMC vient à peine de lancer, N.D.L.R]. La solution dispose en interne de 8 ports 40G et permet des latences d’accès aux données de quelques centaines de microsecondes.

Pour l’hyperconvergence, nous mettons en avant des approches « Active Fabric » avec des architectures de niveau 2 avec quelques nanosecondes de latence réseau. Pour des architectures comme VxRail ou un cluster Nutanix, il ne sert à rien d’avoir une infrastructure routée avec de multiples commutateurs à traverser. Il faut une fabric aussi plate que possible. Depuis septembre, nous menons un travail important d’architectures de référence et de guides de configuration. L’objectif est de valider des architectures que nos clients et partenaires puissent utiliser et déployer en toute confiance.

LeMagIT : On voit un intérêt croissant des entreprises pour la virtualisation du réseau, notamment via les approches de microsegmentation poussées par VMware avec NSX. Comment voyez-vous ce marché ?

D. Vanhamme : Sur la partie virtualisation de réseau, nous sommes désormais certifiés NSX, tout comme Arista. Nous avons beaucoup investi sur VXLAN et travaillé sur des documents d’architecture NSX (comment déployer, quels guides de design et meilleures pratiques). Notre logiciel Active Fabric Manager permet de faire le lien avec NSX Insight. L’objectif est de donner à l’ingénieur réseau une visibilité sur la microsegmentation et vice versa. Nous aurons une mise à jour importante d’Active Fabric Manager en 2017 pour répondre aux demandes de nos clients sur ces aspects réseaux réel vs virtuel.

LeMagIT : L’un des débats de 2017 va être celui de la percée ou non des architectures réseaux 25/50/100 G en entreprises face aux hiérarchies traditionnelles 10/40/100G ?

D. Vanhamme : Il y a une forte pression sur les prix liée à la montée en débit. Le prix par port continue de baisser. Les architectures multirates 10/25/50/100 sont aujourd’hui au prix du 40G. À notre avis, il est donc prudent pour les clients d’investir dans du multirate. On veut accélérer d’un monde 40 G à un monde multirate. Nos derniers switchs sont ainsi vendus à 350 à 450 $ par port pour du 100G.

LeMagIT : Il n’en reste pas moins que les optiques à haut débit restent encore coûteuses, même si leur prix a fortement reculé…

D. Vanhamme : La baisse du prix des optiques aide à l’adoption des nouveaux équipements. Historiquement, les coûts cachés de câblage et de connectique étaient incroyables. Mais nous avons aujourd’hui en interne une routine bien établie d’optimisation des coûts de ces éléments de connectique. Nous évaluons de façon systématique la qualité des optiques et leur coût. La migration réussie vers le multirate passe par cette remise à niveau systématique de nos offres. Il y a des gains énormes à réaliser pour les entreprises.

Pour l’instant, on n’a pas vu débuter la transition vers le 25G en Europe. On ne pense pas que le marché devrait percer avant le second semestre 2017. À mon sens, le déploiement du 25G dans les entreprises se fera main dans la main avec celui des plates-formes Skylake [les futures plates-formes Xeon d’Intel], ce qui veut dire pas avant l’été 2017. 

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