Hyperviseurs : attendez vous à une surenchère sur les capacités réelles du stockage

La technologie VSAN est arrivée, et « Marvin » (le nom de code d’EVO :Rail, N.D.L.R.) est en embuscade. La relation entre hyperviseurs et stockage n'en est que plus trouble.

Cet article se trouve également dans ce contenu premium en téléchargement : STORAGE: Stockage Flash : évolution ou révolution ?

Mon excellent ami et respecté collègue, Marc Staimer, président et fondateur de Dragon Slayer Consulting, cabinet installé à Beaverton, dans l'Oregon, a réalisé un podcast sur SearchVirtualStorage qui a retenu mon attention. Ce n'est pas tant ce qu'il dit qui m'intéresse — car il prodigue, comme toujours, de sages conseils, dignes d'un Maître Jedi — mais plutôt le titre qui annonce le podcast et sa transcription : « VMware hypervisor swap-out means loss of data storage features » (Remplacer l'hyperviseur VMware implique une perte de fonctionnalité en matière de stockage des données).

Quelle que fût l'intention du rédacteur, ce titre doit être nuancé ; et ce sont ces nuances que je souhaiterais développer dans le présent article.

VIRTUALISATION : DE LA PERCEPTION A LA RÉALITÉ

Jon Toigo

Pour commencer, le titre laisse entendre que certains envisageraient de changer de fournisseur d'hyperviseurs ; un changement qui pénaliserait VMware.

En fin d'année dernière, l'éditeur de logiciels de sauvegarde Veeam Software commande un sondage portant sur 578 entreprises des Etats-Unis et d'Europe. Ce sondage conclut que près de 67 % des entreprises des Etats-Unis et jusqu'à 79 % des entreprises de France, d'Allemagne et du Royaume-Uni utilisent VMware. Les données semblent laisser entendre que VMware règne toujours en maître dans les entreprises de plus de 1 000 employés (celles échantillonnées dans le sondage).

Tout aussi intéressant, le même sondage révèle que la perception du succès en matière de consolidation des serveurs VMware est supérieure au succès réel.

Les entreprises considèrent qu'elles installent environ 10 serveurs virtuels par serveur physique, alors qu'en réalité la moyenne est moitié moindre. Mais, chiffre vraiment remarquable du sondage, 59 % des répondants déclarent envisager un changement de fournisseur principal d'hyperviseurs cette année. La majorité d'entre eux se déclarent déçus par les frais de licence que facture VMware, alors que certains mentionnent le gain de maturité des produits concurrents.

En creusant davantage du côté de ceux qui planifient la virtualisation des serveurs, j'ai examiné le troisième sondage annuel de DataCore Software sur l'état de la virtualisation. J'y ai découvert que 339 répondants sur les 477 citent les coûts liés au stockage comme un obstacle à la création de valeur à partir des initiatives de virtualisation des serveurs. Par ailleurs, 308 d'entre eux déclarent que l'inefficacité en matière de stockage freine les efforts visant à atteindre les niveaux de performances promis par les chantres des hyperviseurs.

Aussi, la première partie du titre SearchVirtualStorage semble se justifier : il y a effectivement une incitation à changer de fournisseur d'hyperviseurs. Et sachant que VMware se taille la part du lion sur le marché, nous pouvons supposer sans risque que ce changement se traduira en grande partie par l'abandon des solutions VMware au profit d'autres marques.

STOCKAGE VMWARE : DES FONCTIONS SURESTIMEES

En revanche, la seconde partie du titre me gêne davantage. Elle manque de subtilité lorsqu'elle suggère qu'abandonner VMware ferait perdre d'importantes capacités en matière de stockage ; pour reprendre le titre : changer d'hyperviseur impliquerait une « perte de fonctionnalité de stockage des données ».

A la lumière de l'expérience, il me semble que les « fonctions » de VMware en matière de stockage tiennent davantage de bugs introduits ou de correctifs rendus nécessaires par une architecture particulièrement médiocre.

D'entrée de jeu, VMware n'a pas été à la hauteur en matière d'E/S de stockage. Les blocage E/S légendaires créés par l'hyperviseur VMware n'avaient rien à voir avec l'(in)efficacité du stockage subordonné au serveur virtuel. N'importe quelle analyse des performances aurait révélé la surchauffe du processeur et des files d'attentes d'E/S vides.

Et cette unité centrale chauffée à blanc signifiait que le ralentissement du traitement des entrées/sorties était lié à un mauvais codage du micronoyau ESX.

La file d'attente inexistante signifiait, quant à elle, que l'infrastructure de stockage n'avait aucune difficulté à gérer les quelques rares E/S qui réussissaient à se frayer un chemin dans l'adaptateur de bus hôte ou la carte réseau, pour parvenir aux ressources de stockage.

Des moyens de contournements ont donc été mis en place, notamment un effort visant à décharger « jusqu'à 80 % » des E/S de stockage sur les contrôleur intelligents des baies de stocakge, afin que l'hyperviseur donne l'impression de mieux gérer le stockage.

En introduisant les API VAAI (vStorage APIs for Array Integration), VMware a annoncé que certaines activités, telles que la mise en miroir, pourraient s'exécuter plus efficacement sur un contrôleur de baie de stockage propriétaire. Ainsi, effectivement, VMware exposait sa clientèle à une dépendance vis-à-vis d'un constructeur, tout en introduisant des commandes non approuvées dans le saint des saints du comité T10 (subordonné à l'ANSI) : le format SCSI.

Ce procédé s'est répété quelques mois plus tard avec une VAAI de deuxième génération, une fois encore sans approbation des organismes de normalisation, ni notification à la communauté des constructeurs de matériel.

QUAND VMWARE SUCCOMBE AUX STANDARDS SCSI... POUR APAISER LES GRANDS COMPTES

Pour information, depuis lors, l'entreprise a soumis quelques-unes de ses « commandes SCSI novatrices » à l'ANSI, à des fins d'examen et d'approbation, en revendiquant que celles-ci « stimuleraient le processus de normalisation. »

Toutefois, des sources informées m'ont appris que cet élan de coopération de la part de VMware était moins motivé par une affinité avec les normes ouvertes, que par la volonté d'apaiser les grands comptes clients pour qui la conformité aux normes est incontournable.

Depuis lors, nous assistons à l'introduction d'architectures régressives, telles que VSAN et le stockage sur les serveur (connu également sous le nom de stockage à attachement direct ou DAS), tandis que les fervents supporters de l'hyperviseur attendent de l'entreprise le premier produit OEM axé sur le matériel (une version « produit » de VSAN impliquant différents constructeurs partenaires), dont le nom de code est Marvin (et qui depuis s’est concrétisé sous le nom d’EVO:Rail, N.D.L.R.).

Selon sa description actuelle, Marvin fournira un DAS intégré qui motorisé par VSAN, fonctionne uniquement avec la pile de son propre hyperviseur.

Sachant que les plus grandes entreprises disposent probablement de multiples hyperviseurs serveurs, ainsi que d'applications tournant sur des serveurs non virtualisés, nous voici donc revenus à l’ère des îlots de données – un problème que nous avions tenté d'enrayer avec les SAN à partir de la fin des années 90.

Il va également falloir des niveaux infinis de réplication et de mise en miroir des données, afin de prendre en charge la reprise sur incident et vMotion, en l'absence d'une installation de stockage persistante, issue d'une infrastructure de stockage partagée, et correctement développée et administrée.

Au risque de me répéter  : le stockage VMware serait-il mal administré ? vSphere fait-il ou non appel à l'architecture REST ? Oui et non.

Une architecture REST est bien présente. C'est ce que m'a affirmé une pointure en programmation de gestion RESTful. Mais elle est cachée derrière plusieurs couches d'API propriétaires, de sorte qu'elle est à peine utile.

CE QU'IL FAUT RETENIR

De mon point de vue, si vous renoncez à VMware au profit d'un hyperviseur serveur concurrent, ou si vous renoncez totalement aux hyperviseurs de serveurs, vous ne perdez pas grand-chose, tout du moins en matière de fonctions de stockage.

 

JON WILLIAM TOIGO a plus de 30 ans d’expérience dans le secteur de l’IT. Ancien administrateur IT et exploitant de datacenters, puis consultant,il est aujourd’hui PDG et gérant principal de Toigo Partners International, et président du Data Management Institute.

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