RPA : comment Uipath attaque le marché français depuis un an

Uipath, présent en France depuis un an, compte profiter de l’élan du RPA pour s’immiscer dans les entreprises hexagonales, jugées matures.

« Rien n’échappe au RPA ». Et la France fait également partie du lot. La société Uipath, un pure-player du marché de l’automatisation robotisée des processus métier (RPA – Robotic Process Automation), a installé ses activités il y a un an en France. Cette référence du secteur, qui compte des pure-players, mais aussi des éditeurs du BPM ou du Case Management (comme Appian ou encore PegaSystems) est née en 2005 en Roumanie en développant des SDK, mais est désormais installée aux US comme un acteur clé du RPA.

Ce marché, très tendance et dynamique, apparait dans le sillage du BPM, et s’ancre dans les discours de l’Intelligence artificielle. En automatisant les processus métiers, le RPA fait miroiter le graal pour les entreprises : l’optimisation des workflows, l’élimination des tâches manuelles répétitives, et – cela va de pair – des RoI rapides dans les directions métiers. Concrètement, le RPA revient à singer numériquement un comportement, une tâche réalisée régulièrement par un humain, et à rejouer ce scenario de façon autonome.

« Le RPA se positionne une fois les processus numérisés (après le BPM donc, NDLR), et portent sur ceux qui consomment du temps et qui sont attribués généralement à des personnes dont ce n’est pas le travail », explique Eric Adrian, directeur général d’Uipath en France. Souvent le RPA intervient comme un trait d’union entre plusieurs systèmes en silo qui n’ont pas été interconnectés. « Une tâche qui est alors réalisée à la main, et devient, au fil du temps, très chronophage et de plus en plus complexe avec le grossissement des systèmes », témoigne encore le responsable.

Des interlocuteurs métier

Les départements transverses (notamment finance) sont un des premiers candidats au RPA, assure-t-il. D’ailleurs Eric Adrian affirme que ses premiers interlocuteurs ne sont pas la DSI, mais bien les métiers. Les entreprises mettent en place des centres d’excellence qui réunissent métier et IT autour du RPA, soutient-il. Le DSI intervient notamment sur la gouvernance et la gestion des politiques de sécurité.

Dans ce contexte résolument centré sur les métiers, « avec un robot, les RoI sont assez importants. En moyenne, les RoI avec le RPA sont de 60 % à 70 % ». Il cite par exemple le cas d’usage de  la connaissance des clients (« Know your customer »), en B2B ou B2C, dans le domaine bancaire. Le RPA aurait permis de réduire cette période de recherche d’informations de 15 jours à une demi-journée.

En France, un bon niveau de maturité

Eric Adrian juge les entreprises françaises « assez matures » en matière de RPA.  « En France,  les entreprises sont plutôt au courant de ce qu’est le RPA. Cela a bien progressé depuis un an », illustre-t-il, ajoutant qu’il voit une forme de décollage dans l’Hexagone.  Pour lui, pour cette cible, les déclencheurs sont d’abord d’ordre économique pour éviter d’avoir à placer en permanence des personnes supplémentaires sur des tâches à répétition. D’autres adoptent le RPA pour pouvoir respecter des SLA garantis aux clients – il cite l’exemple de l’évaluation des risques.

« Les solutions RPA sont plus simples à déployer et beaucoup moins chères que d’avoir à modifier les systèmes et d’avoir à ajouter des connecteurs », rappelle-t-il.

Un studio et un orchestrateur

Pour se frotter au marché français, Uipath expose sa technologie de développement, d’exécution et de monitoring de robots. Cette solution, commercialisée sur site, a la capacité de faire tourner ces bots tant sur le poste d’un utilisateur (front-office, donc) qu’en backend en pilotant des processus 24/7, de manière invisible pour l’utilisateur.

Ces enchainements automatisés de processus, au cœur des robots, sont définis dans un atelier de développement, le Uipath Studio. Celui-ci propose de construire ces bots depuis une interface graphique et d’assembler les processus par glisser-déposer. L’outil permet également d’enregistrer le processus exécuté à l’écran par l’utilisateur ;  la solution code en coulisse. Un point clé pour l’éditeur qui cible les métiers. Les processus ainsi créés sont documentés- des captures d’écran sont automatiquement intégrées à chaque étape. Pour pousser les développements au-delà de ces capacités, Uipath s’appuie sur l’environnement .NET (lire aussi l’encadré).

Mais la tour de contrôle d’Uipath, c’est son orchestrateur. Cet outil sert en fait à piloter les procédures de provisioning de ressources, d’exécution et de gestion des robots. « Celui-ci gère et optimise la gestion de tous les robots (front et back). La plateforme n’impose pas de limites en la matière », détaille encore Eric Adrian. Cet orchestrateur s’apparente en fait à un middleware qui provisionne les robots et gère le load balancing, par exemple.

Des outils de monitoring y sont également intégrés pour contrôler et suivre l’exécution des robots et leurs actions. ElasticSearch et Kibana sont exploités pour analyser, en temps réel, les données collectées depuis les logs de la plateforme et affichent les résultats sous la forme de tableaux de bord.

Les clés d’activation y sont également gérées. Ces clés forment la base du mode de facturation de la solution Uipath, sous la forme d’abonnement annuel. Les utilisateurs disposent d’une clé qui active le logiciel sur une période donnée. Cet orchestrateur, installé chez Uipath en Saas sur une architecture multi-tenant, gère actuellement quelques 10 000 robots, assure le patron français. 

Si ce dispositif semble séduire le marché français, nous assure le responsable régional, la prochaine étape porte sur l’incontournable intelligence artificielle qui se mêlera plus en profondeur de l’outillage, afin de proposer des axes d’amélioration en matière d’automatisation de processus.

Uipath a déjà inclus des capacités de computing vision (réseau de neurones) qui lui permet d’interpréter les informations sur écran – sur le poste utilisateur notamment. Eric Adrian parle d’un taux de reconnaissance de 95 %.  Mais, début 2019, l’AI servira aussi à optimiser les processus à s’appuyant sur les logs enregistrés par la plateforme. A partir de la version 18.4, le système sera capable de détecter des tâches répétitives via le Machine Learning et émettra des suggestions d’automatisation sur ces mêmes processus, explique-t-il.

Le traitement automatique du langage naturel sera également inclus à Uipath. La solution sera capable de lire et de comprendre un texte comme un humain. Cela permettra d’avoir un dialogue avec le robot sur le desktop de l’utilisateur, commente encore Eric Adrian.

Vers la notion de plateforme

Mais l’autre évolution sera la fédération d’un écosystème. La société affirme avoir déjà développé des processus pré-câblés avec des industriels – le processus de connaissance client est par exemple issu d’une collaboration avec une banque. Cela marque une première étape dans la stratégie de la société. La prochaine est de transformer logiquement cette technologie sous-jacente en un socle (une plateforme) sur laquelle pourront être développés des applications et des processus pré-définis (une activité dans le langage Uipath).

Cette approche a été concrétisée début octobre, lors de la conférence Uipath Forward, par la présentation d’un magasin de processus (un process store dans le vocabulaire de la société) nommé Go ! Ce magasin doit rassembler l’écosystème d’Uipath – ce que l’on souhaite lorsqu’on se positionne comme une plateforme. Plus d’une centaine de composants et méthodes y sont regroupés lors du lancement. Son objectif : permettre aux entreprises et leurs développeurs d’avoir accès à une bibliothèque de schémas pré-définis pour accélérer le déploiement de RPA dans l’entreprise, verticalisé ou pas.

« Les  clients ou les partenaires vont pouvoir placer dans ce magasin leurs processus pré-câblés », explique Eric Adrian qui ajoute qu’Uipath compte une communauté de 250 000 développeurs. « Jusqu’alors, ces derniers n’avaient pas  de dépôt à-la-GitHub pour y déposer leurs travaux. » Ces développeurs pourront également monétiser leurs modules. Des espaces privés seront aussi  configurés pour les grandes entreprises souhaitant partager leurs propres modules en interne ou auprès de leurs seuls partenaires ou clients.

Avec ce store, Uipath souhaite aussi alimenter son réseau de partenaires. Globalement, Uipath compte actuellement 50 partenaires actifs. Si les grands intégrateurs en font partie, la société a également tissé un réseau de partenaires mixte, qui interviennent dans le cadre de mission de conseil pour accompagner les clients, sur la création même du projet ou dans des secteurs industriels spécifiques, comme la Supply chain, les banques et l'assurance, ainsi que la RH et la finance.

L’autre partenaire, c’est aussi le BPM, certes clé pour y poser les robots. Mais pas que, résume Eric Adrian. « Les utilisateurs du BPM ne sont pas l’essentiel des clients d’Uipath. » L’éditeur a toutefois  noué une alliance avec BonitaSoft, éditeur d’une solution de BPM open source, pour ceux qui considèrent le RPA comme une porte d’entrée à la digitalisation des processus.

Cette proximité se retrouve également chez Appian qui utilise Blue Prism comme moteur de RPA. Le responsable d’Uipath explique qu’il n’a pas vocation à s’allier avec Appian.

L’avis d’Umanis : le marché du RPA est désormais mature

Selon un benchmark réalisé par l’ESN Umanis, spécialisée dans les projets liés à la donnée, le marché du RPA est mature depuis 2 ans car la taille des acteurs, à commencer par Uipath, Blue Prism ou Automation Anywhere - les trois cadres du marché - , a connu une forte croissance. La demande est très forte chez les clients. Le marché est composé d’éditeurs venus du BPM ou du Case Management ou des pure-players – à l’image des trois acteurs précédemment cités.

Côté technologies, les solutions suivent ce dynamisme du marché. Si les socles souffrent parfois de déséquilibres fonctionnels, les mises à jour, effectuées à un rythme très régulier et rapide, comblent les lacunes, rapportent deux responsables d’Umanis, Mebenga Amougui, Data Science Practice Manager et Yan Saint Germes, Data Practice Manager. Dans ce contexte, les entreprises ont de quoi identifier une solution qui corresponde à leurs besoins spécifiques, chacun des acteurs se distinguant plus ou moins dans un domaine. Cet écart va inévitablement se réduire.

Uipath est par exemple « le seul installable en standalone sur un desktop, ce qui est plus simple pour apprendre la technologie. Il dispose également d’une importante communauté », assure Umanis. Parmi les autres conclusions de ce benchmark, on comprend qu’Uipath est moins performant en matière de sécurité qu’Automation Anywhere, par exemple, « mais c’est parce que ses partenaires sont moins nombreux dans ce domaine ». Uipath est moins riche en matière d’analytique que Blue Prism, mais se distingue côté architecture, déploiement et capacité de déploiement.

Enfin, autre constat réalisé par Umanis, si tous proposent des outils de développements graphiques, « la majorité nécessite du développement dans 70 % des cas, en C ou en .NET. Il faut les prendre en main », soulignent encore les responsables d’Umanis.

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