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Communication Unifiée : Workplace by Facebook joue la carte de la conférence vidéo

Facebook améliore les capacités vidéo de son réseau social d'entreprise pour lorgner vers la communication unifiée. Workplace compte désormais 3 millions d'utilisateurs payants.

La nouvelle peut paraitre anecdotique. Mais elle ne l'est pas. Facebook a fait savoir lors de son évènement Flow qui s'est tenu cette semaine en Californie qu'il allait intégrer Workplace, son Réseau Social d'Entreprise (RSE), à son offre d'appels vidéo, la gamme Portal. L'intégration aura lieu à partir de décembre.

Facebook à l'attaque de l'UC

Portal ne vous dit peut-être pas grand chose... et c'est normal. L'offre est destinée au B2C. En résumé, il s'agit d'écrans (8, 10 et 15,6 pouces) dotés d'un micro, d'une enceinte et d'une caméra pour passer des appels vidéo jusqu'à 5 personnes. Bref un écran connecté, avec, ironie de l'histoire un assistant virtuel qui est celui d'Amazon (Alexa).

Quel rapport avec le B2C ? A priori aucun.

Sauf que depuis cette annonce, des questions se posent. Workplace est en effet la version 100 % B2B du réseau social. Or porter Workplace sur la gamme Portal laisse entrevoir des velléités nouvelles : à savoir sortir des versions entreprises de ses appareils. Ce qui en ferait des outils de réunions virtuelles - concurrents des terminaux utilisés pour BlueJeans, Zoom, Skype/Teams et autres WebEx.

Le cours de bourse de Zoom a d'ailleurs dévissé dès l'annonce.

Pour l'instant, le projet n'est pas encore bien affirmé. Mais Facebook a déjà clairement laissé entendre qu'il pourrait, dans un avenir très proche, porter Workplace sur un autre appareil de sa gamme : Portal TV.

Portal TV n'est pas un écran - comme les autres Portal plutôt proches de tablettes - mais une barre vidéo qui se connecte en HDMI à un téléviseur.

Cette future intégration pourrait être bien plus utile pour les entreprises en leur procurant un moyen bon marché (170 €) de transformer n'importe quel téléviseur en appareil de visio-conférence.

Bref, après l'intranet avec Workplace, Facebook est en route vers la communication unifiée (UC) avec Portal.

Une visio-conférence repensée sous le capot

En parallèle, Facebook a réorganisé son back-end pour réduire la bande passante consommée par la vidéo de Workplace. Le système détectera quand plusieurs utilisateurs d'une même entreprise et d'une même entité géographique regardent une vidéo commune pour éviter que chaque personne n'établisse un flux réseau séparé.

Cette fonctionnalité sera disponible pour les organisations qui ont souscrit au plan Workplace Enterprise, la formule la plus chère. Le plan Enterprise donne également accès à un support dédié et à la résolution prioritaire des bogues.

Parmi les autres nouveautés annoncées de Workplace, citons la possibilité d'envoyer des enquêtes via Workplace Chat (la messagerie instantanée intégrée) ; ou encore une fonctionnalité pour les administrateurs IT qui leur permettra d'évaluer le sentiment des commentaires d'un message (positif, négatif, etc.)

Workplace : 3 millions de clients

Workplace revendique désormais 3 millions d'utilisateurs payants - contre 2 millions en février. Facebook se targue d'avoir plusieurs « autres millions d'utilisateurs » gratuits dans ses offres pour les organisations à but non lucratif.

Workplace combine des fonctionnalités de collaboration en temps réel (à la Slack ou Microsoft Teams), avec un RSE pour remplacer les intranets. Son interface se cale sur celle de Facebook, version grand public. Mais il est déployé sur une plateforme bien distincte.

« L'adoption de Workplace est facile pour les entreprises. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à Facebook, les gens savent donc comment s'en servir », analyse Wayne Kurtzman, d'IDC. « L'expérience mobile est aussi très bonne, que ce soit pour les utilisateurs ou pour les administrateurs. » Il n'en reste pas moins que gagner 3 millions d'utilisateurs payants en seulement deux ans est impressionnant.

Pourtant, les acteurs de l'UC ne semblent pas encore considérer Facebook comme une menace, constate Irwin Lazar, analyste chez Nemertes Research. Ils semblent continuer à voir Workplace plus comme un intranet moderne, dit-il.

La mauvaise réputation

Ont-ils tort ? Aujourd'hui, pas forcément. Une étude de Nemertes Research portant sur plusieurs centaines d'organisations montre que seulement 5 % des entreprises qui ont une application de collaboration d'équipe utilisent Workplace by Facebook - contre 17 % pour Slack, 18 % pour Google Hangouts Chat, 39 % pour Cisco Webex Teams, et 56 % pour Microsoft Teams.

« Ils volent encore sous les radars », résume Irwin Lazar qui ajoute que « Workplace et Facebook ne sont pas aujourd'hui une option de premier choix pour les entreprises à qui je parle ». La faute, peut-être, à la réputation entachée de Facebook dans le B2C.

Affaire Cambridge Analytica, le réseau social vecteur privilégié de l'ingérence russe aux États-Unis, des dizaines de millions de comptes piratés en septembre 2018, ou encore la velléité d'hégémonie pan-étatique avec Libra sont autant de sujets qui pourraient porter atteinte à Facebook dans le B2C. Ou en tout cas des sujets que ses concurrents tenteront d'exploiter pour le contrer.

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