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Qu'est-ce que BlueJeans ?

La solution 100 % cloud de communications unifiées a refondu son ergonomie et commence à se faire un nom en France. Quels sont ses atouts et ses différences face à Zoom, Cisco, Teams ou WebEx ?

BlueJeans est une offre de communication unifiée. Elle se compose de la VoIP, de la visio-conférence, du chat et du partage de contenus (WebSharing). L'entreprise, basée en Californie, propose par ailleurs une passerelle pour Teams qui permet d'utiliser l'outil collaboratif de Microsoft avec des salles déjà équipées pour d'autres solutions (Polycom, Cisco). BlueJeans vend également du matériel (micro « pieuvre » et caméra) pour recevoir les communications.

Fondée il y a moins de dix ans, la société veut bousculer les historiques du secteur de la téléconférence (Cisco, WebEx, GoToMeeting, Microsoft, etc.) tout comme son concurrent le plus frontal, Zoom.

Cette solution de communication unifiée 100 % (UCaaS) est hébergée dans des centres de données en collocation, dont un à Amsterdam pour l'Europe.

Une philosophie : « bien faire l'essentiel »

« Nous faisons moins de choses que certains. Mais ce que l'on fait, on le fait mieux », lance le nouveau Chief Product Officer de BlueJeans, le français Guillaume Vives, « beaucoup font de la communication, pas de la collaboration. La différence est importante ».

Parmi les atouts différenciant, le CPO cite une qualité de son dolby qui, loin d'être un gadget, permettrait de mieux localiser dans l'espace les intervenants et de clarifier ainsi les prises de parole. Côté vidéo, Guillaume Vives vante une vidéo haute qualité. En revanche, l'éditeur ne propose pas d'effets « qui ne servent à rien » (sic) comme de mettre des photos en fond d'une retransmission vidéo.

« Nous faisons moins de choses que certains. Mais ce que l'on fait, on le fait mieux »
Guillaume VivesBlueJeans

Autre signe distinctif, BlueJeans se veut agnostique. « Nous faisons tourner n'importe quel équipement avec n'importe quel équipement », avance le CPO. Sur le bureau par exemple, la solution s'appuie sur WebRTC et tourne dans le navigateur, quelque soit l'OS et sans aucune installation ni plugin, « là où Zoom vous oblige à installer une application ».

Aussi du matériel UC agnostique

Cette stratégie agnostique s'incarne aussi dans un hardware qui n'est pas verrouillé, au contraire de celui des historiques. Le matériel BlueJeans peut donc recevoir des communications Microsoft Teams, Cisco ou autre. « Nous avons une technologie capable d'interpréter les invitations des concurrents. Mais nous cachons cette complexité à l'utilisateur », précise le responsable.

La société va proposer prochainement son matériel en location pour une centaine d'euros par mois « alors qu'une pièce équipée pour la communication unifiée peut couter jusqu'à 100K ou 150K € », compare le CPO.

Simplicité revendiquée

« Nous nous mettons à la place de l'utilisateur pour penser comme lui  »
Guillaume VivesBlueJeans

Pour se faire une place contre ses énormes adversaires, BlueJeans joue aussi la carte de la simplicité. Celle inhérente au cloud évidemment (et l'externalisation de la gestion de l'infrastructure) mais aussi celle de l'usage.

BlueJeans s'adresse en effet prioritairement aux DSI pour « atterrir » dans les entreprises - une nécessité technique pour Guillaume Vives. C'est ensuite l'IT qui « impose » son choix aux utilisateurs.

Dans cette stratégie descendante (là où Zoom aurait au contraire une stratégie freemium, montante, qui commence par séduire les métiers pour aller vers l'IT), l'adoption par les métiers pourrait être un point bloquant. Pour y remédier, BlueJeans a totalement revu son interface, fin 2018, dans un style épuré où seuls les boutons utiles apparaissent.

Nouvelle UI de BlueJeans

L'éditeur a également repensé les détails en analysant finement l'usage de son outil. « Si vous branchez une webcam, BlueJeans sait que vous voulez l'utiliser plutôt que la caméra interne de votre appareil. Donc c'est la webcam qui va être prise par défaut. Pas besoin de paramétrer quoi ce soit », illustre Guillaume Vives.

Toujours dans cette optique de simplicité, un numéro de portable peut faire office de numéro de call plutôt que d'avoir un ID sans signification.

« Nous nous mettons à la place de l'utilisateur pour penser comme lui », insiste le Chief Product Officer. Résultat, le taux de satisfaction semble très bon avec des notes qui dépassent les 4,5 sur 5 dans les retours.

« Nous ne voulons plus que les gens voyagent », plaisante à moitié Guillaume Vives, « nous voulons que ce soit comme si vous étiez là, physiquement, avec tout "l'intouchable" (NDR : les expressions du visages, les intonations fidèles de la voix, etc.) ».

Sécurité et monitoring

BlueJeans revendique également un fort ADN « sécurité ».

« Nous sommes sélectionnés par l'IT, donc la sécurité est très importante »
Guillaume VivesBlueJeans

« Nous sommes sélectionnés par l'IT, donc la sécurité est très importante. Tout est complètement chiffré. Nous proposons l'authentification à double facteur. Quand un lien d'invitation est envoyé, il n'est utilisable qu'une fois. Nous proposons aussi le monitoring de l'activité et des accès (NDR : avec analyse des paquets) », liste Guillaume Vives qui se réjouit que des banques, qui n'ont quelquefois rien dans le cloud, aient tout de même choisi BlueJeans (avec, il est vrai, un cross-connect directement au sein d'un datacenter Equinix).

« On parle souvent de la sécurité qui serait meilleure sur site pour ces groupes. Mais un gros industriel européen sensible a récemment fait une grande réunion interne [avec une solution sur site] ... ils se sont rendus compte après que deux personnes non invitées et non identifiées avaient assistées au call du début à la fin. Ils ne savent toujours pas qui c'était ! », raconte le CPO pour mieux mettre en lumière les bénéfices de l'analyse temps réel et le monitoring des accès via son cloud.

Le centre de commandes de BlueJeansLe centre de commandes de BlueJeans

Côté confidentialité, il n'est pas possible d'héberger l'application de communication unifiée sur site ou sur un cloud particulier. En revanche, le CPO assure que BlueJeans ne garde aucune trace des enregistrements.

« Et si vous voulez les enregistrer, vous pouvez le faire en local », conclut-il sur ce point.

Pénétration du marché et réaction de la concurrence

BlueJeans cible le segment qui va des ETI aux groupes internationaux. Ses capacités de visioconférence montent jusqu'à 150 participants en simultané. La solution a par exemple été utilisée pour organiser un hackathon international de 72h ininterrompues avec 50 développeurs.

Cette cible « haut du marché » explique également l'accord (un add-on pour Outlook) passé avec Microsoft au sein d'Office 365... qui propose pourtant Teams (« 50 % du marché mondial et de nos clients utilisent des technologies Microsoft »).

« Nous nous sommes donnés quatre ans pour rentrer dans les grands comptes français, nous sommes à la moitié du chemin »
Guillaume VivesBlueJeans

La tarification de BlueJeans est par usager et par mois, ou par compte actif (la formule la plus populaire au sein des groupes, dixit Matthieu Douvenou, responsable des grands comptes pour la France). Elle commence à 11,65 € par mois.

Présent en France depuis deux ans, BlueJeans compte la moitié du CAC 40 comme clients, plusieurs banques, Air France-KLM, Pernod Ricard, ou des acteurs plus proches d'ETI comme Cegid.

« De mon point de vue, il faut commencer par entrer chez les gros avant de descendre sur les plus petits - une fois que le marché a gagné en maturité et que vous avez atteint une taille critique », explique Guillaume Vives qui s'oppose en tout point à la stratégie bottom-up de Zoom. « Nous nous sommes donnés quatre ans pour rentrer dans les grands comptes, le plus possible en direct - pour moi passer par des distributeurs ne permet pas de rentrer sur un marché de manière solide. Donc nous en sommes à la moitié du chemin ».

En Europe, BlueJeans affiche un taux de croissance de 20 % en 2018 et vise plus de 40 % de progression pour 2019.

Mais Guillaume Vives n'est pas dupe. Il sait que la concurrence - à commencer par Teams (qui revendique à peu près les mêmes atouts « mais qui est plus aujourd'hui une messagerie instantanée, en face d'un Slack ») - va monter en puissance en intégrant de plus en plus des fonctionnalités de Skype.

Pour ne pas se faire rattraper, le CPO de BlueJeans imagine déjà des améliorations pour diminuer le temps perdu en réunion et le « Death by Meetings ». Mais il n'en dira pas plus. « Rendez-vous en septembre », lâche-t-il dans un sourire.

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