RPA : Automation Anywhere en France, un an déjà

Bien qu’étant le dernier arrivé des trois gros du RPA sur le marché français, l’éditeur américain a réussi à se faire une place et voit son année 2020 sous les signes du SaaS, du passage à l’échelle des projets, et de la conquête du secteur bancaire.

Aujourd’hui, les entreprises comprennent ce que peut faire un bot RPA. Le passage à l’échelle, lui, serait moins bien appréhendé. C’est en tout cas le constat que fait Arnaud Lagarde, Directeur Europe du Sud d’Automation Anywhere, l’éditeur américain qui vient de souffler sa première bougie en France.

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Le RPA automatise ce qui reste à automatiser après les développements, les APIs, les ETL ou le BPM. « C’est l’optique qu’ont 80 % des entreprises », explique Arnaud Lagarde. « Le RPA est une réponse agile pour automatiser les systèmes et accélérer les services pour les métiers quand il n’y a pas d’API exposée – ou simplement quand il n’y en a pas comme pour les mainframes OS/390 ou AS/400 ».

Mais si la France voit bien cette dimension tactique, elle aurait encore du mal à voir le RPA comme un outil stratégique, déployé à grande échelle, « qui transforme des processus entiers pour améliorer l’agilité des métiers ». Une automatisation qui passe alors par plusieurs bots et par un échange entre bots et humain dans un même process (Human in the Loop).

Le RPA, pas encore « à l’échelle » en France

Ce passage à l’échelle amène également à réfléchir à l’articulation entre les opérationnels, l’IT et le type de RPA adéquate à des stratégies d’envergure.

« Chez Bank of Columbia, on parle de 10 000 postes. Ce qui pose la question de l’architecture du desktop, de la ressource mémoire, des mises à jour des bots », souligne le dirigeant. En clair, scaler ne peut se faire qu’avec un back-end RPA (et plus sur le bureau), une orchestration des ressources (VM) et une supervision pour prendre en compte des problématiques clefs, comme la sécurité.

« Nous souhaitons travailler avec l'IT. Parce que 4 ou 5 bots, cela peut se faire avec une VM. Mais une centaine de bots, vous ne pouvez plus les gérer de la même manière. »
Arnaud LagardeAutomation Anywhere

« Nous souhaitons travailler aussi sur le rôle de l’IT et de la sécurité dans le choix et le déploiement des outils d’automatisation de manière à ce qu’on puisse gagner en termes de déploiements à grande échelle. Parce que quatre ou cinq bots, cela peut se faire avec une VM. Mais quand on passe, comme certains de nos clients, à une centaine de robots, vous ne pouvez plus les gérer de la même manière ».

Les débuts d’Automation Anywhere en France

Cette éducation sur le « RPA à grande échelle » est au cœur de l’année 2020 d’Automation Anywhere en France. Une deuxième année dans le pays après une première qui l’a vu passer de trois employés à quarante-cinq et déménager sur la très chic avenue Hoche.

Ce travail d’éducation est d’autant plus clef pour Automation Anywhere qu’il vise les grandes entreprises et, par conséquent, les grands déploiements.

« Nous avons une stratégie grand-comptes et ETI. »
Arnaud LagardeAutomation Anywhere

« Nous avons une stratégie grand-comptes et ETI » confirme Arnaud Lagarde au MagIT, même si – ajoute-t-il – la nouvelle offre SaaS ouvre d’autres typologies de prospects. « Nous avons une équipe d’avant-ventes pour bien expliquer ce qu’il est possible (et pas possible) de faire avec le RPA. Nous avons aussi constitué une équipe de partenaires parce que faire un bot dans un coin, c’est une chose ; mais faire un projet à grande échelle, c’en est une autre », martèle-t-il.

Dans le pays, Automation Anywhere compte désormais 60 partenaires, dont des cabinets d’audit comme Accenture, Deloitte, ou EY.

Le réseau ne s’est cependant pas créé d’un coup de baguette magique. « Quand nous sommes arrivés, comme nous étions les troisièmes [N.D.R. : après l’Anglais BluePrism et le Roumain UI Path]. Ces partenaires nous ont dit que nous étions en retard. Mais comme nous sommes une marque connue, ils nous ont quand même écoutés ».

Début 2019, Arnaud Lagarde prend alors son bâton de pèlerin pour démarcher lui-même les clients, en direct. « Parce qu’il faut du temps pour que les partenaires se forment et mettent en place une practice. Le temps aussi pour eux de voir et de justifier de nouveaux plans d’investissement » autour de ce nouvel entrant du RPA en France.

Mais sur le deuxième semestre 2019, le dirigeant voit arriver une « grosse accélération ». Une accélération qui est, de surcroît, soutenue par les partenariats technologiques de deux de ses investisseurs – Workday et Salesforce – et qui permet à Automation Anywhere de bénéficier de leurs tractions en France.

Premiers résultats

Après un an, la filiale de l’éditeur revendique « 55 clients français signés en France », et entre 70 à 90 clients en tout (filiales locales de groupes internationaux comme la banque hollandaise ING).

Contrairement à son grand concurrent BluePrism – qui est historiquement très présent dans la banque – Automation Anywhere est plus « industrie-agnostique » (sic). Il est aujourd’hui présent chez la plupart des entreprises du CAC 40 avec « une trentaine d’expérimentations et de déploiements ».

L’année de lancement a réservé quelques bonnes surprises au Directeur Europe du Sud. Le secteur de la construction s’est par exemple montré très réceptif, tout comme celui de la pharmacie.

« La construction est un secteur qui n’a pas forcément fait des programmes d’investissements massifs dans l’IT », analyse Arnaud Lagarde. Ce qui s’est révélé être « une opportunité pour le RPA, dont le ROI est plus rapide qu’un chantier d’automatisation [par développement/BPM/APIfication] ».

Autre secteur porteur en Franc, la pharmacie, qui possède à la fois « des process très sécurisés, très axés compliance » et qui a « des objectifs d’augmentation de productivité sur les plateformes backoffice » aurait très bien accueilli l’éditeur en 2019.

« Il nous reste un peu de travail sur la banque et l’assurance », concède un Arnaud Lagarde, qui entend bien s’attaquer à la chasse (presque) gardée de BluePrism en 2020.

La banque est en effet un secteur où les processus formalisés et au croisement de flux d’informations – qui peuvent donc bénéficier du RPA – sont nombreux : KYC, AML (lutte contre le blanchiment), conformité réglementaire, etc. « Il y a beaucoup de régulation à intégrer en continu, ce qui a une influence sur le besoin d’information et de reporting, voire qui peut pousser à changer un processus – comme par exemple, si vous êtes en débit différé, de vérifier que vous avez bien les fonds », illustre le responsable. « Pour cela on peut changer les “core systems”, mais cela prend plus du temps qu’avec un bot ».

En 2020 également, Arnaud Lagarde se fixe comme objectif de poursuivre la pénétration d’Automation Anywhere chez ses clients existants. « Nous souhaitons changer l’image de l’automatisation par la robotique, qu’elle ne soit plus vue comme un simple outil tactique, mais comme un outil stratégique », résume-t-il, faisant à nouveau référence à un passage à l’échelle et à des processus automatisés de bout en bout.

2020 sous le signe du SaaS

Depuis le 5 décembre, Automation Anywhere propose également une offre SaaS. L’éditeur était déjà « full web » – comprendre avec une architecture « moderne » (microservices, kubernetes, etc.) – qui permettait de le déployer sur un cloud privé, sur site ou en cloud public (l’éditeur a d’ailleurs passé des partenariats avec AWS et Microsoft).

Mais les clients voulaient, semble-t-il, une solution encore plus clef en main et plus rapide. « On ne peut pas attendre six mois qu’une VM soit provisionnée pour que le RPA fonctionne », plaisante Arnaud Lagarde. « Le fait que vous puissiez installer Automation Anywhere dans un environnement cloud, c’est une chose. Mais là, on le vend en SaaS. Nous prenons tout en charge ».

Dans ce scénario, l’administration, les contrôles, la sécurité, les licences, le dashboard, « tout est géré en cloud ». Il ne reste au final qu’un composant en local qui va télécharger le scénario d’exécution des bots conçu dans un Studio, lui aussi cloud. « De cette manière, on peut aussi faire du RPA sur Mac ou sur iPad » vante Arnaud Lagarde.

D’un point de vue marché, le SaaS vise des entreprises plus petites, qui ne souhaitent pas gérer un backend RPA. Mais contrairement à ce que l’on aurait pu croire, le SaaS connaît une « grosse adoption chez les grands comptes ». Pour Arnaud Lagarde, cette appétence a plusieurs explications.

La première est la demande d’agilité. « Si l’IT dit qu’il faut 4 à 8 semaines pour une VM, là c’est instantané ».

L’autre explication est à chercher dans la manière dont l’IT est consommée en interne au sein des grands groupes. « Le SaaS permet de s’affranchir de la refacturation interne de l’IT pour un métier. Pour obtenir un ROI, c’est souvent plus simple de faire du SaaS directement chez Automation Anywhere plutôt que de provisionner – ou de lancer une demande (quand le parc est outsourcé) »

En France, quelques « early adopters » ont testé le produit qui a commencé à être vendu légèrement en avance d’annonce, dès le Q4 2019. Mais maintenant qu’il est officiellement au catalogue, le SaaS est à la fois un moteur et un objectif 2020 pour Arnaud Lagarde et la filiale d’Automation Anywhere.

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