Inforum 2020 : l’ERP cloud décolle en Europe

L’ERP en mode SaaS semble avoir trouvé son public en Europe. Le confinement et un changement de mentalité expliqueraient cette évolution soudaine du marché. La France serait également fortement motrice dans ce mouvement.

Initialement prévu à Las Vegas, l’événement annuel d’Infor, l’éditeur d’ERP basé à New York, s’est tenu les 15 et 16 septembre de manière entièrement virtuelle. L’occasion de faire le point sur le marché européen et français avec Laurent Jacquemin, SVP & General Manager Southern Europe. Un des enseignements majeurs de cet échange sur ce début 2020 est que le cloud décolle, enfin et très vite, en Europe.

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Une croissance en Europe tirée par la France

Premier élément de bilan, Infor a connu une croissance plus modeste que celle attendue avant la pandémie (« une croissance à deux chiffres »). Mais une croissance tout de même.

L’éditeur progresse, en revenus, de 5 % à 6 % en Europe. Un chiffre qui monte à 9 % sur l’Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal, France). « Nous pensions que le COVID allait nous affecter beaucoup plus que ce qui s’est effectivement passé [et] la France a été le plus gros moteur de cette croissance », se réjouit Laurent Jacquemain.

Avec le confinement, l’effet « digitalisation » aura donc aussi joué dans l’ERP. Ceci étant, pas de manière homogène.

Certains secteurs ont été plus touchés que d’autres par la crise, comme l’automobile ou l’Aerospace & Defense. Le secteur de la distribution (Retail), lui, est partagé : des acteurs ont accéléré leur transformation pour compenser la fermeture de magasins physiques et/ou pour se doter de nouveaux canaux numériques de ventes, quand d’autres ont – au contraire – suspendu des projets par précaution. Enfin, des domaines comme la santé et l’alimentaire (Food & Beverage) ont été une source de projets inattendus.

Du point de vue de la taille, la crise a provoqué des réactions très différentes en Europe entre les grosses sociétés – qui ont majoritairement continué à investir – et le midmarket (sociétés en dessous de 250 millions de revenu). « Le marché des PME/SMB est celui qui a été le plus touché par ces reports ou les arrêts de projets », constate le responsable.

Mais la balance entre les projets décalés pour cause de coupes budgétaires d’un côté, et les projets accélérés à cause de – ou grâce à – la crise d’autre part reste nettement positive pour l’éditeur.

Le cloud décolle depuis un an

Deuxième élément, historiquement, les éditeurs américains ont souligné un « manque de maturité » en Europe pour l’ERP cloud comparé à leur marché domestique – ce qui a pu aboutir à des divergences de visions entre les sièges et les filiales locales, avec des objectifs difficilement tenables pour ces dernières. En clair, les clients européens ne voulaient tout simplement pas mettre leur ERP en dehors de leurs datacenters. 

Ce « retard à l’allumage » semble aujourd’hui une histoire ancienne. Sur le Vieux Continent, Infor réalise à présent 40 % de son CA dans le cloud – un chiffre qui tient compte de l’existant « sur site »… et, au passage, un objectif qui était fixé pour il y a 3 ans, par la maison mère.

Il y a quelques mois, cette portion cloud n’était que de 20 %. Mieux, Laurent Jaqcuemin estime qu’au rythme actuel, Infor terminera l’année à 45 % de cloud en Europe du Sud.

Car, explique-t-il, 100 % des nouveaux projets ERP sont aujourd’hui cloud. « À part un », glisse-t-il. Un cloud qui de surcroît, chez Infor, est public, « du vrai multitenant » (sic) et exclusivement chez AWS (suite à un accord technologique poussé).

« Les sociétés importantes acceptent aujourd’hui d’aller dans le cloud ; alors qu’il y a un an, il fallait argumenter, discuter, convaincre. C’est beaucoup plus dans l’air du temps. Même s’il y a toujours des questions sur la sécurité… mais nous y répondons facilement avec AWS », résume-t-il. « Le cloud faisait un peu peur. Il y a eu un changement de mentalité. La crise a aussi poussé à regarder le cloud, qui permet de ne plus avoir à gérer l’infra, les services, et de mettre en place des fonctionnalités de manière beaucoup plus rapide ».

Pour illustrer ce mouvement de fond, lors de l’Inforum, Infor a fortement mis en avant le témoignage de Michelin qui a choisi cette option.

Encore une demande pour du « spécifique »…

Pour convaincre les indécis, et en plus de sa stratégie de microverticaux (lire l’encadré par ailleurs), Infor dégaine son atout PaaS. La plateforme cloud est destinée aux clients qui souhaitent développer des spécifiques complémentaires à l’ERP « clef en main ».

« Nous avons amélioré tout ce qui est extensibility. Nous mettons à disposition des clients des outils pour développer et étendre nos suites. Les spécifiques [qu’ils font] sont ensuite respectés lorsque nous installons les mises à jour – qu’il est d’ailleurs possible de suspendre – [pour prendre le temps d’analyser les nouvelles fonctionnalités poussées par Infor] », rappelle Laurent Jacquemain.

Verticaux vs Microverticaux

La stratégie d’Infor consiste à proposer, nativement, des ERP déjà très fortement personnalisés (les microverticaux) pour ne pas avoir à faire de « spécifique ».

« Quand nous parlons d’industries, nous ne parlons pas de secteurs abordés de manière générale dans l’ERP. Nous entrons dans les détails des besoins avec des sous-versions spécifiques », explique Kevin Samuelson, Président d’Infor. « Par exemple, nous n’avons pas une suite pour l’industrie manufacturière. Nous en avons plusieurs, dont une – par exemple – spécialement conçue pour l’industrie automobile, avec les processus clefs et les fonctions directement intégrés dans nos produits ». Des fonctions qui diffèrent également selon qu’Infor s’adresse aux OEM, aux sous-traitants ou aux constructeurs, renchérit Laurent Jaqcuemin.

Pour arriver à cette personnalisation, Infor a racheté plusieurs éditeurs au fil du temps (M3, Lawson, LN, Styline) qu’il a déclinés dans le cloud comme socles de chacune de ses CloudSuites dédiées à chaque industrie.

À l’inverse, SAP propose un socle technologique commun à tous ses verticaux (S/4HANA), dont certains sont conçus avec des partenaires. Le co-développement reste possible chez Infor (en France, Hetic 3 a par exemple développé un vertical pour les vins et spiritueux en déclinant M3). Mais ce n’est pas la philosophie générale. « Nous souhaitons travailler de plus en plus avec des partenaires, mais aussi garder le contrôle [de la solution] et intégrer ces microverticaux dans la version standard », explicite Laurent Jaqcuemin.

Dans cette stratégie de microverticaux, Infor reste également concentré sur des domaines de prédilection. Il n’a pas la volonté de se positionner sur autant de secteurs que son concurrent allemand – contre qui, dit-il, il gagne des parts de marché.

Autre différence majeure, pour le responsable français, l’ERP cloud de SAP « n’est pas du vrai multitenant ». Un avis partagé par Oracle, contre qui Infor revendique aussi de gagner des marchés.

… mais surtout pour des implémentations rapides

L’approche d’Infor dans le déploiement reste tout de même de favoriser le « standard ».

« Nous avons une approche 60/30/10 », résume Laurent Jaqcuemin, « 60 % de fonctionnalités natives, 30 % de paramétrages (portail, workflows, etc.) et 10 % d’extensibility (pour les besoins uniques du client). Ce chiffre descend souvent à 6 voire 5 % ».

Résultats de cette stratégie – avec en parallèle des « accélérateurs d’implémentation par industrie » qui découlent du partenariat avec Signavio – les projets iraient plus vite.

« Les clients ne veulent plus d’implémentations longues et coûteuses, avec un effet tunnel et des résultats qui ne viennent qu’au bout de trois ans et un lancement effectif au bout de deux ans », avance Laurent Jacquemain.

« Nous souhaitons que les implémentations durent entre neuf et douze mois au plus. Et même dans les projets plus longs, il faut que l’on ait mis quelque chose en place au bout de neuf mois. Ce ne seront pas des implémentations complètes, mais on aura déjà un certain nombre de briques en place. Autrement, c’est trop long et les premiers résultats ne sont pas visibles ».

Cette stratégie de rapidité, quitte à ne pas tout livrer d’un coup, avait été exposée à La Nouvelle-Orléans, lors de l’Inforum 2019, par le CTO d’Infor Soma Somasundaram. Elle semble aujourd’hui prendre forme sur le terrain.

Ce sera en tout cas un point majeur à scruter pour la prochaine édition de l’Inforum, en 2021, prévue en physique à Las Vegas. Comme quoi, il reste tout de même des domaines où le cloud et la virtualisation ne peuvent pas remplacer totalement le « sur site » (lire ci-dessous).

Événement virtuel vs événements « sur site »

Pour le SVP & GM Southern Europe, la virtualisation de l’événement 2020 a été une bonne chose. « [Avec un événement en ligne], on perd une partie de networking que l’on a l’habitude d’avoir, c’est vrai. Mais cela a aussi permis à plus de monde de suivre les annonces, sans avoir à faire un voyage d’une semaine aux États-Unis ». De fait, Infor a enregistré 12 000 inscriptions cette année contre 4 500 habituellement.

Alors, plus d’Inforum physique ? L’éditeur et Laurent Jacquemain n’envisagent pas pour autant cette option. Au contraire. Le « sur site » apporte un supplément non négligeable. « Le salon physique a un intérêt réel. La preuve, nous le ferons en physique à Las Vegas l’année prochaine (si le contexte le permet évidemment), mais c’est prévu. Le virtuel permet de faire aussi un peu de réseautage… mais ce n’est quand même pas la même chose ».

Tout comme Franck Cohen (ex-SAP aujourd'hui chez Workday), le responsable considère que le langage corporel et la sociabilisation ont une influence réelle sur le business. Sans compter que les personnes qui ont fait l’effort de se déplacer sont plus « qualifiées » (dans le sens d’un prospect).

Quant aux retombées commerciales de cette édition 2020, Laurent Jacquemain se dit très satisfait du nombre d’inscrits européens et français. Et pour les résultats ? « On verra un peu plus tard ».

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