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Earthcube lève 20 millions d’euros et devient Preligens

La startup Earthcube, spécialisée dans l’IA appliquée au renseignement, vient d’annoncer une levée de fonds de 20 millions d’euros en série A. Désormais nommée Preligens, la jeune société entend faire grossir ses rangs, se développer davantage à l’international et parfaire son expertise.

Earthcube a su bâtir une renommée auprès de la communauté du renseignement. Elle affiche son expertise en Deep Learning. Née dans le sillage d’Airbus, l’entreprise fondée en 2016 par Renaud Allioux (CTO) et Arnaud Guérin (PDG) compte 80 employés. Elle opère en France, au Royaume-Uni (Londres) et aux États-Unis (Washington DC).

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Aujourd’hui, la startup annonce sa troisième campagne de financement, après deux opérations « Seed » en 2016 et en 2017 auprès de BpiFrance et 360 Capital Partners pour un total de 4 millions d’euros. Cette série A de 20 millions d’euros marque un tournant pour Earthcube qui en profite pour changer de nom et devenir Preligens.

« Le mot Earthcube ne représentait plus notre activité. Il a une connotation géospatiale, qui reste notre cœur de métier, mais nous pouvons maintenant traiter des données multisource, effectuer du multiINT à l’aide de l’IA », explique Renaud Allioux, CTO chez Preligens. « Le préfixe Pré, renvoie à la partie prédiction, à l’anticipation. Ligens signifie le savoir, l’intelligence en anglais c’est-à-dire le renseignement. Gens est aussi la base latine du terme humain. Il s’agit pour nous de fournir de l’intelligence pour l’humain, de l’anticipation centrée sur l’humain », détaille-t-il.

Les latinistes remarqueront que le CTO se trompe légèrement sur la racine de Gens qui désigne en réalité un groupe de familles, un clan dans les premiers temps de la République romaine.

Une « relation de confiance » avec l’État français

Ce clan pourrait être, dans le cas de Preligens, celui de la défense. Aux côtés de BPIfrance, 360 Capital, Ace Management ou encore Octave Klaba (fondateur d’OVH), on trouve dans les rangs des investisseurs Definvest, le fonds de la direction générale de l’Armement (géré par BPIfrance). Florence Parly, ministre de la Défense, a salué en personne cette levée de fonds. Il faut dire que la DGA et l’État français en général, sont le principal client de la société.

« Les besoins sont évidents, les données de renseignement sont souvent sous-traitées ou pas suffisamment valorisées. Aujourd’hui, nous avons pu démontrer avec le ministère des Armées que nous étions capables de proposer des solutions innovantes, des choses qui changent la donne. Il s’agit de faire grandir ces solutions d’IA dédiées au renseignement en France et à l’étranger. Pour cela, il nous faut du capital », constate Renaud Allioux.

« L’État ne préempte pas Preligens. Ils [Definvest] investissent pour nous soutenir et cela matérialise l’engagement de la France. »
Renaud AlliouxCTO, Preligens

Toutefois, la présence de Definvest ne confie pas à la DGA ou à l’Armée « de droits spécifiques supplémentaires ». « La DGA dispose des mêmes droits que les autres participants. En clair, l’État ne préempte pas Preligens. Ils [Definvest] investissent pour nous soutenir et cela matérialise l’engagement de la France. C’est un faire-valoir auprès des clients étrangers et cela indique que nous avons une certaine indépendance », relate le CTO.

Les Échos rapportent qu’Earthcube intéressait des fonds d’investissement étrangers, notamment celui de la CIA, In-Q-Tel. Selon Renaud Allioux, il n’est pas question d’accepter une participation au capital sans l’aval de la France.

« Nous avons été approchés par des investisseurs étrangers, nous en avons discuté avec nos interlocuteurs à la DGA, alors même qu’elle ne comptait pas parmi nos soutiens financiers, afin de déterminer les actions recommandées. Nous avons une relation de confiance avec la DGA. De toute manière, nous n’irions pas prendre un investissement ou vendre nos produits auprès d’une puissance étrangère sans demander l’avis de l’État français », tranche-t-il.

Soutenir la croissance forte d’Earthcube

Ce « marché patriotique » ne serait pas impacté par la crise sanitaire. « Nous avons multiplié par quatre notre chiffre d’affaires cette année et nous sommes sur la trajectoire pour augmenter à nouveau nos revenus par trois ou quatre l’an prochain », entrevoit le CTO. La startup a convaincu des services de renseignements américains, britanniques, de l’OTAN ou encore de l’Union européenne.

Pour soutenir cette croissance, Preligens s’apprête à recruter des commerciaux et souhaite développer de nouvelles structures à l’étranger. Ce marché critique et sensible supporte mal la décentralisation des activités. Elle compte engager cent collaborateurs supplémentaires d’ici à la fin de l’année 2021.

« Nous devenons un des leaders de l’intelligence artificielle en Europe. Cela montre que les entreprises françaises ou européennes peuvent être aussi bonnes que leurs homologues américains. »
Renaud AlliouxCTO et cofondateur, Preligens

« Nous devenons un des leaders de l’intelligence artificielle en Europe. Cela montre que les entreprises françaises ou européennes peuvent être aussi bonnes que leurs homologues américaines » vante Renaud Allioux.

La startup veut bien évidemment accroître son « avance technologique » et recruter en ce sens. « Nous avons beaucoup travaillé sur le traitement IA des images, nous progressons rapidement sur les données textuelles, radars et structurées », relate notre interlocuteur. « Nous souhaitons parfaire notre expertise d’analyse de données cruciales, c’est-à-dire exécuter des algorithmes performants sur des données que l’on ne peut pas consulter ou de manière limitée, du fait de leur criticité ».

Earthcube a notamment développé des facultés d’optimisation pour améliorer ses algorithmes de deep learning. Le responsable ne désire pas éventer les cas d’usage de ses clients. « De manière générale, il s’agit de fusionner des données géospatiales avec d’autres types d’informations, de les représenter sur une carte et d’être capable de prédire des événements ».

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