Cloud hybride : Nutanix veut se démarquer de VMware par la simplicité

En tournée en France, le PDG du fournisseur d’infrastructures virtuelles accompagne le lancement d’offres chez OVHcloud et Equinix, en expliquant qu’il vend de simples commodités clés en main.

Semaine française pour Nutanix. Le fournisseur d’infrastructures virtualisées a, tour à tour, annoncé des partenariats avec OVHcloud et Equinix dans le domaine des clouds privés hébergés sur le territoire. Dans les deux cas, il s’agit de permettre à une entreprise de réserver en quelques clics des baies de serveurs sur lesquelles le système Nutanix Cloud Platform est préinstallé.

À la différence du cloud public, l’entreprise a la garantie que la puissance de calcul lui est réservée et qu’elle maîtrise l’étanchéité de son SI. De plus, toute l’infrastructure hébergée ainsi s’ajoute dans l’interface d’administration aux ressources Nutanix qu’une entreprise a éventuellement déjà déployées chez elle. Le fournisseur insiste pour dire qu’il s’agit d’une forme de cloud hybride.

À la manière du cloud public, il n’y a aucun temps de déploiement. OVHcloud comme Equinix proposent d’utiliser leurs liens internes pour interconnecter en très haut débit le cloud privé avec les ressources en cloud public (applications SaaS, fonctions PaaS, VMs ou espaces de stockage en IaaS) qu’ils hébergent par ailleurs. Enfin, l’infrastructure est facturée mensuellement. OVHcloud annonce un prix de départ de 5 336 € HT par mois pour trois nœuds minimums. Du côté d’Equinix, on se contente de dire que l’offre sera lancée simultanément dans tous les datacenters que le prestataire possède dans le monde.

Nutanix Cloud Platform est le nom commercial du système de virtualisation AOS de Nutanix lorsqu’il est intégré dans une offre de cloud. Il sert à mettre en production toutes les infrastructures – serveurs, stockage, réseau, etc. – sous une forme virtuelle qui permet d’utiliser des matériels génériques sans contrainte de taille, et de tout administrer depuis une seule console graphique. Les hébergeurs de cloud privés ont comme alternative de proposer vSphere de VMware (éventuellement renommé VMware Cloud dans ce cas), plus morcelé en diverses options payantes, ou OpenStack, le plus complexe des trois.

Opposer la technicité de VMware à la simplicité clés en main de Nutanix

« Notre stratégie est de devenir une solution d’infrastructure cloud clés en main, simple, soutenue par un réseau de partenaires. »
Rajiv RamasamiPDG, Nutanix

« Notre stratégie est de devenir une solution d’infrastructure cloud clés en main, simple, soutenue par un réseau de partenaires. Nous ne sommes pas là pour dire que nos fonctions ont ceci ou cela de mieux que celles de nos concurrents. Nos fonctions – notre hyperviseur AHV, notre Kubernetes Karbon, notre NAS Filer, notre réseau Flow, notre base de données Era, etc. – sont toutes là, elles répondent à toutes vos attentes, elles sont incluses dans la plateforme. Bref, nous avons l’honnêteté de reconnaître que ce ne sont que des commodités », explique Rajiv Ramasami, le PDG de Nutanix, en tournée cette semaine en France.

À mots à peine couverts, il cible son concurrent direct VMware, lequel s’efforce au contraire de faire du moindre module de sa plateforme un produit qui mérite d’être vendu en option, pour ses supposés mérites technologiques. VMware argumente d’ailleurs qu’il vaut mieux partir chez AWS et Azure non pas en utilisant leurs machines virtuelles de base, mais en passant par les offres « VMware Cloud on AWS/on Azure » qu’il y fait héberger pour être sûr d’obtenir des garanties de performances.

Rajiv Ramasami sait de quoi il parle : il a été le patron des produits de VMware jusqu’en 2020. Et c’est sans doute lui-même qui avait mis en place cette stratégie commerciale basée sur le mérite technique.

« Par exemple, notre hyperviseur AHV est basé sur KVM, le standard Open source que tout le monde connaît dans le monde Linux. Il n’y a pas besoin d’épiloguer sur ses détails techniques. En Inde, une grande banque utilisait jusque-là le système de virtualisation de notre concurrent. Ils redoutaient de le remplacer par notre solution, car, disaient-ils, ils ignoraient quels résultats donnerait notre hyperviseur. Ils ont passé des mois à faire des tests et sont arrivés à la conclusion suivante : la seule différence significative était que nous étions moins chers. Aujourd’hui, ils sont nos clients », argumente le PDG de Nutanix.

Abolir les appliances, miser sur la commodité, parier sur les partenaires

La stratégie que tâche de mettre en place Rajiv Ramasami tient en trois points. Le premier est de définitivement se débarrasser de l’activité historique de ventes d’infrastructures hyperconvergées matérielles. Désormais, un serveur Nutanix vendu à une entreprise doit être un serveur HPE sur lequel le logiciel de Nutanix est préinstallé. Dans le cas d’OVHcloud, les machines sont les Intel bi-Xeon de 32 cœurs que l’hébergeur assemble lui-même. Même chose chez Equinix, qui propose plutôt des serveurs AMD Epyc monosocket, également en 32 cœurs.

« Nous avons lancé cette stratégie de souscription à nos logiciels en 2019. Nous ne pouvions arrêter du jour au lendemain la vente d’appliances matérielles. Pour autant, nous comptons bien que cette transformation soit achevée d’ici à l’année prochaine », assure le PDG de Nutanix.

Le second axe stratégique consiste donc à présenter tous les modules de la plateforme comme des commodités. « Vous devez exécuter des applications en containers, notre plateforme est livrée avec l’orchestrateur Karbon, et même avec notre système de stockage objet, car c’est ce type de stockage dont ont besoin les containers », dit Rajiv Ramasami.

« Cependant, attention. Lorsque vous parlez de containers, vous pouvez étendre le sujet au redéveloppement des applications pour les adapter à ce format cloud-native. Dans ce cas, nous sortons des seules infrastructures cloud, pour entrer sur le domaine des développeurs. Et, sur ce sujet, nous préférons collaborer avec Red Hat qui a une plateforme dédiée – OpenShift – que nous pouvons proposer en bundle avec notre solution », précise-t-il.

« Kubernetes est un runtime, un démarreur de containers. C’est de la technique. Notre avantage est la simplicité de nos outils tout intégrés. »
Rajiv RamasamPDG, Nutanix

Et d’insister : il n’est pas question d’opposer l’implémentation de Kubernetes dans Karbon à celle proposée par Red Hat dans OpenShift. « Kubernetes est un runtime, un démarreur de containers. C’est de la technique. Notre avantage est la simplicité de nos outils tout intégrés. »

Le dernier axe, enfin, est celui des partenariats. Rajiv Ramasami aimerait que le système AOS de Nutanix soit associé au cloud, comme Windows l’est au PC : qu’il s’agisse du logiciel à tout faire que chaque fournisseur propose. « Pour le dire simplement, nos clients veulent aller dans le cloud pour y stocker leurs sauvegardes, pour s’en servir comme d’un SI de secours, ou encore, pour moderniser leurs applications. Tout cela est très compliqué à faire si vous n’avez pas une infrastructure qui simplifie l’hybridation. Nous vous fournissons cette infrastructure simple. »

Au-delà des clouds privés, Nutanix propose, comme VMware, des ressources hébergées chez AWS et qui se fondent dans la même console d’administration que celles sur site. D’ici à quelques semaines, une offre équivalente devrait être proposée chez Azure.

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