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C12 met ses qubits carbones dans Classiq pour séduire les « développeurs quantiques »

La start-up française C12 annonce un partenariat avec l’éditeur de logiciels de développement quantique Classiq pour participer à la démocratisation de ce domaine. Le tout dans un monde en devenir, mais qui entrerait dans la phase de préparation des futurs usages.

C12, un des spécialistes français des processeurs quantiques et Classiq, éditeur d’une plateforme logicielle dédiée au quantique, ont officialisé un partenariat.

Leur alliance va tenter de rendre un peu plus abordable le matériel (à base de nanotubes de carbone chez C12) aux développeurs. L’objectif général – revendiqué par les deux acteurs – est d’accélérer l’adoption de ces technologies par les entreprises et par les centres de recherche.

Un des meilleurs compilateurs quantiques du monde

Concrètement, l’accord va permettre d’intégrer l’émulateur de C12 (Callisto) dans l’Environnement de Développement Intégré de Classiq.

Callisto reproduit les paramètres physiques et le bruit réel de l’architecture développée par la start-up (à base de qubits de spin en nanotubes de carbone). En attendant l’arrivée à maturité des puces de C12, il permet de faire tourner des algorithmes quantiques qui impliquent jusqu’à 13 qubits sur des processeurs classiques.

« L’intérêt du partenariat est de connecter [notre] émulateur à une plateforme logicielle de haut niveau, utilisée par des développeurs et des industriels pour concevoir et compiler […] des algorithmes quantiques à grande échelle », déchiffre Pierre Desjardins, CEO et cofondateur de C12, pour Le MagIT. « Classiq a développé un des meilleurs compilateurs du monde pour l’informatique quantique », continue-t-il.

Or le compilateur est une des clés qui peut faire changer de statut les ordinateurs quantiques. « C’est lui qui transforme les algorithmes abstraits en instructions exécutables par le matériel. C’est aussi lui qui optimise l’utilisation des qubits et la gestion des erreurs », explique l’expert qui est passé par l’X, Colombia et le MIT.

En creux, il s’agit donc aussi pour C12 d’exister dans l’écosystème de Classiq en tant que « backend provider » aux côtés de grands noms comme IBM, AWS, Microsoft, Google ou NVIDIA.

L’interface de l’EDI dédié au quantique de Classiq
L’interface de l’EDI dédié au quantique de Classiq

Il y a « développeur quantique » et « développeur quantique »

La cible de cette stratégie est ce qu’il convient désormais d’appeler le « développeur quantique » (même s’il est établi que l’on peut à la fois déterminer la position et la vitesse de ce développeur).

« Ce marché reste relativement restreint, mais il évolue rapidement », constate Pierre Desjardins. Cette communauté serait, en effet, tirée par deux « deux dynamiques complémentaires ».

La première est « une communauté experte, issue du monde académique et de la R&D, qui maîtrise déjà les concepts quantiques ». La seconde est « une population plus large de développeurs, d’ingénieurs ou de data scientists, qui s’intéresse au quantique avec des outils de plus en plus abstraits et accessibles (NDR : dont Classiq) », compare Pierre Desjardins.

« L’enjeu n’est donc pas seulement le nombre actuel de développeurs quantiques, mais la démocratisation de l’accès [à ces technologies] » synthétise-t-il. Des plateformes comme Classiq jouent un rôle important dans ce projet puisqu’elles permettent à des non spécialistes de concevoir et de tester des algorithmes quantiques sans avoir à plonger dans les qubits.

La phase de préparation active des futurs usages

Ce partenariat autour de la démocratisation intervient dans un monde, certes prometteur, mais qui en est encore à ses prémices.

« L’informatique quantique n’est pas encore prête à résoudre à elle seule des problèmes industriels de grande ampleur en production », concède Pierre Desjardins. « Mais elle est entrée dans une phase de préparation active à ces usages », ajoute-t-il immédiatement.

« Le sujet n’est plus “est-ce que le quantique fonctionnera un jour ?”, mais plutôt comment préparer dès maintenant les architectures, les outils et les cas d’usage qui permettront de l’exploiter à mesure que le matériel progresse », insiste l’expert.

Pas encore de processeurs, mais déjà des collaborations industrielles

Aujourd’hui, les processeurs de C12 sont encore en développement. « Mais grâce à des approches comme l’émulation réaliste, les workflows hybrides HPC–quantique et le travail avec des partenaires industriels, il est déjà possible d’explorer des cas concrets, de qualifier leur intérêt et d’orienter les choix technologiques », assure Pierre Desjardins. « C’est cette phase que nous jugeons aujourd’hui critique ».

Parmi ces partenaires industriels, C12 travaille déjà avec Thalès sur des problématiques d’optimisation des systèmes radars.

D’autres projets sont menés dans la chimie et l’aéronautique pour la simulation de systèmes complexes. C12 ne donnera pas les noms « pour des raisons de confidentialité ».

« Mais ces collaborations illustrent l’intérêt de plus en plus fort [des acteurs industriels et des institutionnels] pour préparer, dès maintenant, l’intégration future du calcul quantique dans leurs workflows », prédit Pierre Desjardins.

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