Des membres de Supermicro accusés d’avoir détourné des GPU Nvidia

Le président du constructeur américain et deux complices auraient frauduleusement expédié vers la Chine l’équivalent de 2,5 milliards de dollars en serveurs d’IA.

Le cofondateur et Président du fabricant de serveurs américain Supermicro, Yih-Shyan Liaw, et un courtier taiwanais en matériels informatiques, Ting-Wei Sun, ont été arrêtés en fin de semaine dernière aux USA pour avoir organisé, entre fin 2024 et fin 2025, un trafic de serveurs remplis de GPU Nvidia vers la Chine. Un troisième complice, Ruei-Tsang Chang, le directeur commercial de la filiale taiwanaise de Supermicro, est également recherché par le FBI pour avoir participé à ce détournement dont la valeur marchande est estimée à 2,5 milliards de dollars.

« Le stratagème fonctionnait comme suit. Liaw et Chang, qui travaillaient en étroite collaboration avec des courtiers tiers dont les clients étaient basés en Chine, ont demandé à certains dirigeants d’une société établie en Asie du Sud-Est de passer des commandes pour des serveurs équipés de GPU », explique un rapport du ministère étatsunien de la Justice.

« Ces serveurs étaient expédiés vers les installations du fabricant américain à Taïwan, puis livrés à la société cliente ailleurs en Asie du Sud-Est. Celle-ci, en concertation avec les accusés, faisait ensuite appel à une société de transport et de logistique pour reconditionner les serveurs et les placer dans des cartons non étiquetés, afin de dissimuler leur contenu avant de les expédier vers leurs destinations finales en Chine. » 

« Afin de s'assurer que ces attributions de serveurs soient approuvées en interne par le fabricant américain, les accusés et les dirigeants de la société cliente ont préparé de faux documents, de faux registres, et transmis de fausses communications, visant à faire croire que la société était le client final des serveurs », ajoute le rapport.

Passer entre les mailles des restrictions américaines

Le rapport indique que certains des serveurs détournés auraient même été expédiés depuis les USA, suggérant que les commandes passées pour le compte de la Chine ont parfois dépassé les stocks habituellement assemblés en Asie pour les clients asiatiques.

Pour mémoire, les USA réglementent l’export de leurs technologies vers la Chine depuis 2022, via une succession de textes qui restreignent un peu plus à chaque fois les produits informatiques en général et ceux impliqués dans l’IA en particulier. Sur la période concernée, le gouvernement étatsunien interdisait à quiconque de vendre des H100 et des H200 à des entreprises chinoises. Or, les serveurs Supermicro détournés en étaient équipés.

Depuis ces dernières semaines, les ventes de GPU H200 vers la Chine sont de nouveau possibles, à condition d’obtenir de la part du ministère étatsunien du Commerce une licence. Les H100 et H200 font partie de la génération de GPU Hopper de Nvidia qui a précédé l’actuelle génération Blackwell (GPU B200, B300), laquelle sera remplacée par la génération Rubin d’ici à la rentrée prochaine.  

Les GPU de Nvidia sont gravés à Taiwan, dans les usines de TSMC, puis conditionnés sur des cartes électroniques par d’autres prestataires asiatiques, avant d’être expédiés aux fabricants de serveurs qui n’ont plus qu’à les assembler dans des machines. Pour des questions de logistique, ces assemblages ont souvent lieu dans des ateliers situés dans la région du monde où les machines seront finalement vendues. Cela n’empêche pas les douanes américaines de dépêcher sur place des équipes pour vérifier les marchandises.

En l’occurrence, la fraude commise par le président de Supermicro et ses complices comprenait le recollage, en cours de route, des étiquettes des serveurs d’origine sur des boîtiers de serveurs vides pour tromper les contrôles inopinés effectués chez le destinataire officiellement déclaré.

Il faut préserver le soldat Supermicro

La justice américaine considère à ce stade que les responsables du trafic sont les individus qui y ont participé, mais pas les entreprises pour lesquelles ils travaillent. Cela n’a néanmoins pas empêché Supermicro de voir son action en bourse perdre 33% de sa valeur dans les 24 heures qui ont suivi la révélation de l’affaire.

Yih-Shyan Liaw a été manu militari poussé à présenter sa démission, qui a immédiatement été acceptée par le conseil d’administration de Supermicro, alors même que sa première audience devant un juge n’aura lieu que mercredi prochain. Selon différents observateurs, il encourt une peine pouvant s’élever à 30 ans de prison.

L’américain Supermicro est le numéro 2 mondial des fabricants de serveurs en marque blanche pour les fournisseurs d’équipements en datacenters et les hyperscalers, derrière le taiwanais Foxconn. Son dernier chiffre d’affaires trimestriel est de 12,7 milliards de dollars, soit plus du double de celui atteint un an auparavant et, ce, principalement grâce à l’augmentation en flèche des commandes pour des serveurs équipés de GPU Nvidia. Les USA n’ont a priori aucun intérêt à entraver ses affaires.

De son côté, Foxconn a annoncé que ses ventes récentes lui ont rapporté 42 mds $ en seulement deux mois.

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