Le fournisseur de stockage StorPool concurrence lui aussi VMware
L’éditeur bulgare ne proposait jusque-là qu’un système de stockage. Il commercialise désormais deux offres qui rivalisent avec l’intégralité de la plateforme de virtualisation de VMware : l’une avec Oracle, l’autre entièrement sous sa marque.
Et une alternative à VMware de plus. Ou plutôt deux. L’éditeur bulgare StorPool, qui ne vendait jusqu’ici qu’un système de stockage, s’associe à Oracle pour proposer une plateforme de virtualisation complète. Et d’ici à la fin de ce mois, il en proposera une autre, cette fois-ci sous sa seule marque.
« La problématique numéro 1 de nos clients n’est pas l’IA, elle de ne pas pouvoir faire d’IA parce qu’ils auront déposé le bilan avant, s’ils continuent à se ruiner en licences VMware, lequel a fortement augmenté ses tarifs depuis son rachat par Broadcom. Comme nous sommes la meilleure alternative à la couche de stockage vSAN de VMware, il était cohérent que nous nous impliquions dans une alternative », lance Boyan Ivanov, le PDG de StorPool (en photo en haut de cet article).
Boyan Ivanov est venu annoncer ce revirement stratégique à l’occasion d’un événement IT Press Tour consacré aux acteurs du stockage qui percent sur le marché européen.
Une alternative avec Oracle pour des garanties sérieuses
« Il existe déjà quantité d’alternatives à VMware. La plupart sont basées sur l’hyperviseur Open source KVM, auquel il suffit techniquement d’ajouter d’autres modules pour remplacer l’orchestration de la virtualisation (VMware vSphere), son administration (vCenter) l’orchestration façon cloud (vCloud Director), la couche stockage (vSAN), la couche réseau (NSX). Mais cela n’est pas satisfaisant. »
« D’abord, les grands comptes ne veulent pas travailler avec un fournisseur qui ne serait pas capable de leur apporter les mêmes garanties contractuelles que VMware. Le seul acteur qui en soit capable, c’est Oracle. Oracle a toutes les couches équivalentes à VMware dans son offre OLVM (Oracle Linux Virtualization Manager). Sauf un stockage digne de vSAN. Que StorPool apporte, donc », explique le PDG.
Selon lui, IBM et Microsoft seraient aussi capables d’apporter des garanties similaires. Cependant, pour le premier, la migration vers Red Hat OpenShift Virtualization serait trop compliquée, car il ne s’agit plus d’opérer des VM, mais des VM par-dessus des containers. Quant au second, StorPool raconte ne jamais rencontrer de grands comptes qui aiment Hyper-V.
Boyan Ivanov précise que, sur cinq ans, le déploiement d’OLVM avec le système de stockage StorPool reviendrait 71% moins cher que chez VMware. Il donne des chiffres : sur une telle période, le coût de VMware sur 1800 cœurs de processeurs serait d’environ 3,15 millions de dollars, contre moins de 910 000 dollars pour l’alternative proposée.
StorPool One, le concurrent maison pour ne parler qu’à une seule marque
Le problème d’Oracle est qu’il s’agit d’un fournisseur américain. Or, dans sa stratégie commerciale en Europe, StorPool met en avant son côté souverain. Et il n’y aurait pas d’équivalent à Oracle en Europe.
« La contrainte des alternatives européennes à toute la pile VMware est qu’elles sont faites de bric et de broc, avec des couches fonctionnelles qui viennent de différents fournisseurs. Et, ça, c’est une chose que les entreprises détestent. Car cela leur fait courir le risque d’être baladées d’un fournisseur à l’autre à la moindre demande de dépannage ! »
« C’est pourquoi nous avons décidé de réunir toutes les couches alternatives en Open source dans un seul produit, avec notre système de stockage. Cette distribution s’appelle StorPool One. Au moindre problème technique, les clients n’appellent que nous », argumente Boyan Ivanov.
StorPool One serait quant à lui 64% moins cher que VMware. En prenant toujours le même exemple de 1800 cœurs, le coût d’exploitation sur cinq ans serait d’environ 1,13 million de dollars.
Lors de sa présentation, le PDG est resté très discret quant aux composants Open source que son entreprise a choisi d’assembler dans StorPool One. Par exemple, rien que pour la gestion façon cloud privé d’un cluster virtualisé par l’hyperviseur KVM, il existe au moins trois approches Open source : OpenStack, CloudStack, OpenNebula. On ne sait pas non plus si le Linux qui exécute KVM utilise des packages de fonctionnalités au format Red Hat, Ubuntu, ou autre.
Boyan Ivanov se contente de dire que son équipe s’est occupée de l’ingénierie de toute la solution. Les seuls modules qu’il nomme sont les extensions dédiées à la sauvegarde et à la reprise d’activité en cas d’incident, respectivement StorePool VolumeCare et StorPool DR Engine. Il ne fait nul doute qu’eux ont bien été développés par l’éditeur. Ils existent d’ailleurs en option avec son système de stockage vendu seul.
À l’occasion d’une tout autre présentation, qui concerne, elle, la validation de StorePool comme couche de stockage dans une pile de virtualisation 100% européenne pour les hébergeurs de cloud privé, c’est le logo de SUSE qui apparaît à tous les étages.
Interrogé lors de l’événement SuseCON qui se tient cette semaine à Prague, Dirk-Peter van Leeuwen, le PDG de SUSE, confirme à la fois travailler avec StorPool et mettre en œuvre une stratégie de distribution en marque blanche avec plusieurs fournisseurs IT. Des fournisseurs IT qui auraient besoin de vendre leurs produits dans des solutions clés en main, 100% européennes et Open source.
Précisons que SUSE préfère vendre sa distribution SUSE Virtualization quand il s’agit de remplacer VMware, mais que celle-ci fonctionne, comme chez Red Hat, en orchestrant des VM par-dessus des containers. Alors que StorPool One est a priori basé sur KVM. Toutefois, la virtualisation depuis KVM existe aussi chez SUSE, à partir de sa distribution Linux SLES, dont la version 16 est sortie en fin d’année dernière.
Un système de stockage vendu comme « le plus rapide »
Le système StorPool de base est un SDS (Software-Defined-Storage), à savoir un logiciel qui simule une baie de stockage en mode bloc à partir des disques et SSD contenus dans les serveurs d’un cluster. Le plus souvent, un tel SDS s’utilise de pair avec un système de virtualisation des serveurs ou une base de données répartie sur le même cluster.
Son éditeur, qui porte le même nom, positionne StorPool comme une solution ultrarapide. Elle serait même, selon lui, la plus rapide du marché, avec une latence inférieure à 100 microsecondes sur des SSD NVMe et des accès en 100 millions d’IOPS avec des débits compris entre 100 et 200 Go/s sur une vingtaine de nœuds.
Parmi ses fonctionnalités, citons le fait de pouvoir ajouter des nœuds à chaud. Boyan Ivanov évoque l’anecdote d’un client qui serait ainsi passé au fil du temps d’une capacité initiale de 10 To à 50 Po aujourd’hui, sans aucune intervention de service. « Cela garantit que les mises à jour logicielles, le remplacement du matériel ou l'extension de la capacité s'effectuent sans fenêtre de maintenance, assurant une continuité totale des opérations » vante Boyan Ivanov.
Au-delà du cœur de stockage, la plateforme intègre des fonctionnalités avancées de gestion de données. Elle peut partager son contenu en mode fichier, protège ses contenus avec des snapshots réguliers, gère des tiers de stockage et des règles de qualité de service. L’administrateur a accès à du Thin provisionning et des outils de monitoring.
Si l’on parle bien d’un système à installer sur site, sur des matériels à acheter (ou à récupérer) à part, StorPool est néanmoins une solution « managée » : l’éditeur s’occupe à distance des mises à jour et des dépannages. Pour Boyan Ivanov, il s’agit de proposer une maintenance aussi transparente qu’un service de stockage en cloud public.
L'entreprise, StorPool, autofinancée et rentable, affiche une croissance annuelle d'environ 15 % et vend actuellement sa solution dans une trentaine de pays.
