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Cloud souverain : après Bleu, SAP arrive sur S3NS

Les logiciels phares de SAP – à commencer par S/4 et BTP – seront disponibles dans deux déclinaisons souveraines d’ici 2027. Après la version « Azure » opérée par Capgemini et Orange (Bleu), l’éditeur confirme la version « Google Cloud », par Thales. Qui deviendra au passage le premier client de ce S/4 sur S3NS.

Ce n’est pas une surprise, mais la confirmation était attendue. SAP sera disponible depuis l’infrastructure souveraine et SecNumCloud d’ici le second semestre 2026. Plus précisément, ce sera la « Private Cloud Edition » qui sera hébergée sur le cloud motorisé par les technologies de Google et entièrement géré par Thales.

Thales sera d’ailleurs le premier client de cette offre souveraine, entièrement immune aux droits extraterritoriaux.

Pour S3NS, il s’agit de la deuxième grosse arrivée d’un éditeur majeur en moins d’un moins. OpenText a en effet annoncé la disponibilité de plusieurs de ses produits sur l’infrastructure souveraine début avril.

« Cette collaboration marque une étape clé dans le développement de notre écosystème d’éditeurs logiciels de premier plan », se réjouit Hélène Bringer, présidente de S3NS.

SAP sur GCP, mais chez Thales

Pour SAP, la stratégie est de répondre aux besoins des clients critiques, « là où ils se trouvent », en n’excluant aucun de ses partenaires technologiques stratégiques.

« Nous sommes agnostiques vis-à-vis des hyperscalers », avait récemment assuré au MagIT Martin Mertz, directeur de la branche Sovereign Cloud chez SAP. « La plupart des gouvernements et des clients adoptent une stratégie multicloud. Et comme c’est ce qu’ils demandent, nous y répondrons naturellement ».

« Nous sommes agnostiques vis-à-vis des hyperscalers. »
Martin MertzDirecteur de la branche Sovereign Cloud chez SAP

Les organisations proches de Microsoft auront donc l’option SAP « Bleu », autre cloud souverain co-géré par Capgemini et Orange (sur une base Azure), annoncée en mars. Celles proches de Google ont désormais l’équivalent avec S3NS.

Dans le détail, c’est la quasi-totalité de la stack de SAP qui sera disponible, à commencer par son ERP phare, S/4HANNA, et sa plateforme de développement BTP. Le tout s’intègre dans le programme de migration RISE, ce qui assure au passage les organisations de pouvoir bénéficier des nouveautés comme le Green Ledger ou l’IA.

Sur ce point, Oliver Beck, CTO de Sovereign Cloud chez SAP, expliquait (au moment de l’annonce de SAP sur Bleu) que l’intelligence artificielle dans un cadre souverain et ultraconfidentiel était « livrée » sous forme de mise à jour, sans remonter les données des clients.

Cette IA (générative ou plus traditionnelle) tournera donc entièrement en local ou avec des appels API, mais uniquement vers des services, eux aussi souverains. Le but étant de garantir la totale étanchéité de ces déploiements. Il devrait en être de même avec S3NS.

Bleu et S3NS, un framework commun pour SAP

Bleu et S3NS ne sont pas les premières offres souveraines de SAP. « Cela fait 15 ans que nous faisons du cloud souverain partout dans le monde », assure Martin Mertz. SAP a vendu à cette époque ses solutions à l’administration américaine, à la Navy, ou à Lockheed Martin dans un environnement spécifique, et au travers d’une société à part baptisée National Security Services (NS2).

« Cette collaboration marque une étape clé dans le développement de notre écosystème d’éditeurs logiciels de premier plan. »
Hélène BringerPrésidente de S3NS

Puis il a décliné cette offre pour les « five eyes » (Royaume-Uni, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande), chaque fois en respectant des demandes locales, qu’elles soient réglementaires ou technologiques.

De ces expériences, SAP a tiré un « framework » commun. Quel que soit le pays, « nous opérons sous la supervision du gouvernement et des autorités », avec un « ensemble complet de logiciels hautement sécurisés » ; « le plan de contrôle reste dans le pays », « les personnes qui ont accès à vos données possèdent la nationalité requise et ont obtenu l’habilitation nécessaire » ; et « tout est toujours vérifié deux fois, voire trois, par les autorités et par le gouvernement », liste Martin Mertz.

Pour SAP, cette forme d’industrialisation évite de repartir de zéro dans chaque pays et lui permet de réduire ses coûts et ses prix. Les chantiers Bleu et S3NS en bénéficient aujourd’hui, même s’ils restent des projets au long cours de plus de 18 mois.

Pas une offre pour tout le monde

« Si un client n’a pas besoin du cloud souverain, nous l’invitons à rester sur nos solutions cloud classiques. »
Martin MertzDirecteur de la branche Sovereign Cloud chez SAP

Ces offres ciblent prioritairement les OIV et le secteur public. Mais pas que. D’autres entreprises privées se montreraient intéressées.

Mais SAP prévient, le souverain a un coût – entre 10 % et 15 % de plus (minimum) que les offres classiques – et il n’est pas adapté à tous les besoins.

« Un client qui n’a pas réellement besoin du cloud souverain, nous l’invitons à rester sur nos solutions cloud classiques », insistait Martin Mertz au lancement de SAP sur Bleu. « Elles sont faites pour cela et parfaitement sécurisées […]. Le cloud souverain, ce n’est pas uniquement une question de sécurité ».

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