Résultats 2020 : SAP toujours les pieds sur terre, toujours aussi solide

SAP se cloudifie doucement, mais sûrement (+17 % sur l’année). Son historique sur site reste cependant une base très robuste pour son développement. Quant à son ERP de nouvelle génération S/4, il atteint la barre des 16 000 clients (+16 %), dont L’Oréal et Atos.

Sur l’année 2020, SAP a vu ses revenus baisser de 1 % à 27 milliards d’euros avec une ligne de « licences logicielles et de maintenance » en chute de 6 % à 15 milliards, mais avec des revenus cloud en progression significative de 17 % à 8 milliards.

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SAP a communiqué ses résultats vendredi 29 janvier, soit deux jours après la présentation de son programme « Rise with SAP ». L’éditeur a positionné « Rise » comme un véhicule pour accompagner et faciliter la transition de sa large base de clients sur site vers l’Entreprise Intelligente, concept maison qui désigne des organisations qui s’appuient sur S/4HANA Cloud, la donnée unifiée, l’IA et des outils analytiques pour optimiser ses processus.

Christian Klein, CEO, SAPChristian Klein, PDG SAP

La base de clients de SAP augmente régulièrement et les produits de l’éditeur auraient prouvé leur valeur pendant la pandémie, se félicite Christian Klein, PDG de SAP, lors de sa conférence avec les analystes financiers.

16 000 clients pour S/4

Le nouveau fer de lance de SAP dans l’ERP, S/4HANA compterait désormais 16 000 clients, selon le rapport financier de l’entreprise.

Le document indique que « SAP S/4HANA a gagné 900 clients au [quatrième] trimestre, portant le nombre total à environ 16 000 clients – soit une augmentation de +16 % en un an – dont plus de 8 700 sont en production ».

Au quatrième trimestre L’Oréal, Shell, Schwarz IT KG (Lidl) Unilever ou encore le laboratoire pharmaceutique Gilead Sciences ont choisi S/4HANA. BMW et Atos ont eux choisi SAP S/4HANA Cloud.

À noter que ces chiffres positifs restent à prendre avec précaution. Comme le faisait remarquer l’analyste de Forrester, Liz Herbert, les éditeurs (et pas que SAP) revendiquent dans leurs clients ERP des entreprises qui peuvent ne prendre qu’un module particulier (Finance ou SCM par exemple), et pas la totalité de leurs suites.

SAP contre la pandémie

Lors de son intervention, Christian Klein a particulièrement souligné la capacité des produits et des technologies de SAP à soutenir la lutte mondiale contre la pandémie.

SAP a par exemple travaillé avec Deutsche Telekom sur une application de recherche des cas contacts en Allemagne. Et, rappelle-t-il, 17 des 20 premiers producteurs mondiaux de vaccins utilisent SAP. Autre exemple cité, Moderna gère sa chaîne d’approvisionnement avec SAP pour la distribution de ses vaccins à ARN messager.

« Nous sommes plus proches que jamais de ces entreprises pour les aider à accroître leurs productions, à les accompagner dans le cloud et à les connecter au [SAP] Business Network pour qu’elles puissent se procurer les ingrédients de leurs vaccins […] malgré les confinements. Ce sont des scénarios opérationnels réels […] et cela nous donne la confiance nécessaire pour être optimiste en 2021 ».

Une dose de Qualtrics pour doper SAP

Les revenus de SAP ont également fortement bénéficié du spin-off de Qualtrics, la solution d’expérience clients et employés que SAP avait rachetée en 2018 pour 8 milliards de dollars.

Luka Mucic, SAP CFOLuka Mucic,
directeur financier SAP

« Nous sommes ravis du résultat de cette introduction en bourse qui représente plus du double de la valeur de notre acquisition il y a deux ans », se réjouit Luka Mucic, directeur financier de SAP, lors de la conférence avec les analystes.

Avec cette introduction, Qualtrics devient une filiale autonome de SAP – qui restera pour très longtemps actionnaire majoritaire, assure Luka Mucic. Son prix d’introduction la valorise à quasiment 18 milliards de dollars.

Des résultats peut-être pas spectaculaires, mais solides comme la pierre

Les résultats financiers de SAP ne sont pas spectaculaires, pour l’analyste Trevor White de Nucleus Research. Mais il ne s’agit pas non plus d’une surprise vu le contexte économique de 2020.

« Ils n’ont pas fait d’étincelles, mais ils ont clairement bien terminé l’année. Ce qui est un bon signe pour l’avenir », avance-t-il. « Et ils semblent très confiants dans les capacités de leur nouveau programme “Rise with SAP” à faire migrer leur base installée vers le cloud ».

En tout état de cause, « Rise » montre que SAP a un plan et qu’il se met en ordre de bataille pour un avenir plus cloud, estime Trevor White.

« Beaucoup d’observateurs avaient accueilli avec scepticisme le projet [de cloudification] de SAP. Mais maintenant ils ont un plan sérieux, bien pensé et bien conçu qu’ils ont commencé à mettre en œuvre. Donc la confiance envers SAP dans son ensemble grandit à nouveau », conclut-il.

Mais SAP a encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir être considérée comme un véritable éditeur cloud, tempère Andrew Bartels de Forrester Research.

Pour lui, la chute des revenus des licences logicielles et de la maintenance n’est pas surprenante. Elle traduirait bien le fait que les entreprises commencent à se tourner vers le cloud. Mais elle pourrait être préoccupante à terme, car il s’agit d’une source de revenus habituellement stable pour SAP.

Une autre préoccupation est que les revenus cloud de SAP proviennent principalement de solutions sensibles au ralentissement économique : Concur pour les voyages et les dépenses, Ariba pour les achats et Fieldglass pour la gestion des « extras » et des travailleurs temporaires. SAP aura besoin que l’économie rebondisse pour retrouver de la croissance dans ces domaines, souligne Andrew Bartels.

De fait, sur 2020, le chiffre d’affaires de Concur a dévissé de 20 %, à 341 millions d’euros.

Par ailleurs, bien que regardant vers le ciel de l’ERP cloud, SAP a encore les pieds bien sur terre et ses résultats dépendent toujours fortement de ses offres sur site, estime l’analyste.

« Plus de la moitié de ses revenus proviennent des licences et de la maintenance, ce qui reste une base solide [surtout qu’] il existe toujours une forte préférence pour les logiciels sur site dans de nombreuses régions du monde et dans de nombreux secteurs », constate Andrew Bartels. « Mais ce n’est pas un moteur de croissance. C’est une excellente base pour SAP, car c’est un flux solide de revenus et de profits. Mais ce n’est pas l’histoire qu’ils voudraient raconter, une histoire de forte progression et de cloud ».

Microsoft, la « guest star » de l’année 2020 de SAP

De son côté, le directeur financier de SAP, Luka Mucic, a souligné lors de la conférence aux analystes que les revenus de S/4HANA Cloud approchaient « déjà » les 800 millions d’euros, pour 3 300 clients, dont 2 000 en production.

« Pour S/4HANA, la progression du cloud par rapport au sur site n’a rien à voir avec celle des autres années », assure-t-il avant de promettre que « avec Rise [cette progression] passera encore un cap dans un futur très proche ».

Christian Klein s’est également réjoui, en réponse à une question sur la restructuration de la gouvernance de SAP après le départ de Bill McDermott, PDG de l’éditeur de 2008 à 2019, de l’arrivée de Julia White, une ancienne de Microsoft, comme nouvelle directrice marketing.

« Julia arrive avec une incroyable mentalité cloud », a-t-il annoncé.

SAP a également et fortement souligné « le renforcement de ses relations avec Microsoft autour de l’intégration de Teams, de l’industrie 4.0 et de la simplification de la migration de ses ERP vers Azure ». Microsoft, qui est par ailleurs client de S/4. La bonne entente continue entre les deux géants du logiciel.

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