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SaaSpocalypse : le SaaS est-il mort ? Bien sûr que non
Le SaaS ne disparaît pas, il devient le système d’enregistrement sur lequel l’IA agentique s’appuie pour raisonner et agir. Une mise au point s’impose pour ceux qui n’achètent qu’un narratif et pas la réalité IT.
Il y a plusieurs années, j’ai eu l’occasion de rencontrer deux consultants très respectés, recherchés pour leur expertise en services web. Ils avaient fait une prédiction audacieuse : les services web géreraient les fonctionnalités métier avancées, tandis que les applications se cantonneraient au rôle d’infrastructure pour prendre en charge ces capacités.
Les choses ne se sont pas passées exactement ainsi. Au lieu de cela, l’intégration et les API des applications ont évolué pour devenir des capacités essentielles motorisant aujourd’hui les entreprises les plus digitalisées.
Ces derniers mois, des affirmations du même type ont commencé à être formulées, cette fois sur la viabilité à long terme du SaaS. Ces affirmations ont un impact notable sur le marché.
Le SaaS est-il vraiment mort ?
Certains commentateurs ont remis en question l’efficacité des applications SaaS, les qualifiant de « mortes », ce qui a contribué à la volatilité des actions d’éditeurs comme ServiceNow, Salesforce ou Oracle.
Par exemple, Alexander Puutio a écrit dans Forbes : « le SaaS est mort. Vive le Service-As-A-Service ». D’autres voix de l’écosystème ont adopté des positions similaires. Ce narratif a gagné du terrain. Et il a incité les investisseurs à réviser leurs prévisions de croissance pour les grands fournisseurs SaaS.
Mais la réalité est plus nuancée. Le SaaS et même les applications sur site ne disparaîtront pas nécessairement. Ce qui change c’est la façon dont ils sont utilisés.
Des systèmes d’enregistrement aux « systèmes d’action »
De plus en plus, ces plateformes fonctionneront comme des systèmes d’enregistrement (« systems of records »), qui fournissent la base de données générant de la valeur à partir de l’IA agentique. Ces données doivent encore être créées, stockées et analysées quelque part – et dans la plupart des cas, ce « quelque part » reste le SaaS.
Ce qui changera avec les agents IA, c’est la façon dont la valeur sera créée et livrée. Au lieu de simplement capturer des écritures comptables ou des dossiers clients, l’économie des agents IA se concentrera sur l’action. Pour Peter Ballis, directeur technique de Workday, les agents IA aideront à transformer les ERP/PGI de systèmes d’enregistrement en systèmes d’action.
Ce changement se produit déjà . Dans une recherche de Dresner Advisory Services, 67,5 % des entreprises de logiciels déclarent avoir déjà mis en œuvre des solutions d’IA agentique. Mais nous ne considérons pas que l’IA agentique va éliminer les applications ou la business intelligence. Au contraire, nous la voyons comme un outil qui va démocratiser et stimuler la transformation digitale des métiers, du fait que ces agents redéfinissent le partage du travail entre humains et automatisation.
Les applications SaaS continueront à offrir une forte valeur, mais cette proposition de valeur sera remodelée par l’IA agentique. Au fil du temps, les capacités agentiques aideront à transformer les systèmes d’enregistrement traditionnels en systèmes de valeur mesurables.
Orientations pour les DSI et les investisseurs
L’idée que le SaaS est mort est tout simplement fausse. Selon l’enquête de Google « The ROI of AI 2025 », 12,5 % des 3 466 organisations interrogées se déclarent « précurseures » (« early adopters ») de l’IA agentique et disent qu’elles obtiennent déjà une valeur mesurable.
Notre recherche révèle une réalité un peu plus modeste : seulement 32 % des entreprises ont réussi avec la BI, et ces organisations ont réussi parce qu’elles ont fait le travail ingrat d’industrialisation des données (amélioration de leur qualité, gouvernance, intégration et évolutivité).
« Contrairement à certains narratifs du marché, cette vague de changement technologique ne consiste pas à éradiquer et à remplacer les systèmes d’enregistrement. » Myles SuerAnalyste et chroniqueur IT
Sans cette fondation, l’enthousiasme autour des nouvelles technologies ne se traduira pas par des résultats réels. Contrairement à certains narratifs du marché, cette vague de changements technologiques ne consiste pas à éradiquer et à remplacer les systèmes d’enregistrement.
Alors, de quoi Wall Street et les DSI devraient-ils vraiment se préoccuper ? Du fait que cette nouvelle vague floute les frontières entre les catégories de logiciels.
Pendant des années, il y a eu des séparations claires entre les plateformes low-code, les outils de développement de processus (BPM), l’informatique décisionnelle (BI et analytique), les data warehouses et les applications métiers. Alors que ces frontières deviennent poreuses entre ces segments et que les capacités se chevauchent, les éditeurs de logiciels se retrouveront en concurrence avec encore plus d’éditeurs.
Nous pensons que cette convergence entraînera une consolidation.
Pour les DSI, la priorité est donc de faire les bons paris stratégiques. Si votre organisation manque encore de maturité en matière de données, concentrez-vous sur les outils et sur les approches qui vous permettront d’en gagner et qui vous aideront à entrer dans l’âge des agents IA. Il ne s’agit pas d’acheter la technologie la plus tape-à -l’œil. Il s’agit de construire des ensembles de pratiques et de développer une stratégie globale qui équilibre l’exécution tactique avec le changement stratégique à long terme.
Pour les investisseurs, le message est le même : faites vos devoirs. Demandez-vous quelles entreprises sont les mieux positionnées pour permettre les solutions agentiques. Demandez-vous qui peut le mieux aider les 68 % d’organisations, qui luttent encore avec la maturité de leurs données, à avancer le plus rapidement.
Ces entreprises seront les gagnantes – tout comme Nvidia l’a été du côté des GPU. Et n’oubliez pas, ce changement ne consiste pas à abandonner et remplacer les logiciels. Il s’agit de renforcer les fondations indispensables pour évoluer vers de véritables « systèmes d’action ».
Myles Suer est analyste et journaliste IT. Ses travaux ont été publiés dans des publications telles que CMSWire, CIO.com, VKTR et Cutter Business Technology Journal. Il est directeur de recherche chez Dresner Advisory Services.
Cette tribune a été initialement publiée sur InformationWeek.
