JPMorgan Chase : 5 % seulement des cas d’usage IA ont un impact « significatif »
Le géant bancaire américain a déployé un millier de cas d’usage de l’IA. Il l’explore également dans des produits pour ses clients, tout en se montrant très prudent sur les menaces cybers que l’agentique amplifie.
Pour le président de la première banque américaine, Jamie Dimon, à la tête du géant JPMorgan Chase & Co, l’intelligence artificielle est un phénomène ambivalent qui représente à la fois une opportunité et un risque.
« L’IA va créer des choses où nous excellerons. Et nous y gagnerons. Mais elle va aussi créer des secteurs où nous perdrons, car nos concurrents trouveront des moyens de nous grignoter des parts de marché », anticipe-t-il lors d’une conférence d’investisseurs organisée par Bernstein. « Nous devons donc être vraiment performants sur ce terrain. »
JPMorgan a déployé environ 1 000 cas d’usage de l’IA en interne. Mais Jamie Dimon considère que 50 à 60 seulement entrent dans la catégorie des applications « significatives », c’est-à-dire avec un réel impact, « celles où nous faisons de vraies économies et où nous constatons concrètement des changements », précise-t-il.
Smart Cash
Pour lui, l’IA ne modifie pas les fondamentaux des banques.
« Il faut toujours déplacer de l’argent, envoyer des fonds, gérer des actifs et lever des capitaux pour les clients », résume-t-il.
« Il faut toujours déplacer de l’argent, envoyer des fonds, gérer des actifs et lever des capitaux pour les clients. »
Jamie DimonPrésident de JPMorgan Chase
L’IA modifie cependant la manière de le faire. Et c’est là qu’il y a des opportunités. La banque teste par exemple Smart Cash, un produit qui embarque de l’IA pour déplacer automatiquement les fonds entre des comptes courants et des produits de courtage plus rémunérateurs, afin d’optimiser les rendements et de gérer les flux de trésorerie.
Les banques doivent s’y préparer ensemble, avertit Jamie Dimon, surtout avec la montée en puissance des modèles « Frontières ». L’IA est « une arme nucléaire si elle tombe entre de mauvaises mains », lance-t-il.
JPMorgan participe par exemple au Project Glasswing d’Anthropic pour déterminer les protections nécessaires autour de ces nouveaux modèles. « Toutes les grandes banques collaborent désormais », ajoute-t-il. « Nous partageons nos avancées avec les autres établissements ».
Le commerce agentique pas pour demain
JPMorgan Chase se montre en revanche plus nuancé sur le buzz autour du commerce agentique, ou AI-Commerce. Pour Marianne Lake, PDG des activités bancaires grand public de la banque, ce type d’achats réalisés totalement ou en partie par un agent IA ne prend pas.
« Il faut de la transparence sur ce que font les agents et un cadre de responsabilité si un agent commet une erreur. »
Marianne LakePDG des activités bancaires grand public de JPMorgan Chase
Certes l’IA générative a été rapidement adoptée pour la recherche et les synthèses d’informations en amont des achats. Mais, « l’IA ne se déplace pas vers la partie transactionnelle », assure-t-elle lors d’une autre conférence organisée par Morgan Stanley.
Cet état de fait ne devrait pas changer rapidement « car dès qu’il faut déplacer de l’argent, les choses changent », constate Marianne Lake. « La confiance et la sécurité comptent alors encore plus ».
Or ces agents posent de nombreuses questions. « Il faut qu’il y ait de la transparence sur ce que font les agents. Il faut aussi un cadre de responsabilité si un agent commet une erreur », insiste Marianne Lake. « Même les plateformes d’IA reconnaissent que les investissements dans l’écosystème des paiements sont importants et complexes. »
« Je ne pense donc pas que les gens vont déléguer leurs achats à des agents dans l’immédiat », conclut-elle.
L’agentique, mais pour des cas d’usage pertinents
JPMorgan Chase ne dit pas pour autant « non » à l’agentique. Il faut juste que les cas d’usage soient adaptés comme dans le cas du Smart Cash, mais aussi d’un agent IA de voyage grand public que la banque lance en phase pilote.
« Il reste très complexe de faire des recherches et de coordonner vols, hôtels et séjour, d’établir l’itinéraire, puis de gérer les modifications et en cas de besoin de traiter les réclamations », justifie Marianne Lake.
À la vitesse des fintechs
L’IA est aussi un accélérateur pour de grandes institutions qui rêvent d’évoluer à la vitesse des fintechs… de plus en plus IA natives.
« Si nous continuons à tirer parti de toutes les opportunités de l’IA, les cartes pourraient bien être redistribuées à notre avantage », espère Marianne Lake....