Microsoft 365 E7 : pourquoi les entreprises restent prudentes face à l’IA

Microsoft 365 E7 regroupe des applications de productivité et des outils d’IA tels que Copilot au sein d’une seule offre, mais les clients hésitent à l’adopter en raison des questions liées au retour sur investissement, aux coûts de consommation cachés et à la dépendance contractuelle.

La licence Microsoft 365 E7 regroupe les fonctionnalités de productivité, de collaboration et d’IA Copilot de Microsoft en une seule référence produit (SKU). La structure tarifaire, par utilisateur, reste en principe inchangée. Cependant, selon les experts du secteur, les doutes quant à la rentabilité de cet ensemble incitent les clients à se montrer prudents avant de l’adopter.

Que contient Microsoft 365 E7 ?

Disponible depuis le 1er mai, M365 E7, également connu sous le nom de « Frontier Suite », inclut toutes les fonctionnalités de M365 E5 et y ajoute une dimension IA.

M365 E5 comprend l’ensemble complet d’Office 365 E5 (Word, Excel, PowerPoint et OneNote), ainsi que Microsoft Teams, des outils de sécurité avancés, des outils de conformité et de gouvernance, des outils d’analyse et de gestion des appareils.

M365 E7 y ajoute les éléments suivants :

  • Microsoft 365 Copilot pour l’intégration d’agents IA dans les outils de productivité 365, à savoir Word, PowerPoint et Outlook.
  • Microsoft Entra Suite pour une gestion étendue des identités et des accès.
  • Microsoft Agent 365 pour un plan de contrôle centralisé de l’IA, un hub de sécurité et la gouvernance des agents IA.

L’offre M365 E7 est proposée au prix de 99 dollars par utilisateur et par an (91,92 euros HT). Tous les produits d’IA sont disponibles sous forme de licences distinctes, dont le prix catalogue s’élèverait à environ 120 $ par utilisateur s’ils étaient achetés séparément.

Les avantages de l’offre M365 E7

C’est un mécanisme bien connu du modèle économique de Microsoft.

Déjà, la licence groupée E5 ajoutait des applications que les clients de M365 E3 ajoutaient et payaient séparément, d’après Kush Patel, directeur de l’innovation chez Tusker, un fournisseur de services gérés et partenaire de Microsoft basé à Chicago.

« Si vous disposez actuellement d’une licence E5 et que vous avez les modules complémentaires et autres applications qui offrent les mêmes fonctionnalités que l’E7, vous devez réaliser une analyse des écarts pour déterminer d’où proviennent les économies et quel est le retour sur investissement (ROI) », déclare Kush Patel. « Ainsi, si vous passez à E7, la migration des solutions tierces entraînera des coûts, et vous devrez déterminer le retour sur investissement de cette opération ainsi que la manière dont vous exploitez efficacement la licence E7 ».

Le fait que des outils d’IA tels que Copilot et Agent 365 soient inclus dans une offre groupée est plus attractif pour certains clients que de les acheter à la carte, ajoute-t-il.

Selon Max Goss, analyste chez Gartner, Microsoft 365 E7 devrait séduire principalement les clients qui ont déjà pleinement adopté les technologies Microsoft.

« Si vous avez tout misé sur Microsoft, si vous avez procédé à un déploiement à grande échelle de Copilot, si vous disposez d’agents IA partout et qu’il s’agit principalement d’agents Microsoft, alors oui, E7 est une bonne affaire, et vous devriez peut-être y réfléchir », lance-t-il.

Des remises intéressantes pourraient également offrir des avantages de précurseur aux clients prêts à parier que le prix n’augmentera pas à l’expiration du contrat de licence E7, poursuit-il.

Un risque que peu de clients de Microsoft semblent prêts à prendre, observe l’analyste. « Nous avons certes constaté que quelques clients étaient intéressés par le passage à E7, mais ils ne sont pas nombreux », note-t-il.

Une enquête menée par Gartner en mai auprès de responsables informatiques et d’IA indique que seuls 4 % d’entre eux étaient « très susceptibles » de passer à la licence E7 au cours de l’année à venir, et 16 % « plutôt susceptibles » de le faire.

Cette réticence n’est pas surprenante. Gartner avait observé un phénomène similaire lors du lancement de M365 E5, relate Max Goss.

Il n’y avait pas eu de ruée à l’époque, et il avait fallu convaincre les entreprises de franchir le pas en leur proposant des remises importantes et en leur fournissant des témoignages de clients de référence démontrant que l’E5 offrait un retour sur investissement suffisant pour justifier son prix. Les clients se montrent également réticents à s’engager dans des contrats à long terme – qui durent généralement trois à cinq ans avec Microsoft –, en particulier alors que les technologies d’IA évoluent si rapidement.

« Compte tenu de toute la disruption qu’entraîne l’IA en général, les gens sont un peu inquiets à l’idée de s’engager sur de longs contrats », remarque l’analyste de Gartner. « C’est la raison pour laquelle les laboratoires comme OpenAI et Anthropic proposent généralement des contrats d’une durée d’un an. Les responsables sont de toute façon un peu réticents à s’engager ».

Certains clients ont bénéficié de remises importantes pour mettre en œuvre la licence E5, mais à l’issue de leur contrat, ils n’ont pas constaté d’amélioration significative de leurs activités.

« Cela s’explique sans doute en grande partie par le fait qu’ils n’ont pas eu le temps de se familiariser avec les fonctionnalités, mais lorsque Microsoft revient pour le renouvellement, elle demande plus d’argent, car les remises ont pris fin », ajoute l’analyste de Gartner.

Kush Patel précise ce raisonnement. Les clients hésitent à passer à E7, car ils ne savent combien de produits leurs métiers utiliseront, ce qui pourrait entraîner des dépenses inutiles. Une stratégie plus judicieuse consiste à tester certaines applications avant de s’engager sur l’offre groupée, afin de pouvoir en évaluer la valeur.

« Vous pouvez ajouter Copilot ou Agent 365 et les tester sans frais supplémentaires », avance-t-il. « Si cela fonctionne, tant mieux, vous pouvez alors passer à E7. Une fois cela fait, vous ne pouvez plus revenir à une version inférieure, et c’est là la principale réticence des clients », souligne le responsable chez Tusker.

Bien que pratiquement tous les assistants agentiques donnent accès aux mêmes modèles de langage, Microsoft Copilot et ses déclinaisons ne pourraient pas convenir à tous les métiers ni à tous les usages. Par exemple, de nombreuses équipes financières apprécient les intégrations de Copilot dans Excel, tandis que les développeurs utilisent Claude Code et les spécialistes du marketing préféreront Gemini. En cela, la « taille unique » induite par la formule E7 n’est pas idéale, conçoit Kush Patel.

Difficile d’échapper à la consommation à l’usage

Qui plus est, derrière le prix fixe de la licence se cachent d’autres coûts.

Les fonctionnalités de Microsoft Security Copilot incluses dans E7 sont soumises à une tarification à l’utilisation qui s’ajoute au prix standard de la licence E7, illustre Adam Mansfield, membre de l’équipe de direction d’UpperEdge, un cabinet de conseil en informatique d’entreprise basé à Boston.

Dans le détail, Microsoft fournit un certain nombre d’unités de calcul de sécurité (SCU) avec Security Copilot, et un compteur de coûts se déclenche lorsque le client dépasse ce quota de SCU.

« Si vous n’avez pas bien négocié, une fois que ce compteur commence à tourner, vous recevez soudainement ces factures et vous commencez à leur devoir plus d’argent », expose-t-il.

Par ailleurs, Agent 365, lui aussi inclus dans l’offre E7, est un outil de gouvernance de l’IA, mais il ne fournit pas les capacités nécessaires pour créer et exécuter des agents IA. Les clients qui souhaitent le faire avec les outils Microsoft devront utiliser des produits facturés à l’usage tels que Copilot Studio, WorkIQ API ou Copilot Cowork, précise Adam Mansfield.

« Ces trois produits sont entièrement basés sur la consommation, ce qui signifie que vous obtenez des crédits que vous consommez progressivement, et une fois que vous avez épuisé ce à quoi vous vous êtes engagé, vous leur devez plus d’argent », renchérit-il.

« E7 or not E7 » : un plan d’action pour les DSI

Concernant M365 E7, Adam Mansfield considère que les DSI devraient s’abstenir de prendre une décision hâtive. Mais au lieu d’en conclure « qu’il est urgent de ne rien faire », ces dirigeants IT peuvent entreprendre certaines actions spécifiques.

Exiger des détails de la part de Microsoft

Les clients doivent rencontrer en personne les représentants de Microsoft pour obtenir une compréhension complète et détaillée du contenu d’E7. Ils doivent également comprendre pleinement ce qui se trouve dans E5, Copilot et d’autres applications qu’ils pourraient potentiellement ajouter, comme WorkIQ API, Copilot Studio et Copilot Cowork, insiste Adam Mansfield.

Diligence raisonnable et transparence

Les clients doivent savoir ce qu’ils utilisent déjà dans E5, ce qu’ils n’utilisent pas et ce qu’ils utiliseront dans E7, ajoute-t-il. Cette projection peut ne pas être parfaite, mais il est important d’avoir cette discussion avec Microsoft pour établir un point de référence permettant d’évaluer ultérieurement ce qui a été promis.

Ne pas se fier à la façade tarifaire

Par ailleurs, les clients pourraient rencontrer des problèmes s’ils se concentrent uniquement sur la remise initiale, avertit-il. Ils doivent documenter ce qui se passe s’ils achètent davantage de licences E7, les renouvellements et les composants de consommation. Ils doivent comprendre ce qu’est un crédit, comment fonctionne la facturation et comment celle-ci est rapportée.

« Assurez-vous d’obtenir des remises sur volume et de savoir à quoi ressemble la tarification une fois que vous dépassez un seuil. Obtenez des protections tarifaires sur les composants de consommation lors du renouvellement, pas seulement sur le prix unitaire », recommande-t-il.

Obtenir le financement de Microsoft

Les clients doivent profiter des End Customer Investment Funds (Fonds ECIF) de Microsoft, un financement destiné à aider les clients à faire appel à des experts pour faciliter le déploiement et tirer profit des produits Microsoft, indique Adam Mansfield.

« Vous devez [leur dire] que vous ne signez pas si vous n’avez pas cet engagement et ce financement, et assurez-vous que Microsoft s’engage à être un partenaire après la signature », conseille-t-il.

Se concentrer sur l’ensemble du « paysage » Microsoft

Lors du renouvellement, les clients ne doivent pas laisser Microsoft se concentrer uniquement sur le nouveau package E7, mais doivent intégrer tous les composants du paysage Microsoft, tels que le support unifié, Azure ou LinkedIn.

« Profitez de ce moment où Microsoft est très motivée », affirme le responsable chez UpperEdge. « Si vous êtes intéressé, faites-leur mériter votre engagement. Et cela ne vaut pas seulement pour E7. Intégrez l’ensemble dans la conversation, prenez de l’avance et liez le tout pour être bien positionné dans les autres domaines ».

Comprendre le pourquoi

Les clients doivent analyser et déterminer exactement ce qui les incite à adopter E7, ajoute Kush Patel. Veulent-ils Copilot ou Agent 365 ? Et comment devraient-ils les mettre en œuvre dans leur environnement ? Par exemple, Copilot est-il le bon assistant IA, et est-ce pour toute l’entreprise ou seulement pour certains cas d’usage ?

« La question du retour sur investissement doit être sur la table. Sa durée également », note-t-il.

Effectuer une évaluation de la préparation à Copilot

Dans cette optique, les clients doivent s’assurer que leur environnement est prêt pour l’IA Copilot, souligne Kush Patel. Ils doivent mettre en place des autorisations et une gouvernance, car l’IA aura, par défaut, accès à tout ce à quoi l’utilisateur a accès. Il est donc important de vérifier minutieusement si l’ingénieur a accès aux RH ou aux finances et de mettre en place une gouvernance autour de cela avant d’activer Copilot.

« Ce n’est pas simplement un interrupteur à activer ; il faut également avoir une politique de conformité en matière d’IA et savoir détecter le Shadow AI », prévient Kush Patel. « Il y a des éléments qui doivent être en place avant d’accéder à l’une des nouvelles fonctionnalités ».

Se concentrer sur le long terme

Microsoft propose généralement des incitations à court terme pour passer à E7. Toutefois, les clients doivent considérer l’adoption dans le contexte de leur stratégie d’IA à long terme, affirme Max Goss de Gartner. Les clients devront décider si leur stratégie d’IA à long terme sera centrée sur Microsoft ou si elle sera plus diversifiée. Ils devront également déterminer s’ils souhaitent déployer l’IA via Copilot à tout le monde immédiatement ou essayer différents outils et décider lesquels développer.

« Si vous n’êtes pas tout à fait sûr de ce qu’il faut développer, et si votre stratégie d’IA à long terme n’est pas centrée sur Microsoft, alors E7 n’est probablement pas le bon investissement pour le moment », conclut Max Goss.

Ce conseil est une adaptation d’un article publié en anglais sur le site IT Strategy de TechTarget.

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