Oodrive : l’essentiel sur la refonte de l’offre du « Box français »

Oodrive a décidé de renommer ses différents produits, de les regrouper sous une marque ombrelle et d’en revoir la tarification. LeMagIT analyse les évolutions d’un éditeur qui cible les 75 M€ de CA.

Fondé en 2001, Oodrive est un éditeur français d’outils de gestion et de partage sécurisés de documents en mode cloud (SaaS et cloud privé). Au fil des années, son offre s’est étoffée de fonctionnalités qui ont complété sa gamme d’outils collaboratifs (à commencer par la signature numérique). Mais elles l’ont aussi rendue moins lisible. Conscient de ce problème, Oodrive a décidé en cette année 2021 de renommer ses différents produits, de les regrouper sous une marque ombrelle, et d’en revoir la tarification.

LeMagIT analyse ces évolutions.

Les 7 nouvelles briques d’Oodrive

La brique historique d’Oodrive (PostFiles) est celle du stockage et du partage de documents (Enterprise File Sync and Share (EFSS) ou Content Service Platform (CSP)). Ce concurrent souverain à Box, Dropbox, Drive (Google), OpenText et autres One Drive (Microsoft) change de nom pour devenir « Oodrive_share ».

Par défaut, Oodrive_Share ne propose pas d’éditeur intégré pour modifier les documents (à la différence d’un Paper de Dropbox par exemple). Mais il s’interface avec les outils bureautiques des clients, dont le plus populaire en entreprise reste Microsoft Office.

Il existe néanmoins une exception. Dans la version SecNumCloud (lire ci-après), Oodrive propose la suite bureautique de Microsoft, dans un environnement hermétique où aucune donnée ne remonte à l’éditeur américain.

iExtranet devient Oodrive_collaborate. Cette brique est un outil de partage plus tourné vers l’intérieur de l’entreprise, avec une administration centralisée, quand Oodrive_share est plus un outil de gestion personnelle tourné vers l’extérieur, précise l’éditeur. Les deux étant néanmoins proches, on peut penser qu’ils seront amenés à fusionner.

La signature électronique à valeur probante (ex CertSign) pour parapher les documents devient Oodrive_sign. Sur ce marché, Oodrive se pose en alternative aux Américains DocuSign, AdobeSign ou HelloSign (Dropbox). Quant à CertiPKI (gestion d’identités et certificats numériques), il devient Oodrive_id.

AdBackup devient pour sa part Oodrive_save, un outil d’archivage de fichiers afin de, par exemple, conserver des documents sur une période donnée pour des raisons légales ou pour être réutilisé en cas de contentieux.

Pour les Comités de direction, les Conseils d’administration et les Comités de surveillance, BoardNox devient Oodrive_meeting.

Attention, toutefois, ce « meeting » n’est pas un outil de visioconférence, mais bien une application pour organiser en amont les réunions en partageant les ordres du jour et des documents confidentiels (bilans, résultats financiers, etc.). Il peut également servir pendant la réunion (vote et sondage, tchat) et après (porte-documents, mise à disposition du compte rendu), toujours dans une optique de gestion documentaire sécurisée.

Résumé visuel de la nouvelle oodrive_platformLes briques de oodrive_platform et leurs nouvelles identités visuelles

« À date, nous ne proposons pas de visio. Pour sécuriser les conférences – qui se font majoritairement aujourd’hui sur des outils américains –, nous travaillons à des partenariats stratégiques, sur le tchat et cette visio, avec des acteurs qui ont le même degré de qualification que nous », confie au MagIT le COO d’Oodrive, Stéphane Ankaoua. On pense immédiatement à Tixeo et Olvid, tous deux certifiés par l’ANSSI.

Enfin, Oodrive s’enrichit d’un DAM (un Digital Asset Management) pour partager des fichiers médias confidentiels (des plans d’usines, des campagnes de publicité en avant-première, le châssis d’une nouvelle voiture, la nouvelle montre, la robe de la prochaine collection, etc.). Issue du rachat du Français Orphea en 2018, cette brique s’appelle désormais Oodrive_media.

Qu’est-ce que la Oodrive_platform ?

Ces briques ont toutes en commun de cibler les données sensibles – c’est-à-dire les contenus stratégiques, critiques et/ou confidentiels – qui nécessitent une sécurité renforcée.

Cette donnée sensible « représente environ 8 % de la donnée globale », estime Stéphane Ankaoua. Oodrive revendique d’ailleurs de proposer des solutions « Security by Design » et TCSP, « avec un T devant CSP pour Trusted », explique le COO.

Il souligne également l’importance de l’ergonomie et des « passerelles » entre un « écosystème sécurisé » comme Oodrive et « un écosystème général » pour éviter le shadow IT.

Dans cette optique, l’éditeur a sorti la Oodrive_platform.

La Oodrive_platform regroupe toutes les briques citées précédemment. Elle se veut « ouverte » avec un catalogue d’APIs pour interfacer les applications maison avec des outils de visio ou des solutions métiers (mais assurer la confidentialité des documents passe alors à la responsabilité du client).

Les interfaces des briques de cette plateforme ont été retravaillées dans un esprit de simplification, et d’unification. Quant aux nouveaux logos, ils s’inspirent du B2C. Le tout « pour mieux s’adresser à l’utilisateur final et pas juste au RSSI et au DSI », explique Stéphane Ankaoua.

Nouvelle philosophie de tarification

Sous le capot, si un client achète plusieurs briques d’Oodrive, la plateforme permet de n’avoir qu’un seul stockage sous-jacent, du SSO, et un annuaire unifié.

UI d'oodrive_meeting
oodrive_meeting

Au passage, l’éditeur va refondre sa grille commerciale. « Historiquement, la sauvegarde était tarifée au Go ; le collaboratif et l’extranet à l’utilisateur ; et le meeting à l’instance », rappelle le COO. « Les grilles tarifaires sont en train d’être réajustées pour avoir un dénominateur commun : l’utilisateur ».

Ce travail de fond est mené avec un cabinet de conseils. L’offre vise également la simplification commerciale : « on pourra cocher et décocher les briques que l’on veut utiliser ».

Cette nouvelle offre devrait arriver au Q3 de cette année.

Infrastructure souveraine

« Nous revendiquons d’être une offre souveraine », confirme sans détour Stéphane Ankaoua. Et « souverain », Oodrive l’est doublement puisqu’en plus d’être européen, l’éditeur a la particularité de gérer lui-même son infrastructure.

« Nous louons les murs, l’électricité et le réseau à des faiseurs de centres de données. Mais tout le reste nous appartient : serveurs, HSM, load balancer, etc. », rappelle Stéphane Ankaoua. « Notre SaaS repose sur notre infrastructure. Je crois que nous sommes les seuls à offrir ce package complet. C’est d’ailleurs ce qui a été validé par l’ANSSI : cet ensemble applicatif, middleware et infra ».

En plus d’être souverain, Oodrive est en effet certifié par l’agence qui dépend du Premier ministre. Oodrive est un des tout premiers acteurs à avoir décroché le label SecNumCloud pour les solutions oodrive_meeting, oodrive_share et oodrive_collaborate en Cloud Privé.

UI d'Oodrive_Share
Oodrive_Share

À noter que les offres cloud privé et SaaS sont bien distinctes (et ne relèvent pas la même tarification). Par exemple, « en cloud public, nous permettons à nos clients d’éditer des documents avec Office Online (l’utilisateur doit s’authentifier avec ses credentials Microsoft). En cloud privé, [les clients ont une] instance Office online dédiée, avec garantie qu’il n’y aura pas de fuite puisque cela rentre dans le cadre qualifié SecNumCloud », précise bien l’éditeur au MagIT.

Oordive est également certifié eIDAS pour la fourniture de certificats électroniques. Et ses offres en cloud privé, ainsi que oodrive_save et oodrive_meeting, oodrive_share et oodrive_collaborate en SaaS public sont également certifiées ISO 27001 et HDS.

Oodrive gère aujourd’hui deux datacenters « éloignés pour la redondance et le PRA », précise Stéphane Ankaoua. Le premier à Paris intra-muros. Le second dans l’Essonne.

Pour répondre aux réglementations locales, Oodrive possède également des datacenters en Allemagne, Belgique et Suisse pour servir ces pays. L’Espagne est servie depuis les datacenters français. D’autres devraient suivre pour accompagner ses clients à l’international – ce qui fait aussi partie de sa stratégie de croissance (Russie, Maroc, Asie).

Cibles : huit verticaux

Sur son tronc commun technologique, Oodrive a structuré des offres spécifiques pour cibler des verticaux : Secteur public ; Industrie, Transport, Immobilier ; Aérospatial et défense ; Banque et assurance (BFA) ; Énergie et eau ; Telco, média et conseil ; Santé et Biens de consommation (dont le retail).

Ces verticaux adaptent les configurations des outils aux besoins métiers. « On ne signe pas un document dans l’industrie comme on le signe dans la banque. Ce sont des protocoles (et des workflows) différents », explique Stéphane Ankaoua. « Et on ne gère pas les droits [d’un DAM] de la même façon quand on partage les photos d’une campagne de pub ou celles d’une centrale nucléaire ».

Le choix stratégique d’Oordive est de ne pas cibler tout le marché, mais les industries sensibles. L’éditeur utilise une matrice taille d’entreprise/sensibilité à la donnée – la taille seule n’étant pas le critère retenu. Mais « une petite entreprise où tout est critique – comme des spécialistes de la Fusac ou un fonds d’investissement – est en plein dans notre cœur de cible », illustre le COO.

Chiffres clefs

Oordive affiche un chiffre d’affaires d’environ 50 millions d’euros. « Nous faisons partie des 0,12 % de startups qui ont eu la chance de passer cette barre symbolique », se réjouit Stéphane Ankaoua. En 2020, l’éditeur comptabilisait +30 % de nouveaux comptes. Une croissance qui serait largement tirée par SecNumCloud et par la crise.

« Des clients nous ont quittés parce qu'il y avait une uniformisation interne de leurs solutions. On les voit revenir. Ils commencent à comprendre ce qu'est le CLOUD Act ».
Stéphane AnkaouaCOO de Oodrive

« Les entreprises ont équipé dans l’urgence leurs collaborateurs pour le travail à distance. Mais dans un deuxième temps, elles se sont rendu compte que certains de leurs outils n’étaient pas sécurisés », continue Stéphane Ankaoua qui évoque l’extraterritorialité du droit américain. « Des clients nous ont quittés il y a deux ou trois ans, parce qu’il y avait une uniformisation interne des solutions, une “Googlisation”… Et on les voit revenir aujourd’hui ! », assure-t-il. « Ils se rendent compte que mettre les business plans stratégiques de leurs 70 filiales chez un Américain, ce n’est pas “cool”. Ils commencent à comprendre ce qu’est le CLOUD Act ».

La sensibilisation à la gestion particulière des données critiques serait franche dans les grands groupes. « Ils ont des RSSI, des CISO, des DSI, des experts. Ils en ont conscience et ils travaillent sur des plans à deux ou trois ans pour bien se protéger », constate le COO d’Oodrive. Côté PME, en revanche, la prise de conscience ne serait pas aussi nette « et surtout la capacité à se faire accompagner n’est pas la même ».

Pour tout de même toucher ce segment, Oodrive a répondu à un appel à projet gouvernemental et a décliné ses offres Enterprise pour les revendre en marque blanche au travers d’un réseau de partenaires (comme des banques).

Avec ces nouvelles cibles, avec l’international et avec la refonte de sa gamme, Oodrive vise un chiffre d’affaires de 75 millions € en croissance organique à l’horizon 2023.

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