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SAP : peut-on utiliser un support tiers pour réduire ses frais de maintenance ?

Des fournisseurs de support tiers, comme Rimini Street, permettent aux clients SAP de conserver leurs existants et de faire des économies. Mais certains estiment que, dans le même temps, ils retardent voire empêchent l’innovation.

Les services de support tiers pour SAP peuvent s’avĂ©rer un moyen moins coĂ»teux de maintenir les systèmes existants. Mais dissuadent-ils Ă©galement de passer Ă  des versions plus rĂ©centes et d’innover ?

Les acteurs des deux camps (support tiers et support officiel) ne sont évidemment pas d’accord. Les analystes, eux, pensent qu’il y a du bon et du vrai des deux côtés.

Les clients SAP sont en tout cas confrontĂ©s Ă  un dilemme lorsque leur support prend fin. Faut-il acheter un support Ă©tendu â€“ souvent coĂ»teux â€“ ou migrer vers des systèmes plus rĂ©cents ? SAP a annoncĂ© que le support de ERP Central Component (ECC) prendra fin en 2025, ce qui â€“ dans l’optique de l’éditeur â€“ doit inciter les clients Ă  passer Ă  S/4HANA.

Mais cette échéance ouvre également la porte aux fournisseurs de support tiers comme Rimini Street ou Spinnaker Support. Les deux acteurs proposent en effet des services pour SAP et Oracle, à moindre coût, ce qui permet aux clients qui ne veulent pas migrer de garder leurs existants aussi longtemps qu’ils le souhaitent.

Le support tiers permet au client de suivre son propre rythme

Pour Seth Ravin, PDG de Rimini Street, le fait de choisir un autre acteur que SAP pour le support donne la possibilité de passer à S/4HANA en fonction de l’emploi du temps du client, et pas en fonction d’un calendrier imposé par SAP.

« Nous fournissons une autre roadmap qui vous permet de faire les choses qui conviennent Ă  votre entreprise, au rythme de celle-ci Â», rĂ©sume Seth Ravin. « C’est comme de changer de voiture. Personne ne peut vous forcer Ă  le faire avant que vous ne soyez prĂŞt Ă  en acheter une autre â€“ certains changent après trois ans, d’autres après cinq, d’autres encore roulent avec leur vĂ©hicule jusqu’à ce que les roues tombent Â».

Confier le support à Rimini Street permettrait aussi de financer des projets innovants pour lesquels les clients n’ont pas les budgets nécessaires, affirme Seth. Ravin.

« Nous sommes devenus une source de financement Ă  bien des Ă©gards. Nous aidons les clients Ă  dĂ©gager des budgets qui sinon seraient donnĂ©s Ă  SAP ou Oracle â€“ qui gĂ©nèrent des marges de plus de 90 % sur leur maintenance Â», dit-il. « Nous, nous aidons les clients Ă  garder cet argent et Ă  le rĂ©affecter Ă  des projets internes plutĂ´t que de payer les Ă©diteurs Â».

Le support tiers, entrave Ă  l’innovation ?

Christopher Carter, PDG d’Approyo â€“ un partenaire officiel de SAP spĂ©cialisĂ© dans les migrations S/4HANA â€“ voit les choses bien diffĂ©remment. Pour lui, les clients qui passent par des entreprises comme Rimini Street pour leur support compromettent leur transformation numĂ©rique.

Son raisonnement est de dire que les supports tiers Ă©touffent Ă  terme l’innovation du fait qu’ils retardent la migration des entreprises vers S/4HANA ; une migration que Christopher Carter juge indispensable pour suivre les progrès technologiques. Pour lui, les entreprises Ă©conomisent Ă  court terme avec une maintenance peu chère, mais elles resteront bloquĂ©es sur une version pĂ©rimĂ©e alors que les concurrents Ă©voluent.

« Ils dissuadent un client de franchir le pas Â», dit Christopher Carter. « Ils leur font un prix coĂ»tant, mais au bout du compte, dans cinq ans, ils seront tellement en retard que leur organisation sera en pĂ©ril Â».

Entre SAP ECC et S/4HANA, c’est un peu comme le jour et la nuit, continue Christopher Carter. Pour lui, les entreprises ne devraient pas se baser sur le seul critère d’une facture de maintenance infĂ©rieure pour dĂ©cider ou non d’une migration.

« Ce n’est pas une question de frais de support, c’est une question d’innovation Â», dit-il. « S’ils ne s’inquiètent que de leurs 20 % de frais de maintenance, c’est qu’ils prennent le problème du mauvais cĂ´tĂ© Â».

Ce Ă  quoi Seth Ravin rĂ©torque que l’argument qui dit que le support tiers entraverait l’innovation est « complètement faux Â». Pour lui, l’innovation ne vient plus des systèmes ERP en back-office. Et l’idĂ©e qu’un investissement massif dans ces systèmes gĂ©nĂ©rera un avantage concurrentiel et de la croissance serait une chimère créée par les principaux Ă©diteurs d’ERP et par les intĂ©grateurs qui travaillent avec eux.

« Il y a une grande diffĂ©rence entre ce que l’on appelle “un système d’enregistrements” (ou “system of records”) et “un système d’engagement” (ou “system of engagement”). Le premier est votre back-end. Le deuxième, c'est votre front-end. C’est de lĂ  que vous pilotez vraiment votre activitĂ© et que vous interagissez avec vos clients Â», diffĂ©rencie-t-il. « C’est aussi lĂ  que se crĂ©ent les avantages concurrentiels. Et nous, nous permettons de financer cette partie-lĂ  [en Ă©conomisant sur la première] parce que la plupart des entreprises n’auront aucune rallonge budgĂ©taire de leur conseil d’administration [pour financer de nouveaux projets IT] Â».

Beaucoup de situations mixtes

Entre les deux, la position des analystes est plus équilibrée. Selon Vinnie Mirchandani, cofondateur de Deal Architect, le recours à un fournisseur de services de support tiers comme Rimini Street n’exclut pas nécessairement un autre type de support ni la nouveauté.

Plusieurs clients SAP ont ainsi choisi Rimini Street pour leurs systèmes existants, tout en achetant de nouvelles solutions comme S/4HANA et C/4HANA, illustre Vinnie Mirchandani. D’autres ont décidé de migrer vers S/4HANA, mais sachant que la migration peut prendre plusieurs années, ils ont transféré le support d’ECC à Rimini Street.

« Rimini Street et SAP se considèrent l’un l’autre comme des concurrents, mais moi je les ai toujours vus sous un autre angle Â», dit-il. « Par exemple, Rimini Street prend en charge les dĂ©veloppements spĂ©cifiques, alors que SAP ne le fait pas dans le cadre de son propre support. Je conseille depuis longtemps Ă  mes clients de ne pas voir les choses comme si c’était “l’un ou l’autre”, cela peut aussi ĂŞtre “l’un et l’autre” Â».

L’analyste Josh Greenbaum, cofondateur et directeur de Enterprise Applications Consulting, une sociĂ©tĂ© de conseil en ERP basĂ©e en Californie, confirme que la pertinence du support tiers dĂ©pend grandement de la situation, des besoins et des exigences des clients.

« Je connais une entreprise qui est passĂ©e Ă  Rimini Street parce qu’elle sait qu’elle ira sur S/4HANA dans X annĂ©es, mais en attendant, elle ne veut pas payer le montant Ă©norme [pour le support SAP] Â», illustre-t-il. « Ces clients ont un plan et ils n’ont pas besoin d’un support SAP. Il y a beaucoup de stratĂ©gies diffĂ©rentes qui peuvent amener Ă  choisir Rimini Street Â».

Josh Greenbaum est Ă©galement d’accord pour dire que l’innovation ne trouve plus sa source dans les backends.

« Il peut y avoir des cas oĂą vous essayez d'Ă©conomiser de l'argent sur l'ERP pour pouvoir investir dans Hybris pour construire une interface de commerce Ă©lectronique, ce qui peut ĂŞtre plus stratĂ©gique que d'avoir le meilleur back-end dernier cri... mais il y a des fois oĂą c'est bien aussi. Pour moi, entre le support tiers et le support SAP, ce n’est ni tout blanc ni tout noir Â».

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ERP : les conseils de Gartner avant de choisir (Ă©ventuellement) un support tiers

Faire assurer le support de son ERP par un autre acteur que l’éditeur est-il une bonne idĂ©e ? Pourquoi pas rĂ©pond le Gartner. Ă€ condition de ne pas regarder uniquement la dimension financière. Et en ne prĂ©sentant pas l’option Ă  sa direction comme une solution miracle.

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