Cet article fait partie de notre guide: SAP S/4HANA : guide pratique pour mieux migrer

RISE with SAP : la question de la valeur créée par S/4 demeure (USF)

Pour l’association d’utilisateurs, la nouvelle offre de SAP est « très intéressante ». Elle n’efface cependant pas les questions liées aux migrations vers S/4 et le cloud, même si elle pourrait les influencer de manière positive.

Dans la deuxième partie de cet entretien, le président de l’USF répond aux questions du MagIT sur l’appétence du marché français pour S/4 et le cloud. Il rappelle au passage l’importance de la formation et du process mining dans ces migrations. Et souligne les bonnes relations qui existent à présent entre SAP et le club utilisateur.

La question de la valeur de S/4 demeure

LeMagIT : Je voulais revenir avec vous sur le besoin réel des clients de SAP. Est-ce que RISE correspond à leur besoin ? Le cloud est-il réellement l’horizon souhaité des entreprises françaises ? Et d’autre part, vous disiez qu’il y avait encore un travail à faire chez beaucoup de vos membres pour trouver des cas d’usage qui justifient de passer à S/4. D’où ma question : est-ce que RISE – qui implique S/4 et le cloud – correspond à un besoin réel des adhérents de l’USF ? Ou est-ce que ce n’est pas plutôt un moyen pour SAP de pousser son cloud sur un marché encore tiède ?

Gianmaria Perancin : Il y a plusieurs questions dans votre question.

Mon souci principal, c’est la valeur qu’une migration vers S/4 HANA peut créer pour les métiers. Et c’est clair que c’est une question qui reste. Ce n’est pas parce RISE arrive, que je n’ai plus besoin de me poser la question de la valeur. Il faut toujours y répondre.

Néanmoins, si je vois qu’il y a de la valeur à aller sur S/4 (où qu’il soit) – et que surtout je n’y vais pas parce qu’on m’y oblige – il faut que je concrétise cette décision. Et c’est une autre paire de manches. C’est là que RISE peut intervenir : il facilite la tâche.

« La question aujourd’hui c’est celle de savoir si je veux aller vers S/4. »
Gianmaria PerancinUSF

RISE s’insère dans quelque chose qui manquait et que nous avions remonté à SAP. D’un côté on avait S/4 on prem. De l’autre S/4HANA Cloud, mais en cloud public. Je n’avais rien pour le faire en cloud privé. La seule possibilité, c’était de le faire soi-même, en direct avec les hyperscalers. Aujourd’hui, SAP nous aide dans cette démarche de cloud public ou privé en nous accompagnant de bout en bout.

LeMagIT : Mais quelle est votre vision des besoins réels des clients ? RISE c’est quand même 100 % du cloud. Voyez-vous une vraie demande en France pour des migrations vers S/4 et le cloud ?

« RISE est un moyen de concrétiser un choix que je dois avoir fait au préalable, de manière consciente et certaine. »
Gianmaria PerancinUSF

Gianmaria Perancin : La question n’est pas tant si je vois des migrations S/4 vers le cloud ou pas. La question aujourd’hui c’est celle de savoir si je veux aller vers S/4. Une fois qu’on en a répondu à cette question, j’ai la deuxième question : on prem ou cloud.

Aujourd’hui, le taux d’adoption en S/4 HANA n’est pas encore très haut. C’est vrai. Mais honnêtement, je ne suis pas persuadé que ce soit pour une question de cloud ou de on prem. Je pense que c’est plus une question fonctionnelle. ECC fonctionne bien. S/4 HANA fonctionne mieux. Mais est-ce que le coût du mieux est justifié par rapport à ce que je gagne ?

LeMagIT : Et qu’en pensent vos adhérents ? C’est mitigé ou ça se dégèle ?

Gianmaria Perancin : ça se dégèle… mais peut-être qu’il faudrait que SAP monte un peu la température.

En tout cas, pour moi, RISE est un moyen de concrétiser un choix que je dois avoir fait au préalable, de manière consciente et certaine.

L’entente cordiale entre l’USF et SAP

LeMagIT : Et ce choix n’est pas fait par beaucoup aujourd’hui ?

Gianmaria Perancin : Comme je vous le disais, c’est encore un peu timide. Et 2020 n’a pas aidé. Il y a eu un gros coup de rabot sur tous ces projets. J’en ai fait part à Christian Klein [N.D.R. : DG de SAP SE] à la réunion du SUGEN en novembre. En ce moment, les entreprises se serrent la ceinture pour passer la tempête. Il va falloir travailler encore plus sur la valeur et l’intérêt économique pour justifier un tel investissement.

Donc pour vous répondre clairement, les gens regardent beaucoup plus S/4. Mais j’ai un peu peur que les crises sanitaires et financières retardent certains projets. À SAP de démontrer la valeur. Je pense que RISE est un bon moyen pour le faire. Et que le process mining est une clé.

« Nous sommes convaincus que le process mining est une très bonne manière de creuser la valeur de ce type de projets. »
Gianmaria PerancinUSF

Et c’est d’ailleurs pour cela que l’USF parle beaucoup de process mining, parce que nous sommes convaincus que c’est une très bonne manière de creuser la valeur de ce type de projets. Il y a deux ans, on avait écrit une fiche pratique sur le Process Mining dans SAP. Je pense qu’il va falloir remettre cela parce que la donne a changé. Et peut-être, si on peut, monter une commission ce sujet.

Si vous me permettez, sur cet échange lors du SUGEN… il y a un point très important que je voudrais souligner sur Christian Klein, mais aussi sur Frédéric Chauviré en France et sur Brian Duffy au niveau de la région EMEA Nord.

Vous savez que mon rôle n’est pas d’être dithyrambique sur SAP. Mais il y a une chose sur laquelle je souhaite les féliciter. Ils sont beaucoup plus ouverts et transparents. Ils parlent beaucoup plus avec nous. Il y a une réelle écoute. Gérald Karsenti avait déjà amené cela. Il a initié un super changement. Frédéric Chauviré a cette même optique. Certes, il doit faire son chiffre en fin d’année, mais il a une véritable écoute, attentive et active.

Je voulais vraiment le souligner publiquement. Tout n’est pas pour autant résolu : pour en revenir à S/4, par exemple, un autre problème c’est qu’il y a aussi des parties qui sont à acheter en plus, alors qu’elles étaient comprises dans ECC. C’est quelque chose qui n’est pas facilement acceptable pour nous, surtout en cette période de disette financière.

LeMagIT : Donc si je résume, RISE concerne « l’étape d’après », après les deux décisions d’aller 1-vers S/4 et 2-dans le cloud. Peut-on dire que RISE serait un bon programme, mais un peu en avance de phase par rapport à l’appétence des clients français ?

Gianmaria Perancin : Je ne le dirais pas forcément comme cela. Parce que le chemin et le coût pour aller vers S/4 (l’étape 2) peut aussi entrer dans le Business Case que je monte dans l’étape 1.

« RISE vient dans un second temps par rapport au choix d’aller sur vers S/4 HANA, tout en influençant un peu ce choix. »
Gianmaria PerancinUSF

Ce chemin, simplifié grâce à RISE, peut à rebours, influer sur les décisions et les accélérer. Si je dois estimer la valeur, je le fais par rapport aux processus métiers améliorés par S/4, mais aussi par rapport à mes coûts d’Infrastructure, d’exploitation, de pilotage.

Donc si je devais résumer, pour moi RISE est une offre très intéressante. Regardons-la. Tout n’est pas complet, mais c’est très bien. Comme cela, nous pourrons l’influencer. RISE vient dans un second temps par rapport au choix d’aller vers S/4 HANA, tout en influençant un peu ce choix.

Rôles des partenaires ESN et spécifiques à migrer

LeMagIT : Dans RISE, il y a un autre type d’acteurs : les partenaires comme Capgemini et Atos. Comment voyez-vous leurs rôles changer au sein de RISE ? Est-ce juste un changement de facturation (par SAP) ou leur champ d’action va-t-il évoluer ?

Gianmaria Perancin : Cette question a été posée pendant le live que j’ai fait avec Frédéric Chauviré. Cela fait typiquement partie des sujets pour lesquels je n’ai pas encore toutes les cartes en main. Frédéric Chauviré a dit que RISE allait permettre à ces partenaires de venir avec leurs offres pour compléter celle de SAP.

Ceci dit, dans l’accompagnement d’une transition digitale (et donc d’une migration), même si SAP fait du « clé en main », il y a quand même la partie des spécifiques à prendre en compte. Et mes spécifiques, SAP ne les connaît pas. C’est forcément avec mon partenaire préféré que je vais travailler. 

« SAP ne connaît pas mes spécifiques. C’est forcément avec mon partenaire préféré que je vais travailler. »
Gianmaria PerancinUSF

Donc je pense qu’ils vont être mis à contribution pour comprendre comment les spécifiques vont être migrés ou convertis dans un standard pour pouvoir aller vers S/4HANA Cloud.

En plus, aujourd’hui, on a quand même un gros problème de compétences pour les migrations S/4. Il n’y a pas assez d’experts sur le marché pour accompagner tout le monde. Dans un sens, heureusement que SAP nous a donné deux ans (plus trois ans) avec l’extension du support d’ECC jusqu’en 2027 (ou 2030, si vous payez 2 % de plus).

L’importance de former en amont les futurs utilisateurs de S/4

LeMagIT : Ce point des compétences et de la formation vous paraît-il central ?

Gianmaria Perancin : Oui, absolument, et nous avons déjà remonté toutes nos préoccupations à SAP. Il faudrait peut-être plus de formations, au-delà de ce qui est fait « classiquement ». Plus de formations avec des partenaires, sur le Learning Hub, sur des MooC, sur openSAP, etc. Sur ce point, d’ailleurs, j’ai découvert que le Learning Hub faisait aussi partie de RISE. C’est une très bonne surprise.

Je me demande si la clé de la réussite [de S/4] n’est pas, en plus de former des intégrateurs, de former aussi les utilisateurs finaux à ce qu’ils vont trouver dans S/4. Comme cela, ils pourront travailler en meilleure intelligence avec l’intégrateur et avec SAP. J’en ai déjà parlé à Gérald Karsenti. J’ai vu qu’il était réceptif à cette idée. Mais les confinements sont arrivés et nous n’avons pas pu en reparler.

LeMagIT : Et sur les partenaires ESN, voyez-vous leurs rôles évoluer ?

Gianmaria Perancin : Je pense en tout cas que ces intégrateurs savent très bien s’adapter et même qu’ils pourront améliorer RISE avec des choses auxquelles SAP n’a même pas pensé.

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