Snowflake Summit 2019 sous le signe du partage des données

La conférence de la startup, qui se tenait la semaine dernière à Londres, a permis d’en savoir plus sur les nouveautés de l’entrepôt de données « as a service », son futur et certains de ses clients tels qu’Oney Data, filiale d’Auchan spécialisée dans l’analyse de données.

Benoit Dageville, l’un des 3 fondateurs de la startup, insiste sur « la dé-corrélation des données du calcul » et « la possibilité de stocker autant de données que voulu ». S’il s’agit bien de l’ADN de Snowflake, la conférence a surtout permis d’en apprendre plus sur les nouveautés qui se profilent. En tête de gondole, on trouve « Data Exchange », ou comment monétiser et échanger des données via une véritable place de marché.

Si la startup n’a cessé de marteler son identité singulière dans le paysage des data warehouse, elle a aussi rappelé la compatibilité prochaine avec Google Cloud Platform (GCP). Un triumvirat synonyme de multicloud (publics) est ainsi désormais formé grâce à la compatibilité de la solution cloud de Snowflake avec les 3 clouds publics majeurs du marché que sont Amazon AWS, Microsoft Azure et donc GCP.

Snowflake, la pépite du cloud qui monte

Frank Slootman, qui a succédé à Bob Muglia en mai dernier au poste de PDG du groupe, a aussi fait une mise au point sur l’éventualité d’une introduction en bourse du groupe. Mais, la conférence fut aussi l’occasion de rencontrer des clients tels que Doctrine (moteur de recherche juridique) ou encore Oney Data.

La solution cloud de data warehouse revendique désormais quelques 2500 clients dans le monde, avec une croissance de 500 de plus par trimestre. Plus de 350 sont localisés en Europe. Snowflake, c’est aussi 289 millions de requêtes traitées par jour auprès de sa clientèle.

Toujours en chiffres, la startup se félicite d’un indice de satisfaction (NPS, ou Net Promoter Score) de 74 %, quand le taux de renouvellement des clients flirte, lui, avec les 100 %.

Data Exchange

Dénué d’héritage lourd à porter, Snowflake a été créé pour être une solution innovante de data warehouse dans le cloud. Le groupe poursuit sa trajectoire en restant très actif dans le domaine de la recherche et développement avec 3 centres dédiés : San Matteo en Californie initialement (une centaine de salariés), Bellevue (à proximité de Seattle) fort d’une trentaine de collaborateurs, et un nouveau bureau ouvert récemment à Berlin, avec une dizaine d’employés.

Issu de ce mouvement perpétuel – qui place l’innovation au cœur de la plateforme de Snowflake –, Data Exchange, annoncé dès juin 2019 à l’occasion de la conférence annuelle des utilisateurs, est la grande nouveauté de la solution cloud « Data-as-a-Service ». Il s’agit d’une suite logique pour une plateforme qui vise à simplifier l’accès aux données de fournisseurs tiers.

Les clients de Snowflake vont ainsi pouvoir naviguer sur une place de marché privée de données provenant de tiers, à l’instar d’un App Store pour les applications mobiles. De quoi leur donner la possibilité de rechercher, d’accéder et d’interroger ces données de manière sécurisée, à l’instar de ses propres données stockées via Snowflake.

Avec cela se profile la possibilité de monnayer ses données en les mettant à disposition de tiers. Une certaine granularité, comme l’a expliqué Frank Slootman, qui va permettre de restreindre l’accès des données à tout ou partie des clients de Snowflake.

Oney Data propulsé par Snowflake

Si Oney est une filiale du groupe Auchan, cette banque spécialisée en crédit à la consommation et produits connexes, a dans son giron Oney Data. Cette dernière a pour rôle d’analyser les données issues de l’activité d’Auchan ainsi que d’autres clients dans le paysage de la grande distribution.

Elodie Perrigaud, Chief Data Officer au sein d’Oney Data, détaille le mode fonctionnement de la société : « nous opérons pour Auchan avec en particulier le partage d’informations entre eux et leurs fournisseurs sur de la donnée tickets, dans la perspective d’un travail conjoint sur du pilotage de la catégorie et de l’optimisation des assortiments, ainsi que de la promotion, pour vraiment les aider à mieux collaborer. Oney opère à la fois pour des fournisseurs internationaux, tels que Proctor, Nestlé ou autre Unilever et pour des fournisseurs locaux ».

Elodie Perrigaud poursuit sur les bénéfices directs issus de l’adoption de la plateforme de la jeune pousse : « grâce à Snowflake, nous avons permis à Auchan et ses fournisseurs de se mettre à l’échelle, et donc de passer d’un reporting Excel à une plateforme complètement interactive, scalable et qui fonctionne aussi bien pour un gros fournisseur international, qui va pouvoir comparer les données françaises, italiennes et russes, que pour un petit fournisseur polonais par exemple qui, lui, va voir ses données en polonais et en zlotys ».

Elodie Perrigaud, Chief Data Officer,
Oney Data

La société revendique des données issues de 14 pays et plus de 200 marques qui se connectent à sa plateforme accessible aujourd’hui en 5 langues (espagnol, italien, français, polonais et anglais).

Avec pour leitmotiv de mieux analyser ses données plus rapidement, Oney Data a basculé sur la solution de Snowflake en mai dernier. La société est ainsi passée d’une solution grid on premise, avec restitution des données via Tableau, également en interne, au data warehouse en mode cloud de Snowflake. Les données reçues étaient lancées sur des batchs d’agrégation avec des codes de quelques centaines de pages, et une base de données de 40 To et 40 milliards de lignes : « cela prenait 7 à 10 jours lorsqu’il n’y avait pas de problèmes de serveurs pour les traiter. Des précalculs étaient également nécessaires, ce qui enlevait toute flexibilité ».

Et Elodie Perrigaud de préciser les restrictions qui en découlaient : « on se limitait alors à de la donnée transactionnelle, par jour, par produit et par magasin, et nous ne pouvions pas aller beaucoup plus loin sur la donnée relative au comportement du client puisqu’on ne pouvait pas le faire ». Oney a donc lancé des démonstrateurs, afin de comparer Google BigQuery, Vertica et Snowflake. C’est cette dernière qui « a permis de sortir de ces agrégations ».

Les bénéfices sont, de l’aveu de la Chief data officer, multiples, avec plus de souplesse pour les clients, une maintenance simplifiée, des rapports interactifs fournis à des rythmes plus soutenus et non limités à l’analyse des données de vente. « Nous cherchions aussi à être multicloud pour nos clients », ajoute-t-elle. Le fond et la forme : « le frontend a, lui, été refondu avec du Tableau Embedded ».

Aujourd’hui, Oney Data revendique plus de 1000 utilisateurs actifs, dont plus de 200 par semaine qui effectuent des requêtes sur la base de données. Sans compter une utilisation qui a augmenté de 30 % depuis le passage à Snowflake. Et ce sont plus de 220 marques qui se connectent.

« L’objectif est vraiment de créer une plateforme commune aux 3 métiers, à laquelle les utilisateurs du distributeur peuvent accéder, mais où le fournisseur peut avoir, avec le problème des autorisations et des permissions d’accès qui font partie intrinsèque de notre plateforme, la vision de ses données et la vision de ce qui se passe plus globalement sur la catégorie afin de comparer », explique Elodie Perrigaud.

Autre conséquence du passage sur la plateforme de Snowflake : Oney constate également un niveau de granularité qui descend directement jusqu’aux forces de vente. La société explique avoir également été séduite par la fonctionnalité de data sharing, même si elle n’est pas encore activée dans la plateforme : avec elle, les détaillants conservent la gouvernance des données, Oney étant de son côté « maître du compute, de la performance et des coûts de compute ». Mais, « la plus grosse plus-value avec le passage à Snowflake est d’avoir gagné en flexibilité et en rapidité pour le client ».

L’IPO pour plus tard

L’introduction en bourse n’est pas une priorité pour cette jeune pousse lancée publiquement en 2014, après 2 années passées en mode test. C’est ce qu’a déclaré son PDG au cours d’une table ronde avec la presse : « nous n’avons pas besoin d’être en bourse pour collecter des fonds ». Et d’ajouter que « les investisseurs ne nous poussent pas à entrer en bourse ». Pour Frank Slootman, la seule pression vient des employés qui désirent pouvoir monnayer leurs actions.

Enfin, le patron de Snowflake ne fait pas mystère « des élections l’année prochaine » outre-Atlantique qui sont synonymes de « beaucoup d’incertitude ». Il est donc urgent d’attendre pour une startup peu encline à se précipiter vers une IPO où il n’est pas exceptionnel que de jeunes pousses des nouvelles technologies se cassent les dents, à l’instar de Lyft récemment.

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