Oracle tente de se repositionner sur le marché SIG en modifiant ses licences SGBD

Dépassé par ses concurrents sur le marché des bases de données, Oracle tente de conserver sa base d’utilisateurs en intégrant des options payantes Spatial, Graph et Machine Learning dans les licences de ses bases de données.

Au début du mois de décembre, Oracle a fait une annonce passée un peu inaperçue. L’entreprise dirigée par Larry Ellison a confirmé que ses clients pouvaient maintenant « utiliser les fonctionnalités Machine Learning, Graph et Spatial sans payer une licence supplémentaire ».

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Oracle mettre l’accent sur la qualité de « son architecture convergée multi modèle capable de supporter tout type de modèles, de formats de données (JSON, Graph, XML, Spatial, etc.) et de workloads au sein d’une seule base de données ».

Concrètement, le changement équivaut à une modification des licences des bases de données Standard Edition et Enterprise Edition 2. Selon Olivier Dubois, cofondateur et PDG d’Oscars, cela est bénéfique pour son activité. La société belge Oracle Spatial Consulting and Ressourcing Services se spécialise dans le consulting et le développement de logiciels pour les entreprises qui exploitent des données géospatiales. Le responsable explique que cette modification de politique concerne principalement l’option Oracle Spatial.

« Au départ, la fonctionnalité Oracle Spatial était une option de la base de données Oracle Entreprise Edition. Il existait une fonctionnalité qui s’appelait Oracle Locator, disponible dans toutes les versions des bases de données Oracle, mais elle n’offrait pas toutes les possibilités. Elle se limitait au stockage de données cartographiques et à leur utilisation de premier niveau », affirme le PDG. « Le client qui avait une base de données Oracle pour gérer son SIG ne pouvait pas utiliser toutes les fonctionnalités avancées de cette option sans payer ».

Une aubaine pour les spécialistes du SIG

« Grâce à ce changement de politique de licence, Oscars va pouvoir repositionner des solutions d’interopérabilité et de traitement de données géospatiales massives à moindre coût sans être lié aux contraintes techniques des éditeurs SIG actuels. »
Olivier DuboisPDG, Oscars

Chez Oracle, la Standard Edition 2 est la solution SGBD la moins chère. Les clients devaient donc migrer vers la version supérieure afin de déployer un système d’information géospatiale (SIG) basé sur la fameuse base de données. Oracle Spatial dispose de fonctionnalités comme le géocodage (pour transformer une adresse en point ou un point en adresse et ensuite la possibilité de les positionner sur une carte), le calcul d’itinéraire, des fonctionnalités avancées pour la 3D (stockage des données, analyse spatiale, calcul d’ombrage, stockage d’imagerie satellite).

Selon le dirigeant, les données géospatiales prennent énormément de place et il faut souvent utiliser des outils externes. Ils visent la donnée, la manipulent et la remettent dans la base. Avec Spatial, la plupart des opérations sont réalisées en base (2D, 3D, nuage de points).

« Nous travaillions avec de grands groupes qui avaient opté pour cette option dans le but d’utiliser des fonctions pointues. Malgré tout, c’était un frein pour d’autres clients qui avaient les mêmes besoins, mais qui étaient obligés d’utiliser des outils externes alors que cela aurait été plus simple avec l’option Spatial », confirme Olivier Dubois.

« Je travaille depuis plus de 15 ans sur le marché SIG, j’ai entendu de nombreuses fois les prospects dirent qu’ils ne pouvaient pas se permettre de prendre Oracle Spatial pour des raisons de coûts. Ils ont donc mis en place des outils open source ce qui a pu apporter une complexité dans l’architecture et l’interopérabilité », ajoute-t-il.

Le spécialiste a déjà évoqué cette « ouverture » d’Oracle avec les clients. « Nous pouvons maintenant revenir vers certains clients (notamment une agglomération du sud de la France) qui étaient en train de décommissionner son application remplacée par un système moins efficace, mais moins cher à l’époque. Les clients vont pouvoir gagner du budget pour d’autres projets en laissant Oracle s’occuper de la donnée, et garder le choix de l’outil d’utilisation de la donnée en fonction du métier ».

L’ajout de l’option dans les licences Oracle profiterait principalement aux collectivités, les entreprises de transports en commun, les gérants des réseaux d’eau, d’électricité ou encore les sociétés qui exploitent le géomarketing.

« Grâce à ce changement de politique de licence, Oscars va pouvoir repositionner des solutions d’interopérabilité et de traitement de données géospatiales massives à moindre coût sans être lié aux contraintes techniques des éditeurs SIG actuels », assure Olivier Dubois.

Pour autant, une forte communauté s’est formée autour des bases de données open source capable de gérer les données spatiales. Les entreprises utilisent particulièrement PostGIS, une extension de PostgreSQL disponible depuis 2001. Des éditeurs ont multiplié les offres et les outils en se basant sur le SGBD open source. De l’autre côté, les acteurs traditionnels comme AutoDesk et ESRI ont longtemps dominé le marché avec des solutions avancées.

Oracle Spatial se positionne dans cet entre-deux. « C’est un repositionnement d’Oracle dans le SIG, entre les outils open source et les applications métiers trop spécialisées », considère Olivier Dubois.

Oracle veut conserver sa clientèle, quitte à générer des « effets secondaires »

Donald Feinberg, analyste distingué et spécialiste base de données et analytique chez Gartner, précise ce propos. « Les responsables d’Oracle ont pris cette décision pour mieux concurrencer d’autres éditeurs de SGBD en proposant les trois options (Graph, Spatial et Machine Learning) sans coût additionnel. L’effet secondaire, c’est qu’Oracle entre en compétition avec les autres éditeurs de SIG, ainsi que les produits Graph, tels qu’Amazon Neptune et Neo4j », déclare-t-il.

En effet, l’éditeur met également en avant des fonctionnalités Graph afin d’analyser des processus d’entreprises ou le comportement des consommateurs sur les réseaux sociaux. Quant à l’option Machine Learning, elle permettrait d’exécuter les algorithmes au niveau de la base de données afin d’éliminer les mouvements. Elle supportera ses propres API et les fonctionnalités pour SQL, R et bientôt Python.

La « libération » des options serait donc un moyen pour l’éditeur de conserver sa clientèle puisque toutes les licences Oracle Database sont concernées. Il pourrait également dissuader les utilisateurs de se servir des outils de ses concurrents et en séduire des nouveaux.

Alors qu’il a les yeux rivés sur le cloud, l’éditeur a bien conscience qu’il ne peut pas se priver de sa base d’utilisateurs. Selon le classement mondial de Gartner dédié aux revenus des acteurs du marché DBPaaS (mai 2019), Oracle atteint la quatrième position derrière Alibaba, Microsoft et Amazon en 2017 et en 2018. Il a pourtant connu une croissance de 66 % l’année dernière, mais il ne détient que 3,6 % de part de marché tandis qu’AWS s’accapare 61,1 % de ce gâteau, Alibaba, 4,5 %, et Microsoft, 19,3 %.

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